Danse
French Cancan, quand la danse contemporaine compte fleurette

French Cancan, quand la danse contemporaine compte fleurette

24 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ah la nostalgie du désuet ! Sortez les froufrous et les musettes et transposez cela sur les scènes bien éloignées de Pigalle. De l’image du « french cancan » il faut garder la part subversive intrinsèque à ce mouvement né au XIXe siècle pour comprendre pourquoi un thème en surface léger occupe les artistes les plus actuels.

Quand on pense au French Cancan aujourd’hui, dans une vision relue et corrigée des choses, le nom de François Chaignaud n’est pas loin. Le chorégraphe et danseur prodige examine à la loupe les danses populaire et s’amuse à les transposer sur les plateaux. Pour Sous l’ombrelle (s’avive l’éclat de nos yeux), présenté à la Ménagerie de Verre en 2011, Jérôme Marin et François Chaignaud arrivaient couverts d’une couverture improbable. Dans la salle de la ménagerie, pour l’occasion repensée à l’envers, une voiture jouait des phares et des accélérateurs. Plus tard, un trio, batterie, piano, accordéon s’installait. Dès cet instant, le spectacle mettait en place une attirance de mondes opposés. Les chansons des années 20 et 30 étaient mêlées à une ambiance qui n’avait rien de légère.
Dans cet exemple,le rire est à la fête face au charme des contraires. La grosse voix de Benjamin Dukhan rencontrait les « jeunes filles » en fleur.

Il n’empêche, fleurette ou pas, le sujet reste la rencontre amoureuse et sexuelle. La force du travail de François Chaignaud est d’être juste. Que ce soit dans ses Danses libres ou ici dans le choix d’une non-danse venue nous immerger dans un monde centenaire, il réhabilite les vieilleries pour susciter le rire puis l’émotion. L’un des derniers morceaux les fait demander  » suis-je belle moi » ? On a envie de leur répondre oui sans faille. L’ombrelle reprend des codes de spectacles de travestis en mettant à jour une part de souffrance évidente dans le trouble identitaire. Dans ce lieu où il n’est question que de femmes en quête d’amour, elles ne sont présentes que par le symbole d’artifices, de vêtements et de maquillage. Mais seuls des hommes chantent et jouent. Cela pourrait être pathétique, mais en sachant habillement apprivoiser la corde sensible, le spectacle devient saisissant.

Moins engagées sont les productions qui viennent raviver la flamme de l’ancien dans une nostalgie virevoltante.

Récemment le Festival Kalyspo présentait Un petit pas de deux sur tes pas. On y danse sur le son pur puis remixé du Petit bal perdu, on rêve d’un Clair de Lune à Mabeuge. On en perd sa valise et on pleure sur la Seine. C’est un temps désuet qui est ici réhabilité dans des costumes qui font la part belle à une nostalgie joyeuse. La danse se fractionne et se hache dans un vocabulaire hip-hop qui s’offre même des ertaz de battle. Aurélien Kairo et Karla Pollux dansent en mêlant les codes. Le costume est d’inspiration Entre-deux-guerres.  La tentation du  « c’était mieux avant » est avalée par le son et le geste hip-hop. Là, le présent se charge du passé. A destination du jeune public, le spectacle fait entendre autre chose

Le Cancan n’est pas franchement pris au premier degré dans la danse contemporaine, il vient inspirer l’actuel en apportant un souffle kitsch à un verbe parfois austère.

Visuel : ©Sous l’ombrelle (s’avive l’éclat de nos yeux), DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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