Danse

[Festival d’Automne] Les sublimes lignes inversées de Trisha Brown se redécouvrent

[Festival d’Automne] Les sublimes lignes inversées de Trisha Brown se redécouvrent

08 novembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est un adieu, mais c’est la dernière chose que l’on a envie de savoir. En présentant Solos Olos, Son of Gone Fishin, Rogues, Present Tense quatre pièces, et pas les plus connues, de Trisha Brown, le Festival d’Automne et Le Théâtre National de Chaillot rendent un hommage à la chorégraphe américaine qui a quitté les plateaux pour cause de maladie. Son répertoire couvre 50 ans d’American Post Dance et compte une centaine de titres.

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Le programme est chronologique. Il permet de comprendre la grammaire de Brown avec Solos Olos pour ensuite en apprendre la syntaxe jusqu’à l’apothéose. Solo Olos a été créée à la BAM ( Brooklyn Academy of Music) en 1976. Son of Gone Fishin est une commande du BAM en 1981. Rogues a été présenté pour la première fois au Festival de Danse de New-York en 2011 et Present Tense  est une commande de la Biennale de la Danse (Cannes) en 2003, réécrite en 2014.  Le fil conducteur de ce programme tient en un mot : Reverse.

« Reverse », c’est l’ordre que donne l’une des danseuses du quintet de Solo Olos. Les dos sont ici très droits, sans être raides. La découpe est mathématique, lente. Les genoux passent au sol. Les bras tirent vers l’arrière, les lignes se défont. La voix dit : « reverse » et les danseurs s’exécutent en inversant le mouvement, en le découpant et en recomposant une phrase. Technique qui raisonne avec le travail de Lucinda Childs à la même époque et dans le même lieu.  Son of Gone Fishin’ est une transe, hypnotique, anxiogène. La pièce, sublime, place les danseurs dans une auréole chaude, quasiment dorée.  Ils déhanchent pour appeler le reste de leurs corps, créant des postures comme happées par le désir.  Rogues est un pas de deux qui comme dans Solo Olos surprend par son apparente facilité. Comme dans les deux autres pièces, les changements de directions inattendues s’inscrivent dans une apparente évidence. « Dans le cas de Son of Gone Fishin’, explique Carolyn Lucas, la directrice de la compagnie, la phrase – constituée d’un écroulement séquentiel et d’un ré-empilage vertical – a été basculée de l’autre côté du corps, puis les deux côtés ont été inversés, donnant ainsi aux six danseurs la possibilité de se déplacer dans quatre directions différentes, et cela à n’importe quel moment de la phrase » Dans la grammaire de Trisha Brown, les cassures sont des caresses.  Present Tense nous rappelle, si nous l’avions oublié, à quel point la chorégraphe a dans sa carrière su apporter des pierres à la définition du porté, troublant la notion d’apesanteur. Sur la musique de Cage, les danseurs tous réunis (Cecily Campbell, Marc Crousillat, Olsi Gjeci, Leah Ives, Tara Lorenzen, Jamie Scott, Stuart Shugg)  sont un seul corps à réarticuler. La tension est totale entre le sol et le ciel ici, dans un geste qui semble être un hommage à Anna Halprin. Les portés sont éblouissants tant ils s’inscrivent dans la continuité de la marche qui ouvrait la pièce en solo. Ici le groupe ne fait qu’un, malgré la pluralité des couleurs des costumes et la diversité des corps.

Il a dans ce programme une permanence de technique, d’exigence et de précision. C’est sublime et  à aucun moment daté.

A la fin de cette tournée d’adieux, la compagnie va s’ouvrir à de nouveaux artistes et de nouvelles pièces.

Visuel : ©Ian Douglas

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_national_de_chaillot

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