Danse
Silvestrin face à son maître, Forsythe, à l’Opéra de Paris

Silvestrin face à son maître, Forsythe, à l’Opéra de Paris

03 octobre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’affiche ment. Elle met en miroir Hiroshi Sugimoto et William Forsythe. Mais nous sommes au ballet, et au ballet il faut confronter les chorégraphes. Dans ce combat, il faut l’avouer, le titan Forsythe règne en absolu despote éclairé.

C’est une étrange soirée dont on a du mal à tisser le fil conducteur. Il y en a peut être deux.  Le fait de vouloir raconter une histoire en est un et le second est que Alessio Silvestrin a souvent dansé pour William Forsythe, il a été son collaborateur. Malheureusement, la commande semble avoir été écrasante. Silvestrin a du composer la chorégraphie d’une structure déjà établie par Hiroshi Sugimoto, invité pour la première fois à l’Opéra, et dont Ryoji Ikeda avait déjà écrit la musique.  At the Hawk’s Well est une pièce de William Butler Yeats écrite  en 1916 où un conte irlandais rencontre le Nô japonais. En 2019, cette histoire fantastique prend des allures futuristes. Dans les costumes écrasants de Rick Owens, les danseurs sont engloutis dans une image qui emprunte autant à l’univers de Game of Thrones qu’au Cinquième élément de Besson.

La danse est martiale, les poings souvent fermés. Techniquement bien sûr, les artistes sont impeccables et s’exécutent avec la plus belle des dextérités. Mais l’écriture est plus proche d’une comédie musicale que de la danse et l’on peine à entrer dans cet univers qui concentre l’énergie dans les coudes et les bras.

Ludmila Pagliero ailée, les cheveux rouges et le regard noir est la muse de Alessio Carbone, en vieil homme et Hugo Marchand en jeune homme. L’occasion de portés puissants dans ce pas de trois. Mais,  la lenteur des gestes profonds nous parle peu, sauf dans une scène de groupe dans des lignes qui permettent des face-à-face  lointains où les quinze danseurs dialoguent avec une grammaire inspirée du Nô. Mais ultra figurative, très symbolique, cette histoire surnaturelle manque bien trop d’épure pour être moderne.

La seconde partie nous offre un plateau nu. Pour Blake Works I créé pour les danseurs du Ballet de l »Opéra national de Paris le 4 juillet 2016, William Forsythe s’amuse. 

La bande son est totalement pop.  La musique est l’album de James Blake, The Colour in Anything. L’image est saisissante. Les danseurs , 21 dans la première scène, tous vêtus en académiques, pour les garçons, et en tutu, pour les filles, bleu ciel.

Tout est décalé ici, à commencer par l’écriture qui vient exploser toutes les règles. Les corps sont en dehors plus que de raison et le rythme insoutenable.  Si un corps ne suffit pas, Forsythe compose à plusieurs pour créer les lignes les plus pures.  On s’amuse terriblement ici devant des scène d’amour kitsch qui sont l’occasion de portés très hauts et de pirouettes infinies. A ces exercices, les étoiles et les premiers danseurs brillent plus que jamais.  Léonore Baulac, Hugo Marchand, Marion Barbeau, Paul Marque sont mis à l’honneur.  Les pieds à plats et les hanches sorties, l’allure est celle d’un  défilé de mode. Quelques poignets cassés empruntent au voguing une préciosité qui déphase encore plus entre l’image et le son. C’est tout simplement virevoltant et éblouissant de technique. 

Rien n’est simple ici et tout semble léger. Forsythe fait voler le ballet pour cette très courte pièce de 30 minutes qui a tout d’un chef d’oeuvre.

Visuel ©Ann Ray / Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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