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[Live report] « Rameau, maître à danser » par William Christie et les Arts Florissants

[Live report] « Rameau, maître à danser » par William Christie et les Arts Florissants

24 novembre 2014 | PAR Elodie Martinez

Vendredi 21 Novembre et samedi 22 Novembre se tenait à la Cité de la Musique un spectacle en l’honneur de Rameau, « maître à danser », sous la baguette d’un autre grand maître s’il en est : William Christie, à la tête de ses Arts Florissants. Tout était donc réuni pour passer une magnifique soirée. Du moins pouvait-on le croire…

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Au programme de cette soirée qui nous faisait saliver d’avance, la pastorale héroïque en un acte Daphnis et Eglé sur le livret de Charles Collé composée en 1753. L’histoire fort simple se prête tout à fait au genre de la pastorale : Daphnis et Eglé pensent être liés par l’amitié alors qu’il s’agit d’amour. Le prêtre du temple de l’Amitié dénonce cette confusion des sentiments et les chasse, ce qui entraîne une querelle du couple avant que l’Amour ne vienne leur expliquer la nature de ce qui les lie. Grâces, Jeux et Plaisirs viennent ensuite pour former le divertissement final.

On retrouve ensuite notre jeune couple attendant un enfant dans la seconde pièce, La Naissance d’Osiris, acte de ballet de 1754 sur un livret de Louis de Cahuzac. Ce lien créé entre les deux œuvres est bien pensé et permet ainsi une unité qui ne gêne et ne dénature en rien les deux livrets, même si Daphnis et Eglé sont bien entendu absents du livret de Cahuzac. Dans ce dernier, nous retrouvons l’atmosphère pastorale puisque nous sommes en présence de bergers célébrant l’amour et ses plaisirs dans le temple de Jupiter. Au milieu de cette fête, un jeune amoureux quelque peu tourmenté est réconforté par Pamilie avant qu’un orage ne survienne, effrayant tout le monde. Le Grand Prêtre rassure alors notre petit groupe tétanisé car il s’agit là de l’arrivée de ce dieu Jupiter à qui ils font des offrandes et dont ils n’ont rien à craindre. Ce dernier, niché parmi les spectateurs du balcon, annonce la naissance d’Osiris alors qu’Amour et les Grâces l’accompagnant sont sur scène. Il finit d’ailleurs par les y rejoindre avant de repartir pour l’Olympe, laissant l’acte se clôturer sur une belle danse festive réunissant solistes, danseurs et choristes.

Les histoires sont donc légères et fraîches, mais l’on regrette que le reste le soit également : les voix, pour commencer, démarrent péniblement et ne s’accordent pas tout de suite entre Elodie Fonnard (Eglé) et Reinoud Van Mechelen (Daphnis). La soprano ne convainc que très difficilement au début, la prononciation n’étant pas non plus toujours très présente. L’équilibre se rétablit toutefois et les deux amants chantent finalement à l’unisson. On apprécie d’ailleurs la voix posée et veloutée du jeune soliste de cette première partie qui nous entraîne avec lui sans grande difficulté. Magali Léger, qui est Amour puis Pamilie, nous offre un jeu délicieux et amusant, surtout dans la seconde œuvre. Les deux basses, Arnaud Richard (le Grand Prêtre) et Pierre Bessière (Jupiter) offrent des prestations appréciables, sans pour autant marquer les esprits. Quant à Sean Clayton (le berger), il faut bien avouer que peu de souvenirs restent de sa prestation assez fragile et sans puissance.

Des voix assez inégales, il est vrai, mais une mise en scène appréciable, entre opéra et concert, ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre. L’orchestre est bien sur scène, mais au fond, et se trouve même caché derrière un rideau mis en place par les interprètes, nous faisant alors oublier sa présence. Les costumes sont superbes et colorés, nous faisant revivre gaiement l’époque de Rameau. On se transpose sans mal dans les temples et les prés sans avoir besoin d’autres éléments de décors que les deux ou trois caisses sur scène et la porte du temple improvisée par une toile rouge entre deux longs bâtons. Mise en scène simple, certes, mais très efficace et très fraîche : visuellement, c’est une réussite.

En parlant de fraîcheur, tournons-nous vers les danseurs, véritables stars de cette soirée puisqu’il s’agissait de mettre leur art en avant dans ces deux œuvres de Rameau. Assez peu nombreux et composés de trois femmes et cinq hommes (Nathalie Adams, Anne-Sophie Berring, Andrea Miltnerova, Romain Arreghini, Bruno Benne, Pierre-François Dolle, Robert Le Nuz et Artur Zakirov), ils ont véritablement brillé, d’autant plus que la scène de la Cité de la Musique semble assez difficile à apprivoiser : du premier balcon nous entendions les pétales de fleurs tomber sur scène ! Pourtant, le bruit des pas légers des danseurs et danseuses ont su disparaître sous les instruments, qu’il s’agisse d’enchaînements lents ou bien rapides. La technique excellente transportait le public hors des murs de l’enceinte, et l’interprète d’Amour dans La Naissance d’Osiris a su imposer sa présence par un impressionnant charisme. Sans conteste, nous avons assisté à un exercice superbe sur ce point.

Enfin, les Arts Florissants poussés au fond de la scène ont parfois fait oublier leur présence, ce que l’on regrette : on aurait pu s’attendre à davantage de caractère de la part des musiciens de William Christie, mais voilà : le spectacle de ce soir mettait en lumière « Rameau, maître de la danse », et non « Rameau, maître du baroque ». De ce point de vue, il faut bien avouer que le pari est réussi, mais on regrette l’absence de cet orchestre capable de si grandes choses, comme on a pu s’en rappeler à quelques rares moments de la soirée, tout particulièrement pour ce superbe final qui fait oublier tous ces détails plus ou moins importants qui ne rendirent malheureusement pas ce spectacle aussi mémorable que ce que l’on aurait pu croire à la lecture du programme.

Finalement, le public applaudit généreusement, heureux du spectacle de danse de ce soir et de cette ambiance légère de pastorale si palpable que c’est tout juste s’il ne nous pousse pas des fleurs au bout du nez ! Dommage qu’une telle réussite visuelle se soit faite au détriment d’une belle expression musicale et vocale… on y était presque !

Par Elodie Martinez

© Visuel: William Christie et les arts florissants © cité de la musique

Infos pratiques

La Casa Cubana – Montreuil
Les Noubas d’Ici
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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