Danse
Chronic(s) 2 de Hamid Ben Mahi et Michel Schweizer

Chronic(s) 2 de Hamid Ben Mahi et Michel Schweizer

14 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

En 2001, le premier opus intitulé Chronic(s) conçu par Michel Schweizer et Hamid Ben Mahi, interprété par ce dernier, traçait le portrait d’un artiste en jeune homme, alternant moments chorégraphiques et monologues extérieurs. Vingt ans après, on retrouve le même,  au programme du Temps d’aimer la danse, commentant à rebours un parcours par bien des côtés hors du commun.

 Seul en scène

La scène est celle du Colisée biarrot, rue de Sarasate, compositeur requis par Aznavour pour rimer avec « chatte » dans sa chanson « Comme ils disent ». Selon toute apparence, Hamid Ben Mahi est seul maître à bord.  Certes, sa prestation bénéficie de la création lumière d’Antoine Auger et d’une B.O. aux petits oignons signée Nicolas Barillot et Sébastien Lamy. Pour le reste, il ne doit compter que sur lui-même lorsqu’est donné le signal de départ. Que sur ses propres forces, comme disait Le Petit livre rouge. Il va de soi qu’une heure de gala ne saurait être la durée d’un solo ou, pour utiliser la notion de la danse classique – domaine auquel fut initié le danseur-chorégraphe au Conservatoire de Bordeaux – d’une variation. Car la danse exige du souffle, surtout à un tel niveau technique. Et la parole beaucoup moins, surtout amplifiée par un micro sur pied.

Ce pied de microphone est aussi un élément scénographique qui rappelle la verticalité de la danse classique. Un appareil vidéo imitant le carrousel diapos de Kodak d’antan a été fixé au moyen de quatre chaînettes aux cintres du théâtre et fait défiler sur un petit écran accroché au mur du fond des images du temps passé, à commencer par un cliché des Tours jumelles de New York qui furent rasées du paysage lors de la première version de Chronic(s), en poursuivant par des photos personnelles. Une simple planche d’à peine 70 cm de largeur équipée d’un micro interne comme ceux dont usent les claquettistes ou les joueurs de guitare électrique permet au danseur de se livrer à une routine de percussions corporelles à base de talonnades et de coups de poing. Cette scène miniature est l’espace du danseur, le carré où il inscrit sa danse.

Le Métier de danseur

La conférence dansée de Hamid Ben Mahi établit des connexions entre le hip-hop, dont l’année 1996, qui fut celle des débuts du danseur, marqua le renouveau avec les Rencontres de danses urbaines de La Villette et la danse académique occidentale. Une chute, ainsi, constitue une variante de la quatrième position. Une chandelle avec un appui sur une seule épaule ne doit pas faire oublier à celui qui l’exécute de continuer à respirer. Cette position acrobatique somme toute courante en gymnastique ou dans les arts martiaux fut intégrée dans la danse néoclassique par Jean Babilée dans Le Jeune homme et la mort (1946) et reprise, comme le rappelle Hamid, par Baryshnikov, au début du film Soleil de nuit (1985). Babilée fit l’objet d’un court métrage de Jacques Baratier ayant précisément pour titre Le Métier de danseur (1952).

C’est en connaissance de cause que Hamid Ben Mahi a comparé son expérience à celle des danseurs de l’Opéra qui, à son âge, ont déjà pris leur retraite depuis longtemps. Il ne se plaint cependant pas de son sort, fait même de l’humour en rapportant ses échanges avec ses deux fils curieux, mais sans plus (ne daignant pas enlever leurs écouteurs lors de leur conversation), de savoir ce qu’est exactement l’activité du danseur. Outre les démonstrations virtuoses et les solos extrêmement lyriques, Chronic(s) 2 fait le lien entre les danses classique et contemporaine et celles venues d’orient – du Maghreb, de tradition soufie, de « résistance », guerrières, de cérémonie, de bergers, dont les hommes n’assument pas toujours de faire chalouper le bassin. Inutile de dire que le solo a suscité nombre de rappels.

Visuel : © Pierre Planchenault

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Nicolas Villodre

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