Danse

« Les nuits » emphatiques d’Angelin Preljocaj

« Les nuits » emphatiques d’Angelin Preljocaj

29 avril 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’était l’un des événements attendus de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la Culture. Le 29 avril, Angelin Preljocaj présentait Les nuits, son nouveau ballet, en première mondiale, au Grand théâtre de Provence.

On avait quitté Angelin Preljocaj à Paris pour son superbe Ce que j’appelle oubli où il explorait le dialogue entre danse et texte, tout comme il l’avait déjà magnifiquement fait avec son Funambule. Cela, c’est le travail un peu plus radical du chorégraphe, celui où il enquête sur le langage des pas. Mais Angelin Preljocaj aime aussi s’illustrer dans des spectacles chorales qui séduisent large. Ses Nuits sont une relecture du conte Les 1001 nuits qui souhaite s’ancrer dans le fil conducteur de cette année capitale, celui de la Méditerranée.
Sur ce thème vont se succéder une dizaine de tableaux orientalistes qui nous plongent sur l’autre rive. Du hammam aux jardins cachés, les dix-huit danseurs répartis en parité hommes/femmes vont se séduire, s’aimer, se violenter dans une liberté étouffée, celle des harems aux grilles infranchissables. Ils vont incarner la sensualité en étant portés par la voix de Natasha Atlas et les costumes flamboyant d’Azzedine Alaïa.
Angelin Preljocaj raconte ici comme il a pu le faire avec son Blanche Neige. Nous sommes dans un spectacle monumental où la musique ne quitte ( presque jamais) les scènes, où la lumière vient appuyer le récit lui-même largement souligné par un décor fait de panneaux coulissants verticaux qui illustrent les rondeurs des palais.
Le niveau des danseurs n’est plus à démontrer, ils débordent de facilité et d’agilité. Comme toujours chez le chorégraphe, les portés se font majestueux, sans heurts. Les sauts sont vertigineux, et les pas de deux se remplissent de courbes voluptueuses.
Avec Les Nuits, il propose une danse qui vient puiser ses arabesques et ses pas en miroir dans le plus grand classicissime et c’est aussi dans cet esprit là qu’il choisit un spectacle figuratif où le récit fait parfois oublier le talents des interprètes. Il lâche prise parfois et arrive à nous toucher au cœur, comme dans une scène où les filles, en rouge passent au sol et se tapent le corps devenant leur seul instrument. Elles s’adoubent guerrières fragiles, loin du manifeste trop
peu provoquant qui les montraient alignées et sexy. Il y a aussi ces moments, trop rares où il met à l’honneur les hommes pour des tableaux violents, dans une lumière blafarde où on retrouve la force de son Empty Moves, cette force qui fait régner le silence en contraignant la nature de l’apesanteur.
Avec Les Nuits,il offre un spectacle populaire, accessible et grand public mais qui pêche par trop de saveurs douces.

Le 30 avril au Grand Théâtre de Provence, Aix en Provence.

Visuel : (c) DR

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