Danse
[Critique] « The Pyre », de Gisèle Vienne, au festival NEXT : éblouissant, assourdissant

[Critique] « The Pyre », de Gisèle Vienne, au festival NEXT : éblouissant, assourdissant

25 novembre 2013 | PAR Audrey Chaix

 

 

C’est en collaboration avec l’Opéra de Lille que La rose des vents présente le spectacle de Gisèle Vienne dans cette édition 2013 du festival NEXT. Une performance ambitieuse, aussi bien dans sa scénographique que dans son propos. Divisée en trois partie,The Pyre commence par la fin, la partie 3 intitulée « La Danseuse » ; elle passe ensuite à la partie 2, « La Danseuse et le Fils », avant de se poursuivre en dehors de la salle, par la lecture d’un livre écrit par Dennis Cooper, posé sur les sièges pour que les spectateurs puissent le lire dans le foyer du théâtre ou bien ailleurs, où ils voudront. Une expérience totale que ce Bûcher, donc, qui allie le mouvement, la lumière, le son et la lettre. 

La scénographie est ce qui s’impose au regard dans cette performance : sur le plateau, deux gigantesques panneaux courbés entourent la scène, leurs faces concaves tournées l’une vers l’autre, créant ainsi une sorte de tunnel en entonnoir. Le côté le plus large se trouve côté public, et il va en se rétrécissant vers le fond de scène, tapissé d’un grand miroir qui reflète le corps de la Danseuse. Sur les panneaux, des milliers de leds renforcent cette impression de tunnel de lumière qui crée un espace exigu, mais empli de mouvement et de son, créant ainsi une piste de danse digne de la plus branchée des discothèques. Plongé dans une obscurité totale, le public n’est distrait par aucune lueur extérieure. Gare au portable dont l’écran allumé viendrait troubler ce dispositif total…

Un tel effort dans la mise en place du dispositif scénique appelle une grande rigueur physique : la danseuse Anja Röttgerkamp met la puissance de ses mouvements pour servir la chorégraphie très intense de Gisèle Vienne. Frénétique, comme si elle était en permanence sous une lumière stroboscopique, Röttgerkamp impose à son corps, vêtu d’un justaucorps très échancré et de hauts escarpins, une discipline saccadée qui donne l’impression qu’elle est entrée dans une sorte de transe, dont rien ne semble pouvoir la libérer. Pas même l’apparition sur scène, dans la deuxième partie, du fils, jeune garçon de douze-treize ans qui reproduit les mouvements de bras et les déhanchés de la danseuse, avant que celle-ci ne s’effondre sur le bord du plateau, un nuage de fumée émanant d’elle, comme si elle avait fini par se sacrifier sur ce bûcher électronique.

Si ce dispositif scénique total induit une expérience artistique rare, qui reste longtemps fixée dans la rétine, il reste que l’on ressort aveuglé par les lumières dont on nous a éblouis pendant plus d’une heure, assourdis par les basses que l’on nous a envoyées dans les oreilles, et en se disant que l’ambition de cette pièce occulte quelque peu – et c’est dommage –,le point central de The Pyre : l’implication physique et mentale totale d’Anja Röttgerkamp, véritable héroïne aux ailes brûlées par la lumière.

Lire ici le point de vue d’Amélie Blaustein Niddam. 

Photos : © Maarten Vanden Abeele

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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