Danse
La danse en décomposition à June Events

La danse en décomposition à June Events

17 juin 2019 | PAR Philippine Renon

Pour l’avant dernière soirée du festival June Events, les mouvements des danseurs étaient décortiqués en long, en large et en travers. Une soirée de poésie qui agit lentement sur les yeux et les oreilles pour offrir, à condition de s’en saisir, une calme méditation.

 

L’air et doux et les oiseaux chantent, on les entend parfois à travers les fenêtres de la petite salle de l’Atelier de Paris, en plein cœur de Vincennes, à la Cartoucherie. Dans We were the future, Meytal Blanaru offrait le calme pour commencer, puis faisait rapidement tourner la soirée dans une énergie plus vibrante, tellurique et angoissée. Sur un fond musical, joué en live devant nous par Benjamin Sauzereau aux seuls moyens d’un sampler et d’une guitare électrique, trois performeurs se meuvent lentement sur un carré blanc.

La chorégraphe israélienne place cet espace de représentation au milieu des sectateurs, assis sur des bancs disposés en carré autour de la scène. Ainsi ils regardent s’effectuer les mouvements ralentis de Meytal Blanarau, Ido Batash et Gabriela Ceceña, mais se regardent entre eux également. Car ce chassé-croisé de regard est au cœur du geste dramaturgique de l’artiste. Ce qui peut donner lieu à des moments amusants, qui malheureusement déconnectent de l’ensemble du spectacle : l’une baille, l’un circonspect regarde sa +1 d’un air circonspect, mais d’autres très concentrés sont d’une grande aide pour se recentrer sur la création.

Suite baroque

Dans la deuxième partie de soirée, Mickaël Phelippeau s’emparait des planches de la grande salle de l’atelier de Paris. Et c’est un seul en scène qui s’amorce. Le chorégraphe marseillais nous présente à la fois un spectacle et une vraie personne : Lou. Fille de la grande danseuse et spécialiste du baroque, Béatrice Massin, Lou Cantor commence par intriguer, en sweat rose et chaussettes, dessinant sur le sol. Puis l’on comprend qu’elle décortique les pas de la danse issue de la cour du roi Louis XIV. Alors puisqu’elle les a expliqués, elle va aussi les danser. À sa façon d’ailleurs. 

Comme elle le dit elle-même, Lou est une danseuse énergique, elle a une carrure robuste, énergique et musclée. Le contraste et frappant lorsque sa mère la rejoint par un coin de la scène pour lui enfiler une robe à corset rose saumon, et danser avec elle pour quelques pas seulement. La démonstration du lien entre une mère et sa fille émeut la salle entière, attendrie et souriante. Ce spectacle court et dense est une jolie manière de diffuser du classique dans le festival June Events, plutôt contemporain, et de nous rendre curieux des origines de la danse à la française.

 

Visuel : © Shiraz Grinbaum et © Patrick Cockpit et Hans Lucas

 

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Philippine Renon

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