Musique

Villette Sonique Live Report : The Fall + Cheveu + OOIOO + I Apologize (31/05/11)

14 juin 2011 | PAR Camille Jamain

En attendant Current 93 pour célébrer cette fin de Villette Sonique, le festival proposait une affiche des plus alléchantes en cet avant-dernier soir, mardi 31 mai.

Sur le papier I Apologize avait de quoi promettre un début de soirée sympathique avec ses reprises new wave et post punk emmenées par le performer Jean Luc Verna. Seulement, sur scène, quelques minutes auront suffi pour que chacun dans la Grande Halle se regarde dubitativement en se demandant si le trio ne nous livrait pas plutôt une parodie bien terne dont on se serait bien volontiers passé. Le corps tatoué enveloppé dans une combinaison de cuir au style douteux, on passe vite de l’hommage à la caricature et l’on ne s’y attardera pas trop, ainsi le public semble être unanime sur cette prestation même si au final on ne sait plus vraiment qui des deux devrait s’excuser d’être ici.

Moment très attendu du festival, le concert de Cheveu s’apprête à débuter et l’on peut réellement jauger la popularité grandissante du trio signé chez Born Bad à l’affluence devant la scène. Fort de son renversant deuxième album 1000 Miles, sublime effort de bricolages noise indescriptibles, le groupe s’attaque à un nouvel exercice sur une scène de cette envergure après avoir enflammé Mains d’œuvres et Nouveau Casino cette année. Intense et progressif, le trio (clavier/boîte à rythme – machines/chant – guitare) livre un show à son image en parcourant ses incontournables titres (« Quattro stagioni », « Charlie Sheen », « Show! ») et en visitant son répertoire dans un brouhaha jouissif en faisant preuve d’une maîtrise qui force le respect. Au beau milieu de ce laboratoire ésotérique la voix se noie dans les échos saturés et la boîte à rythme s’adaptant à chaque mouvement confère au tout une cohérence qui ne semblait pas si évidente tant l’exercice du passage de l’album au live apparaissait périlleux. Si David Lemoine captive le public avec une pointe de cynisme et une attitude proche d’un Angus Andrew (Liars), la taille de la salle semble un peu grande pour vraiment contenir toute la pression et l’énergie que le groupe offre. Cependant les précédents concerts de Cheveu ayant été éprouvants, on ne se plaindra pas de les avoir découvert dans une configuration, qui si elle n’est pas celle où ils semblent le plus à l’aise, nous offre une autre perspective et eux l’occasion de prouver qu’ils franchissent fièrement l’épreuve.

A l’instar de leurs compatriotes Bo Ningen, OOIOO est un pur produit de la frange barrée de l’underground japonais et l’on sait que lorsque l’on aborde le sujet, la jeunesse rock déjantée nipponne répond souvent avec brio. Quatuor exclusivement féminin dont la batteuse accompagne Kim Gordon au sein de Free Kitten, leur recette faussement naïve emprunte avec légèreté tant aux musiques tribales qu’au dance-noise le plus remuant. Soutenues par de talentueuses musiciennes, les montées répétitives et les cris angoissants de la chanteuse transportent dans un univers oscillant entre danse africaine et punk garage donnant au tout des accents d’exotisme bienvenus entre Cheveu et The Fall. On se prend au jeu et le groupe répond présent sur scène par une énergie occupant pleinement l’espace. Une belle découverte en soi que l’on ne manquera pas de retrouver dès que possible et un moment de légèreté avant la chute…

Plus d’une centaine de productions à leur actif dont 28 albums studios et autant d’enregistrements live, 35 ans d’existence et un statut de groupe culte traînant derrière la mine irascible de sa figure emblématique un chapelet de fidèles galvanisés à chaque apparition : voici The Fall. Groupe protéiforme avec pour seul membre permanent l’inénarrable Mark Edward Smith et son chant si particulier empreint de références à la beat poetry et de réalisme social scandé à la manière spoken word derrière une attitude désinvolte n’ayant d’égale que son élégance rayonnante. Car il faut le dire tout de suite, The Fall c’est la classe ultime et Smith en est l’icône.

Après une dizaine de minutes d’introduction vidéo captivante mêlant pèle-mêle des extraits de concert de Jacques Brel et de Prince façon ostinato (sic), le groupe fait son apparition devant un étendard éponyme et une tenture ambiance Blueberry. La batterie est lourde, la basse est traitée avec une violence hors-norme tel un crépitement d’orage, le son est excellent et l’animal arrive sur scène. Instantanément il captive, costard issu direct de sa plus belle panoplie 80’s, micro collé au gosier et sa voix d’outre tombe nasillarde oscille autant que sa tête semble flotter dans les vapeurs nauséabondes d’un vieux rade de Manchester. On peut ne pas comprendre, mais on ne peut pas douter de la spontanéité de Smith. Un tour vers le micro du guitariste, un autre jeté à terre, puis c’est celui de la grosse caisse dont il s’empare pour y caler son dictaphone, pas moins de cinq subiront les attaques du mancunien ce soir, quand aux amplis basse et guitare, s’il ne les trouve pas assez présents, il suffit pour ,de pousser le volume à fond pour que le bonhomme se sente plus à l’aise menant inévitablement le concert vers des niveaux sonores déraisonnables, mais qu’importe,a- t-il vraiment raison à se faire dans un tel moment.

Quand au set à proprement parler, on traverse parcellairement la discographie et l’on savoure les titres de l’excellent dernier album Your Future, Our Clutter jusqu’au désormais classique « Bury pts. 1 + 3 ». L’inventivité et la modernité des arrangements semblent tellement évidents que l’on ne se sent plus capable de qualifier nombre de groupes trois fois plus jeunes de novateurs. Rien d’autre à dire, tout était à vivre.

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