Expos

Giacometti  colonise le LaM

Giacometti colonise le LaM

19 mars 2019 | PAR Laetitia Larralde

Ce printemps, le LaM vibre au rythme de Giacometti dans une grande exposition monographique augmentée de nombreux contrepoints en lien avec ses collections d’art contemporain et d’art brut.

Réalisée en partenariat avec la Fondation Giacometti, Paris, l’exposition présente cent cinquante œuvres emblématiques du travail de Giacometti. Première grande rétrospective l’artiste dans la région Hauts-de-France, l’exposition s’adresse également au public du nord de l’Europe, qui jusqu’à présent n’avait eu que peu d’accès aux œuvres de Giacometti.

Le parcours est à la fois chronologique et thématique, et couvre la totalité des presque cinquante ans de carrière de l’artiste. Du cubisme des débuts aux portraits peints, en passant par le surréalisme, l’influence égyptienne et ses sculptures iconiques filiformes, le portait est complet. Certaines de ses œuvres les plus connues sont exposées, comme L’Homme qui marche I, Le Nez, ou encore la Boule suspendue, et ouvrent sur celles qui le sont (un peu) moins. On retrouve également les sculptures en plâtre des Femmes de Venise, restaurées entre 2015 et 2017 après avoir servi à la fabrication des bronzes, et présentées ensemble pour la première fois depuis.

La scénographie crée un espace fluide et aéré. En accord avec la réflexion de Giacometti sur l’inscription de la figure dans l’espace, les œuvres semblent avoir ici la place nécessaire pour s’exprimer, de dialoguer avec les œuvres voisines. Le parcours est ponctué d’ouvertures vers les salles adjacentes, créant des liens entre les différentes périodes et cadrant les œuvres, notamment les Femmes de Venise que le regard englobe d’abord comme une entité, photographie de fond comprise, pour plus tard les retrouver en détail.

L’exposition est belle tout en restant classique. L’œuvre de Giacometti est en effet tellement connue qu’elle constitue une base culturelle commune à tous, et il est difficile de tout réinventer. L’originalité de cette exposition du LaM se trouve dans les contrepoints installés dans les collections du musée qui élargissent la vision de Giacometti à son influence sur les autres artistes et ses liens avec ses contemporains.

Dans la collection d’art brut, le focus est mis sur Carlo Zinelli. Interné en hôpital psychiatrique à Vérone suite au traumatisme de la guerre d’Espagne, Carlo Zinelli intègre un atelier artistique monté par le sculpteur Michael Noble. Lui-même influencé par Giacometti, il introduit le travail de l’artiste aux patients. Dans les peintures foisonnantes de Zinelli, on retrouve des références aux marcheurs de Giacometti, entourés de textes et d’une multitude de personnages, objets et animaux.

Annette Messager rend hommage à Giacometti avec son installation entêtante post apocalyptique, Sans légende. Tous les objets sont emballés de noir mat, comme les décombres d’une ville calcinée. Des faisceaux lumineux balayent la scène, créant un théâtre d’ombres sur les murs et faisant ressortir des œuvres de Giacometti, figures fantomatiques des survivants.

L’Institut pour la photographie propose ensuite une mise en contexte des œuvres et de l’artiste dans son atelier parisien, qu’il occupa pendant plus de quarante ans. Une sélection de photographies recrée l’atmosphère de l’atelier, véritable champ de bataille couvert de plâtre et de dessins sur les murs. On repère plusieurs des sculptures présentées dans l’exposition, dans un contexte ici plus quotidien, leur lien à l’artiste toujours intact, pas encore figées dans leur forme par une présentation publique. Que ce soit chez les photographes renommés ou les amateurs, on sent la fascination que l’atelier exerçait.

On aborde également le thème du livre, et plus particulièrement la relation que Giacometti entretenait avec la poésie. Entre les illustrations pour les recueils de ses amis, ou des jeunes poètes comme Léna Leclercq qu’il a soutenu, et ses propres écrits, ce ne sont pas moins de centre trente ouvrages auxquels il participa. On admire des eaux fortes et des lithographies qui portent la patte de l’artiste, cette quasi disparition de la figure qui s’exprime ici par le trait.

Les autres contrepoints ont pour fil rouge Jacques Dupin, poète, éditeur et galeriste, ami de Giacometti, et son premier biographe. Puisant dans la collection contemporaine du musée, on évoque les liens artistiques et amicaux avec Raoul Ubac et Joan Miró, par les figures plates de l’un et le lien au livre de l’autre.

Cette exposition Giacometti nous démontre avec justesse que l’œuvre d’un artiste ne se limite pas toujours à sa production propre. Il collabore avec ses contemporains, influence et inspire les artistes en tous genres. Comme les sculptures dont l’espace vital est défini par une cage ou un plateau, le travail d’un artiste est le résultat de toutes les influences extérieures qui l’entourent et ont mené à la création. Une œuvre se nourrit du passé et du présent de son auteur, et sert de terreau aux œuvres à venir.

Alberto Giacometti – une aventure moderne
Du 13 mars au 11 juin 2019
LaM – Villeneuve d’Ascq

Visuels : 1- Annette Giacometti, Alberto Giacometti modelant un buste de Yanaihara dans l’atelier, septembre 1960 – ©Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP), Paris, 2019 / 2-3- vues de l’exposition, photos L.Larralde / 4- Annette Messager, Sans légende, 2011-2012 ©ADAGP, Paris, 2019 – Photo : M.Bertola – Musées de Strasbourg / 5- Carlo Zinelli, Grandi fiori, figure e maschena neri (recto), 10 février 1969 – ©Fondazione culturale Carlo Zinelli, 2019 – Photo : P. Bernard

« Peer Gynt, un ballet de Johan Inger pour le Ballet Théâtre de Bâle à la Maison de la Danse
La collection Emil Bührle au musée Maillol
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *