Musique
Thurston Moore à Petit Bain, NYC / Seine

Thurston Moore à Petit Bain, NYC / Seine

12 mars 2022 | PAR Damien Poulain

 

Thurston Moore : “Ça fait tellement longtemps qu’on n’a pas joué live. “ Ça tombe bien, ça fait longtemps qu’on n’a pas traversé la Seine pour se faire défoncer des tympans toujours avides de sensations – fortes ou pas. Des tympans abîmés par le temps, le R&B autotuné globalisé. Et Vianney.

La dernière fois qu’on a croisé Moore, le MC de Sonic Youth, le meilleur groupe du monde, toutes périodes confondues – si, si – c’était il y a deux ans dans la cave crypto-goth-branchée le Silencio, zooland de mannequins russes ou ukrainiens, américains ou costaricains, on ne sait plus. C’était à l’occasion d’une de ces tournées solo, pratiquées en miroir par le camarade Lee Ranaldo, pendant lesquelles les guitares, accrochées au lustre, pendent la tête en bas, fouettées à coups d’archets. Bon, on aime bien les soirées SM, mais alors en tant que Master & Servant, moins en spectateur.

Finies les soirées SM

A défaut donc d’être attachés, nous voilà amarrés au pied de la Grande Bibliothèque, à Petit Bain “équipement culturel flottant“ en plein festival “How to Love“ et surtout la plus chouette salle, de concert sur l’eau de Paris, cinq espaces, cinq ambiances. On fume une cigarette sur la terrasse en regardant passer les gyrophares qui emmènent loin du palais de justice ces gens qui n’aimaient pas Eagles of Death Metal et leurs fans. Strange days here we come.

Finalement, on descend, assister à la première partie dispensable des bristoliens de LICE, sorte de Day One piquousé au métal avec un clone neuf de Boris Johnson à la harangue plus qu’au chant. On notera que LICE est le premier groupe signé par IDLES, hérauts du meilleur concert à Paris la semaine dernière. Boris, tout comme au British Parliament, tente vainement de chauffer des attendees qui n’attendent qu’une chose, tout comme au British Parliament : qu’il parte.

Rallongi

TM arrive enfin avec son “super groupe“, pas d’autres mots : le vieux copain James Sedwards à la guitare, proclamé meilleur guitariste d’Angleterre par John Peel, son acolyte Jem Doulton à la batterie et Debbie Gouge l’unique, ex-MBV, la basse la plus rauque du Somerset.

On a de la chance, le dernier album de Moore est probablement son meilleur en solo depuis le crash marital de Sonic Youth, “Psychic Hearts“ et son tube indé inoubliable “Ono Soul“ mis à part. Ça démarre avec le single “Hashish“, enchaîne avec le très “Murray Street“ “Speak to the Wild“ de l’album de 2014 “The Best Day“ et enchaîne les prouesses soniques, où l’on pratique plus le rallongi que le raccourci.

Poches poitrines

On remarque bien malgré soi trois points qui font de ce concert un moment inattendu : les solos de guitare parfois très rock FM de James Sewards, awardé par des Brian May et Jimmy Page et aux poches poitrines façon cow-boy, les lyrics de TM reportés sur des feuilles format A2 posées sur un pupitre forcément trop petit et surtout, que les murs de son, les fameux ponts soniques qui ont fait la réputation de Sonic Youth ont cédé. Oui ils ont cédé leur place à des murets d’arpèges délicats, une sorte de musique rock en mode “minimal sound“.

On fêtait les 80 ans de Lou Reed cette semaine. Et on ne pouvait que penser au Velvet, ce soir-là, à fond de cale, en compagnie de Moore à Petit Bain, NYC / Seine.

Visuel : ©Damien Poulain

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Damien Poulain

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