Musique
Shaka Ponk : King Song! King Song! King Song!

Shaka Ponk : King Song! King Song! King Song!

14 juin 2011 | PAR Pascal

Étrange sentiment d’avoir en face de soi les Goonies devenus adultes ou presque, de pénétrer leur caverne d’acier façon Ray Bradbury dans une déco Stan Lee. Trônent le surfer d’argent, la reine Samaha et Goz, enfant de Gorillaz et des Simian, symbole de l’origine plantigrade, peu avant Lucie. La lumière a un son. Le leur. Le geek a un sens. Le leur. La culture est intense. La leur. Leur singe est un leurre. Le leur, comme un mythe dont les songs sont des hymnes au King. King Song. Les cartes mémoires et graphiques deviennent leur biographie ; mise à jour quotidienne sur les disques durs, diffusion instantanée sur la monkeytivi. Entre jeux videos et culte de l’idole simiesque, jungle urbaine, les créateurs se balancent de platines en claviers, de guitares en batteries, de loops en images, de raords visuels en accords sonores, et ne vous en effraie, la lumière sort de leurs yeux.  Le son importe pour qu’on ait l’ivresse et le visuel tout autant. Voici le monde futur de la geek musique dont ils sont, comme les primates, le principe d’une vie nouvelle et plus éclairée, celle de la modernité. Descendus des arbres sur la terre technologique, j’annonce Shaka Ponk.

Comme certains ingurgitent  des « grecs » aux frites grasses et à la viande chewing-gum, Shaka Ponk, groupe issu de la planète de l’Homme avant le singe, porte le geek en lui, comme une puce intégrée sous les pores velus et les tatouages de leurs musiciens devenus les nouveaux ingésongs d’une culture qui n’absorbe aucun poison virtuel, aucun spam ; simplement un univers dans lequel le son a une image ; du 27 images par son.  Imaginons un instant la décadence d’un monde pris entre la nature et les singes dominants, noyé dans l’oubli de l’écologie des prédateurs sans technologie, perdu dans la brousse d’une culture multi média dont nous n’avons pas les clés, ficelé dans les lianes de logiciels de business sur le mode power point et d’une diffusion d’un marketing sauvage dans lequel on ne mange que ce que l’on tue. Imaginons-le ou pas, tant il existerait. Les rivages sont des avenues virtuelles baignées de Chuck Berry, les lianes sont des loops entêtantes, arrachées pour faire de petites huttes musicales façon Simian, groupe des années 90 d’une subtilité précieuse flirtant entre Bob Dylan et Daft Punk, préfigurant, comme nos Shaka Ponk, la beat generation à venir. Bienvenue dans le monde de la techno illogique et cohérente de la first geek music. Leur mythe sonore : l’homme qui vendit le monde.

Que faire de telles dimensions internationales ? D’un tel message véhiculé inconsciemment, par jeu, par virtuosité de l’application x ou y de tel diffuseur audio ou video ? Mon cœur bat Shaka ponk, Shaka ponk, Shaa ponk au rythme de la grosse caisse autour de laquelle court Sonic chassé par G.I Joe Strummer du cinquième niveau. Sur son écran de contrôle, rien n’échappe à Mister Goz. Il est là avant l’heure, prédicateur pour nous avertir que le retour des singes est possible. Le leur est virtuel. Mais à trop de virtualité et de réseaux, la nature reprendra le dessus sur la civilisation, avec ses lianes entremêlées comme des fils déconnectés de toute écologie humaine. Ce son lumineux est à propager sur toute la planète, en nous rappelant que le son du tamtam est bien plus cultuel, instinctif et rapide, sensuel et mystérieux qu’un beat électrique. Retour aux origines.

L’inspiration vient quelque peut du hacking. Mr Goz, le septième élément du groupe prend ses branches dans un singe pirate, créé pour perturber une marque de vêtement américaine. L’esprit beaux Arts modernes du band a trouvé sa place à Berlin, le lieu de la culture moderne, esthétiquement électronique et métal. Une french touch à la Mano Negra et on a le portrait du son expérimental de Shaka Ponk. Mais nous sommes bien en deçà du concept.

Bien plus qu’un album, Shaka Ponk ne fige rien, jamais. Tout est mouvement. Soi le vent de la platine Dj ou du riff de guitare, la rondeur acidulée des ondes du  Minimoog et du tempo jungle de la batterie, soi la vision d’un clip immanent, immédiat. Ceux-ci sont dans le moov, le vrai, celui de la pensée qui coupe à coups de coupe-coupe la savane accrocheuse de l’apriori musical et stylistique. Que nous raconte la pochette du magnifique triptyque de leur album ? Il y a e monde dark, noir et sombre comme l’intérieur de Moby Dick, comme une forêt intense où la lumière ne se prend qu’aux cimes des arbres. Deep is the forest, celle des mythes personnels et de nos racines. Il y a cet homme et cette femme aux yeux sans pupille, dont la lumière solaire parait, aussi tranquille que mystique, légèrement orientée vers les hauteurs. La lumière est un flux continu dans ce monde d’alternance sans alternative, loin de la route de Kerouac et de sa beat generation. Ils nous font penser à Tobie, le saint homme guérit par son fils et l’ange Raphael venu dans la matrice des cartes graphiques et sons pour nous délivrer une pop variée, nécessité du moment, brutale par sa nudité première, originelle, affirmant que « le premier est le définitif », éclairant de leur vision l’ombre de la forêt, acheminant de leurs tempos l’empreinte d’une pop à l’énergie verticale, des racines du ciel aux faites des arbres.

Zombis nus ? Un journaliste leur demandait si le fait de poser nus était une provocation. Sans être langue de vipère, la cohérence est totale. Ils ne pouvaient que poser nus. Jamais la notion d’instant, d’immédiat n’avait été aussi présente dans la musique et l’image, dans le concept, un peu comme des colères, pour signifier le vrai, le présent, même si l’on sait son inexistence (sauf dans la colère). Ehan, Cyril, Steeve, Ion, Frah, et Samaha ont cette culture du tout à la vue et à l’ouï comme un appétit guerrier. Douze titres évènementiels à écouter d’une traite comme des monkeys pistons.

Leur actualité est à suivre sur : http://tv.shakaponk.com/ Ne pas en abuser est une erreur. La geek music est leur danse, tribale et subtile, comme les premiers enseignements humains, lucides au moment où la femme mis son pied plein dans la terre à la recherche d’une nourriture pour son fils, les yeux illuminés d’un horizon courbe et digital, enfin, dépourvu de lianes. Avant ou après les singes ? Derrière vos barrières virtuelles retentit un appel : King Song, King Song, King Song. Mister Goz is watching you.

Pascal Szulc

 

 

 

 

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