Musique
Vita aux Bouffes du Nord, Sonia Wieder-Atherton transcende la voix du violoncelle.

Vita aux Bouffes du Nord, Sonia Wieder-Atherton transcende la voix du violoncelle.

09 mars 2011 | PAR Bérénice Clerc

Lundi 7 Mars Sonia Wiede-Atherton a donné Vita au Bouffes du Nord avec Sarah Iancu et Matthieu Lejeune.

Un moment de grâce, de sensualité et de force quasi indescriptible via des mots.

 

 

Comme vous le savez grâce à cet article, l’excellent disque Vita chez Naïve est depuis peu dans les bacs.

Un voyage sonore magnifique entre le Baroque et le Contemporain, dans lequel Monteverdi rencontre Scelsi avec une évidence et une beauté rare.

La notion de temps, d’époque explose avec fracas pour laisser apparaître l’Homme, ses forces, ses vies, ses émotions et son lien avec l’espace, le cosmos l’immatériel. La talent de Sonia Wieder-Atherton dépasse les limites du son et des notes, elle raconte avec poésie la vie d’Angioletta et Angel comme l’envers du miroir entre le XVIe et le XXe siècle. Deux lignes de vie comme deux cordes parallèles à l’infinie, se tissent, s’entremêlent pour n’en former qu’une : Angioletta-Angel inspirée par les textes des madrigaux De Monteverdi.

Le théâtre des Bouffes du Nord est complet du sol au plafond sans oublier les coussins dans les escaliers.

Trois chaises noires dans cet espace immense et magnifique au mur de rouge griffé.

Ce théâtre est un décor à lui seul, il porte les âmes des artistes, le bruit de leurs pas.

Sonia Wieder-Atherton entre en scène, se place au centre avec  pour le public Sarah Iancu à gauche et Matthieu Lejeune à droite. Un noir comme pour nous inviter au voyage, puis trois petites lumières venues d’en haut éclairent les pupitres et forment un rectangle d’ombre au sol. Cette image est magnifique et nous change des petites lumières aux pupitres des orchestres !

Dans une fusion absolue les trois archets glissent pour donner naissance au concert sous les notes de Monteverdi. Une révélation, la jeunesse, l’amour se révèle, la mélodie douce, harmonieuse et puissante danse dans les Bouffes du Nord.

Les violoncelles semblent respirer, on peut entendre leurs souffles, leurs voix résonnent comme humaines.

La lumière se réchauffe progressivement, on peut apercevoir le fond de la salle, rouge comme l’intérieur de l’Homme, écorché comme son âme. L’innocence virginale disparaît, une prise de conscience, un rythme plus ardant brûle le son.

 

Un rectangle de lumière ouvre une fenêtre sur Scelsi, Sonia Wieder-Atherton joue seule avec intensité et vertige, sa main gauche vrille, vibre et sautille pour donner à entendre une voix parfois douloureuse.

Monteverdi revient, les trois voix résonnent à nouveau, virevoltent, séduisent, se répondent, se regardent, s’imitent, se séparent. D’un seul regard Sonia Wieder -Atherton mène cette danse à trois musiciens dans une fluidité incroyable, jusqu’à la rupture.

De nouveau seule dans son rectangle de lumière, un déferlement de sons commence. Energie proche d’une impossible révolution du corps, la voix se transcende, le son est un chaos sublime et le corps de la musicienne se démultiplie pour dépasser les limites du réel au rythme d’un film muet ou accéléré. Sarah Iancu se lève, s ‘approche doucement de Sonia Wieder-Atherton. L’hypnose est telle qu’on peut imaginer qu’elle va mettre un terme au son et aux souffrances, briser son violoncelle dans une énergie digne d’une œuvre d’Arman !

Heureusement, il n’en est rien, elle est juste là pour l’accompagner, changer sa partition d’une main légère.

La vie d’Angioletta-Angel continua de s’offrir à nous dans une perfection et une grâce animale surnaturelle.

Les transcriptions des madriguaux de Sonia Wieder-Atherton et Franck Krawckzyk semblent nées pour ces trois violoncelles.

L’archet vocalise sans mot, nous raconte l’histoire de la vie grâce à une variété de timbres, de couleurs, au jeu immatérialisable et imcomparable de Sonia Wieder-Atherton complété par des unissons, des polyphonies opposées, de mouvements vocaux dignes d’une basse soutenue ou d’un ténor exalté sous l’archet de Sarah Iancu et Matthieu Lejeune. La mise en espace et la création lumière sont sublimes, léchées, telles une œuvre plastique comme pourrait en créer James Turell.

Le public en liesse a applaudi et crié bravo sans limite pour ce moment unique.

Une expérience à vivre d’urgence, à offrir et à partager.

Chaque enfant devrait voir cela au plus vite et vivre la musique ainsi avec les acteurs de notre temps.

Vous pourrez retrouver ce concert à Londres  le 18 mars ou à Lisbonne le 26 mars, si vous avez des envies de voyage, Vita le mérite !

http://soniawiederatherton.com

 

 

Infos pratiques

Grand Palais : L’exposition Nature et idéal brosse le portrait international de Rome au 17e siècle
Rétrospective Hong Sang-Soo (en sa présence) à la cinémathèque française du 14 au 28 mars
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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