Musique

Sufjan Stevens – The Age of Adz : un étourdissant coffre aux trésors

22 octobre 2010 | PAR Mikaël Faujour

Celui qui avait signé en 2005 avec Illinois un album aussi vaste qu’époustouflant, creuset de pop sophistiquée, brassant folk, rock, orchestrations classiques et tant et plus, revient dans l’actualité à la faveur d’un nouveau disque décontenançant, avançant en territoire expérimental. Cette fois plus proche de Dntel ou de l’electro psychédélique d’Animal Collective que de l’americana, Sufjan Stevens lance une œuvre ambitieuse – comme d’habitude –, futuriste, hallucinée et franchement étourdissante.

Le moins que l’on puisse dire de ce nouvel album, c’est qu’il n’est pas facile – ni pour le créateur, qui a échafaudé une œuvre touffue et complexe, ni pour l’auditeur, pour les mêmes raisons. 74 minutes (l’homme est coutumier des formats longs) d’un labyrinthe sonique sur plusieurs niveaux de bidouillages électroniques, de synthés et d’oniriques chausse-trappes sonores.

L’intimiste – et courte – « Futile Devices », qui ouvre l’album de sa grâce matutinale et carillonnante est une entrée en matière aussi splendide qu’elle est trompeuse. Plus proche du Sufjan Stevens que l’on connaissait jusqu’alors, elle n’annonce aucunement la pop expérimentale et futuriste qui domine le reste de Age of Adz.

C’est avec l’étonnant « Too Much » (que vous pourrez par ailleurs télécharger ici) qu’on entre dans le vif du sujet. Un voyage sonore de 6 mn 46 d’une telle densité que, lorsqu’il s’achève, nous ne nous souvenons qu’à peine du chemin parcouru – de même, par exemple, qu’un « Siberian Breaks » de MGMT.

C’est d’ailleurs ce qui frappe : en même temps qu’elle fait la particularité de ce disque, sa densité en est aussi la limite. L’espace sonore est souvent si saturé (Age of Adz a quelque chose d’un all-over auditif) et les morceaux si changeants qu’une écoute continue est assommante. Non par ennui, mais à la façon des films dont le montage clipesque ne laisse pas respirer. Sufjan Stevens ménage bien çà et là des clairières soniques, plus dépouillées, où l’on reprend son souffle, mais Age of Adz reste difficile d’écoute en son entier. À la façon d’une boîte de chocolats fins, c’est un album qui provoque une délectation pure si on en déguste une pièce ou deux à la fois – et une indigestion sinon.

Car cet album ne manque pas d’attraits – bien au contraire. Flirtant nettement avec l’electro psychédélique d’Animal Collective, il fourmille d’idées, d’instants de grâce (ah ! ces chœurs – synthétiques ? – de sirènes sur « I Walked ») et de sons à peine nommables. Borborygmes, gargouillements, cliquetis, crépitements et pépiements électroniques, sonorités carillonnantes et tintinnabulements tantôt bouillonnent en laugar et tantôt s’apaisent, sous les flottaisons de cordes ou de chœurs angéliques (« Now That I’m Older »), sous le gospel lysergique de « All For Myself » et autres sonorités de harpe et de flûte de pan (« Vesuvius »).

On signalera le titre de clôture de cet album, le chef d’œuvre « Impossible Soul », fascinante épopée musicale de 25 minutes et 5 mouvements.

Clairement, Sufjan Stevens a livré avec Age of Adz un coffre rempli de trésors polychromes et de féeries grouillantes. Il s’est plongé dans l’électronique non pas en dilettante, mais avec la même curiosité qui anima Radiohead au moment de Kid A. Alors oui, on sort groggy d’une écoute complète, mais on sent qu’on y reviendra contempler les pièces d’orfèvrerie hallucinées de ce Benvenuto Cellini de l’electro psychédélique.

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Mikaël Faujour

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