Danse

« Peer Gynt, un ballet de Johan Inger pour le Ballet Théâtre de Bâle à la Maison de la Danse

« Peer Gynt, un ballet de Johan Inger pour le Ballet Théâtre de Bâle à la Maison de la Danse

19 mars 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

Quelle image navrante le chorégraphe suédois a-t-il donc de lui-même pour qu’il mêle des éléments de sa propre existenceà celle de ce vaurien de Peer Gynt, et ce faisant s’identifie à lui ? Car c’est bien par des éléments autobiographiques  que Johan Inger trace un parallèle entre lui et l’anti-héros imaginé par Ibsen.

 

 

Une ronde fantastique

 

A voir nombre de ballets narratifs, on comprend pourquoi les plus grands chorégraphes contemporains, notamment ceux dela « modern dance » et de la « post modern dance »américaines, ont éprouvé l’impérieux besoin de changer d’univers et de créer une danse pure, dépouillée de tout affect et de tout élément romanesque. 

C’est un peu le sentiment que l’on nourrit en contemplant la première partie du ballet « Peer Gynt » conçu par le Suédois Johan Inger. Dans cet ouvrage créé en 2017 pour le BalletThéâtre de Bâle (Ballett Theater Basel)  il s’est bien évidemment appuyé sur la musique de scène écrite par Edvard Grieg pour accompagner la fable d’Henrik Ibsen, mais dans laquelle il a glissé des pages de Georges Bizet ou de Piotr Tchaïkovsky, Inger représente toutes les scènes narrées par Ibsen : elles offrent une telle accumulation de péripéties qu’elles en deviennent anecdotiques et, à dire le vrai, un peu fastidieuses, malgré le savoir-faire du chorégraphe et les idées ingénieuses de son scénographe, Curt Allen Wilmer, qui a caché les innombrables décors du drame dans des caissons géants qu’on fait glisser tour à tour sur la scène.

C’est un tout autre sentiment qui survient toutefois lors de la seconde partie du ballet. Le souffle du chorégraphe est plus ample, le livret se prêtant mieux sans doute à des scènes plus élaborées, et il y en a une, magnifique, où Peer Gynt, revoyant en songe les épisodes les moins glorieux de son existence, se voit entouré d’ombres voilées de noir au milieu desquelles apparaissent tour à tour, comme dans une ronde fantastique,les figures de celles qu’il a séduites, violées et abandonnées. C’est un moment extraordinaire, d’une grande puissance dramatique, d’une grande virtuosité aussi quant à la mise en scène qui se confond ici avec la chorégraphie, et que les danseurs du Ballet de Bâle, excellente compagnie, servent à la perfection.

 

 

 

Jamais, semble-t-il, le Ballet Théâtre de Bâle ne s’était produit en France. Avec le Ballet du Grand-Théâtre de Genève et celui de l’Opéra de Zürich, la compagnie bâloise se place au rang des formations les plus imposantes de la Confédération helvétique. Elle compte à son répertoire des œuvres de Jiri Kylian, de Ohad Naharin, de William Forsythe, de Hans Van Manen ou Nacho Duato, sans compter Hofesh Shecter ou Joëlle Bouvier. Mais c’est pour donner à voir au public de la Maison de la Danse de Lyon un grand ballet narratifcontemporain conduit par un chorégraphe habile que Dominique Hervieu, la directrice de la Maison de la Danse, a programmé « Peer Gynt ». Les grands ballets à histoire relèvent en effet la plupart du temps du répertoire romantique,académique ou néo-classique. A Lyon, les innombrables chorégraphes contemporains invités présentent avant tout des ouvrages de danse pure, sans anecdote affichée. C’est donc pour montrer que la veine de la danse narrative ne s’est pas tarie que la Maison de la Danse a porté cette réalisation deJohan Inger à l’affiche. Lui qui avait tout récemment créé une chorégraphie pour le Ballet de Lyon (voir article de Toute la Culture du 25 avril 2018 : « Inger ne dépare pas face à Kylian ») et une autre, moins heureuse, pour les Ballets de Monte Carlo (voir article de Toute la Culture du 19 décembre 2018 : « En compagnie de Nijinski »), parodie ici avec efficacité le travail de Mats Ek auquel il succéda à la tête duBallet Cullberg et qu’il met même en scène au sein de « Peer Gynt », avec sa compagne Ana Laguna, en les substituant l’unet l’autre à des personnages d’Ibsen. De même, son scénographe va jusqu’à pasticher le décor de « Giselle », l’incontestable chef d’œuvre de Mats Ek. Inger parodie encore le ballet classique avec un extrait de « Casse-Noisette », puis se pastiche lui-même, tout cela pour exposer au public son parcours d’artiste qui l’a conduit du ballet académique à la danse contemporaine et qu’il met en parallèle avec la vie aventureuse et bien peu recommandable de Peer Gynt.

 

Raphaël de Gubernatis

 

Les représentations de « Peer Gynt » à la Maison de la Danse de Lyon étaient les dernières que donnait le Ballet Théâtre de Bâle.

 

visuel : Ballet de Bâle-©-Ismael-Lorenzo

 

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Raphaël de Gubernatis

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