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Lil’ Buck Real Swann : du Ghetto de Memphis aux étoiles de la danse classique

Lil’ Buck Real Swann : du Ghetto de Memphis aux étoiles de la danse classique

07 août 2020 | PAR Chloé Hubert

Louis Wallecan raconte dans son documentaire Lil’ Buck Real Swan l’histoire de Lil’ Buck, danseur du ghetto de Memphis et prodige du jookin’ qui va rapidement se tourner vers le ballet. De cette fusion improbable entre l’univers Hip Hop et celui du classique va naitre un véritable virtuose défiant la gravité qui est désormais considéré comme l’un des plus grands.

C’est en réalisant son documentaire Dancing is Living sur Benjamin Millepied que Louis Wallecan rencontre pour la première fois Lil’ Buck. « J’ai été ému dès la première seconde où je l’ai vu danser » raconte-il en voyant le jeune homme bouger sur un arrangement de Bach, sous l’œil attentif du chorégraphe français. L’idée d’un documentaire est née, pour en apprendre plus et faire connaître cet ovni de la danse, qui, originaire du ghetto de Memphis, côtoie désormais les plus grands et à acquis une renommée mondiale. 

Du jokin’ de Memphis…

Le documentaire s’ouvre sur des images du Crystal Palace, un club de roller de Memphis qui se transformait en piste de danse au cours de la nuit. Désormais fermé, au plus grand dam des jeunes du quartiers à qui il ne reste que peu de divertissements, Louis Wallecan y ramène Lil’ Buck, là où il a commencé. « Je voulais voir Lil Buck danser dans ce club et raconter l’histoire qui allait avec, la sienne et celle de sa culture, de sa communauté ». Car c’est cela que dépeint le début du film: les gangs, la pauvreté et la violence de Memphis. Cette violence, les jokers choisissent de l’exprimer autrement, par la danse, le jokin’ : « dance it out », disent-ils. Cette danse, inspirée du Gangsta Walk, les personnes interrogées dans le documentaire la racontent, la théorisent, dans ses lieux et ses enjeux. C’est dans des parkings qu’ils se retrouvaient pour danser, sur ces immenses pistes de danse plus grandes que n’importe quelle salle auxquelles ils n’avaient de toute manière pas accès. C’est la rugosité du sol qui les force à assouplir au maximum leurs pas et leurs mouvements pour faire du jokin’ cette danse où on à parfois l’impression que les patins sont toujours aux pieds. Au milieu de tout ça, Lil’ Buck, jeune prodige du jokin’ qui grandit avec un père violent et une mère cumulant deux emplois. C’est elle qui l’inscrit d’ailleurs au ballet, décision qui marque un tournant dans la carrière du jeune homme.

…au ballet classique

Tout à coup, ce documentaire qui avait parfois des allures de clip de Hip Hop prend une autre dimension, à l’instar de Lil’ Buck qui, en entrant dans l’univers du classique, va devenir une légende. Du jokin’ au ballet, Lil’ Buck ne fait pas une transition mais plutôt une hybridation, clé de son style et de son succès : il danse le jokin’ sur du Tchaikovsky’s dans des purs moments de grâce qui nous procure des frissons. Le documentaire raconte alors petit à petit cette « succes story » : de la performance aux cotés du violoncelliste prodige Yo-Yo Ma, filmé par le réalisateur Spike Jonze, à sa tournée avec Madonna, en passant par sa collaboration avec Benjamin Millepied.

Ce film est un patchwork qui se compose d’archives familiales (on le voit, filmé par sa mère, en justaucorps sur scène), de captations diverses et de quelques scènes jouées dont on pourrait peut être se passer. Si la réalisation est assez inégale, certains plans sont superbes, notamment les scènes de danses, filmées avec le grand angle des ballets. Louis Wallecan filme également Lil’ Buck avec une véritable proximité, jusque chez lui, lorsqu’il rentre après ses tournées mondiales et montre à sa famille ses exploits sur son téléphone. C’est aussi un bel hommage à sa mère qui est fait dans ce documentaire ainsi qu’un portrait en creux des ghettos de Memphis dont le moyen qu’a trouvé Lil’ Buck pour en sortir a été de fusionner une partie de sa culture avec celle, plus légitime, du ballet classique.

Visuel : Affiche officielle du film Lil’ Buch real Swan ©

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Chloé Hubert

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