Danse

L’humour de Jan Martens et les traditions décalées de Mickaël Phelippeau se dansent au Festival d’Avignon

L’humour de Jan Martens et les traditions décalées de Mickaël Phelippeau se dansent au Festival d’Avignon

24 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jour de clôture peut-être, mais jour de spectacle intense tout de même. En ce 24 juillet, les chorégraphes Jan Martens et Mickaël Phelippeau ont fait danser leurs obsessions non pas sur le pont, mais encore, pour quelques heures, au Festival d’Avignon.

De Jan Martens on connait l’acharnement à aller au bout de son sujet. Personne n’a oublié la folie des rebonds de The dog days are over. On le retrouve seul en scène ou presque. Il est à une table et travaille un peu. Son écran est diffusé en grand devant nous. On lit ses mails, son planning (où nous notons qu’il sera aux Rencontres chorégraphiques en mai !), ses réservations pour le festival, et surtout ses selfies. Pour le moment, il traîne derrière son mac en attendant que tout le monde soit assis. Une fois la chose faite, il balance un « Ok » comme starter et nous explique en word et en treize points le déroulé de son spectacle Ode to the attempt… entendez… ode aux tentatives ! De quoi ? De jouer classique, minimal, de rendre hommage aux morts-vivants, de se venger de son ex, d’offrir un instant kitsch, un autre mémorable et aussi de choquer un peu. C’est super drôle. On ne cesse d’avoir envie de l’encourager. Pendant ce temps, l’air de rien, Martens déploie sa danse, en treize séquences. Danse comme une marche très rapide, aux accents athlétiques. Il sait prendre de la vitesse dans un tourbillon qui occupe tout le plateau. Il sait aussi baisser la cadence pour un moment triste. La pièce vient interroger le chemin qui mène à la création d’un spectacle et montrer finalement ce que le public ne sait pas. Il fait d’une recherche une pièce, et l’ensemble est d’une cohérence jubilatoire.

Ce court programme est suivi de Ben & Luc de Mickaël Phelippeau. On connait bien le chorégraphe breton fan de jaune. Il partage une passion avec Raimund Hoghe : tirer le portrait des danseurs. Jusqu’ici nous l’avions vu uniquement travailler avec des amateurs et souvent des adolescents. Après Pour Ethan et Pour Anastasia, il s’intéresse à des danseurs professionnels burkinabés, Ben Salaah Cisse et Luc Sanou. Pendant longtemps on ne sait pas qui est qui tant la fusion entre les deux garçons est totale. Au commencement, on doute. La sensation du « temps béni des colonies » où des blancs regardent et écoutent des noirs parlant une langue dont nous ne comprenons rien est très troublante. Elle nous saisit dans un acte très politique qui dit la domination impériale passée.

A la suite, on est conquis, totalement. Comme toujours, le chorégraphe permet aux interprètes de donner les points clés de leurs identités grâce à un un fil conducteur musical fort. Pour l’un c’est la danse de sa mère, étonnamment figurative, pour l’autre ce sont les gestes de son père, griot. Puis vient la sensualité d’un pas de deux très collé qui emprunte aux gestes traditionnels des femmes burkinabées et à la danse contemporaine. Nous assistons à une alliance des corps et à des transmissions. De la Bretagne à Ouagadougou le voyage est très charnel, très intense. Les hommes se portent pour n’être qu’un et la rencontre est totale.

Ben & Luc – Mickaël Phelippeau – © Mickaël Phelippeau

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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