Danse
Stations : Lecavalier seule

Stations : Lecavalier seule

30 novembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Louise Lecavalier a présenté, au festival de danse de Cannes, en première française une création au titre à la fois en anglais et en français, Stations, qui a une connotation chrétienne, dévotionnelle, sacrificielle.

Frotteuse de parquet

L’aspect répétitif des glissades latérales exécutées ad lib., le côté obsessionnel, pour ne pas dire maladif, de ce décapage de parquet par de petits petons pour une fois gainés d’épaisses chaussettes fait songer aux Raboteurs (1875) de Caillebotte, cheville ouvrière auvergnate qui exerçait ce petit métier bien rémunéré indispensable à l’entretien des sols du palais de Versailles, activité poussée jusqu’à l’absurde par Alice Guy dans un film de 1907, travail au sol détourné en danse compulsive par Preljocaj dans un documentaire produit pour le Musée d’Orsay en 1988.

Sauf qu’ici ce frotti-frotta est exercé en position debout, au moment du polissage, donc du finissage. Comme si une contrainte ne lui suffisait pas, à deux reprises Louise Lecavalier effectue un très long passage en équilibre sur une jambe, un solo dans le solo qui relève d’un des sports canadiens par excellence, celui du patinage. Du patinage artistique, il va sans dire. Comme celui de Charlie Chaplin dans The Rink (1916), qui inspira à Jean Börlin et Fernand Léger le ballet Skating- Rink (1922). Comme le numéro de patins à roulettes de Fred Astaire et Ginger Rogers dans Shall We Dance (1937) et du chef d’œuvre canadien du cinéma direct, Les Raquetteurs (1958) de Gilles Groulx et Michel Brault. 

Chassé-décroisé

D’ailleurs, lorsque la femme-enfant paraît, du fond du jardin, on sait, on sent illico qu’elle est canadienne, voire montréalaise, nous confiait à l’issue du spectacle Pierre-François Heuclin, le directeur artistique de Vaison Danses. En raison de son élégance, sans doute, de la finesse de sa silhouette, de sa pâleur, de son allure, de sa coiffure. Louise est en solo mais ne se sait pas seule. Elle a patiemment, méticuleusement, subtilement mis au point sa variation, conseillée par le regard extérieur de France Bruyère et par le sien propre, qui n’est pas son reflet spéculaire mais celui de la caméra vidéo.

L’œuvre est structurée en quatre sections différentes. La première section (ou station) et la suivante se suivent et se ressemblent un peu, du moins pour ce qui est du tempo. Les deux autres seront plus contrastées. La finale étant d’une douceur extrême et d’une rare beauté. L’artiste, car c’en est une, plus seulement une acrobate, une cascadeuse, une voltigeuse, s’est assuré la collaboration d’un créateur de lumières, Alain Lortie et d’un choix de musiques de son affection signées Antoine Berthiaume, Colin Stetson, Teho Teardo et Blixa Bergeld.

 

Du 6 au 9 décembre au Théâtre de la Ville

Visuel : Louise Lecavalier dans Stations, photo © André Cornellier.

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Nicolas Villodre

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