Performance

« The Pyre », l’ardent bûcher de Gisèle Vienne explose la lumière

« The Pyre », l’ardent bûcher de Gisèle Vienne explose la lumière

29 mai 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

[rating=5]Sans titre

On sait qu’un spectacle restera quand la première image est à couper le souffle. Avec The Pyre, en français, Le Bûcher, la chorégraphe et  metteuse en scène Gisèle Vienne nous emmène, avec son complice Denis Cooper, dans un rewind hypnotique, et cela, dès la première seconde. 

On ne pourra pas trop vous en dire, alors, avant tout, nous vous dirons l’essentiel : de ce spectacle, vous ne comprendrez l’histoire que si vous le souhaitez.

Avant qu’il commence, un livre, édité chez P.O.L vous sera offert, il est signé « Par le fils », en réalité par l’auteur américain adepte des descriptions sulfureuses, morbides et trashs, Dennis Cooper. Ce livre, vous le lirez soit après les saluts, dans la salle, soit au moment qui vous semblera approprié, chez vous, ou ailleurs, mais soyez-en assuré, vous le lirez.

The Pyre va ainsi de l’abstraction au récit en trois parties distinctes : 3-La danseuse, 2-La danseuse et le fils, 1-Le livre. The Pyre est donc une symphonie en trois parties alliant quatre instruments : la lumière, le son, le geste et le récit. Le procédé est totalement déroutant, il est d’autant plus captivant. C’est avec talent que  Gisèle Vienne sait engager le spectateur dans le processus de création. Déjà dans Jerk, un livret nous était distribué, permettant des temps de respiration nécessaires à supporter l’horreur.

Ici, elle ne nous ménage plus, il n’est plus question de pause, au contraire, il est question d’éternité mouvementée : La danseuse, incroyable Anja Röttgerkamp, va évoluer  quasi sur place dans un drôle de vaisseau tout droit sorti de 2001 l’Odyssée de l’Espace. En pleine frénésie sur l’art cinétique,  la lumière de Patrick Riou vient apporter du sens à l’objet. Qui bouge ? Ces deux murs concaves composés de leds en forme de néons qui nous font croire à une autre guerre des étoiles ou les lignes rouges ou vertes d’une boite des années 80 ? Elle sort de Flash dance, justaucorps plus qu’échancré et escarpins argentés. Cela pourrait être drôle mais il se dégage de la présence de cette belle blonde posée au sol comme une araignée en suspension une sensation… spectrale.

Elle n’est pas là, sinon, pourquoi serait-elle entraînée dans une danse qui la fait passer de la lenteur de l’érection, à une fois debout, la frénésie d’un mouvement déhanché, désaxé, cultivant les oppositions. Le rythme est époustouflant, comme une fuite.

La perception totalement distordue vient de la musique des compagnons de route de Gisèle Vienne, KTL (Stephen O’Malley & Peter Rehberg), associée à la lumière. L’ensemble offre des nappes électroniques anti-mélodiques en même temps que totalement captivantes…un bûcher 3.0

Le spectacle nous fera avancer dans la compréhension, on saura bientôt que cette danseuse avait une vie et nous sauront, le lendemain, livre dans la main, à quelle point elle était violente. La proposition plastique fait de The Pyre une œuvre à 360 degrés, qui vous permet de remonter le temps et de sortir du trou noir, de confronter la perte à la vacuité des vanités.

Avec ce spectacle beau, précis, radical, Gisèle Vienne, à peine 36 ans, prouve qu’elle n’a pas fini de nous surprendre dans ces champs d’exploration. C’est en filigrane que le thème de l’adolescence bousillée viendra, mais avec plus de retenue et d’intimité que précédemment. Une évolution qui rend le choc encore plus percutant car plus personnel.

Visuel : Gisèle Vienne – The Pyre Modélisation 3D (c) Gisèle Vienne (c) Rémi Brabis

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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