Musique

Streaming gagnant- Conférence du Mama’s festival (épilogue)

Streaming gagnant- Conférence du Mama’s festival (épilogue)

21 octobre 2017 | PAR Antoine Couder

Cette fois c’est sûr, l’industrie du disque se sent suffisamment forte pour annoncer sa renaissance. Reste encore à se débarrasser des mauvais coucheurs de l’Internet d’avant …

( Episode 1 ici. Episode 2 là)

Haro sur Youtube. Si les acteurs du business de la musique ont réussi à s’embarquer sur l’Arche de Noé du digital et rattraper à temps ce qui allait donc devenir un nouvel El Dorado, ils n’ont malheureusement pas pu s’assurer qu’ils n’avaient rien oublié. Peut-être les choses sont allées trop vite, peut-être ont-ils manqué de control freak… Quoi qu’il en soit, ils subissent aujourd’hui les conséquences délétères d’une législation datant de 1998 et qui permet à de puissants outsiders de ruiner – en tout cas de moquer- leur modèle économique flambant neuf. Le problème du streaming en effet, c’est tout simplement Youtube consacré pour l’essentiel à la musique, mais qui échappe à la réglementation à laquelle sont soumis les majors et les autres, Deezer et Spotify notamment.

Schizophrénie. Pour faire vite, Youtube diffuse beaucoup, ne paie rien et ne reverse pas grand-chose au point que l’on affirme qu’il faut environ 58 heures de streaming pour payer un dollar à un artiste. Pas très loin de ce que ces derniers touchaient encore jusqu’à l’année dernière si l’on en croit le livre de John Seabrook (« enquête sur la fabrication des tubes planétaires», La découverte/rue musicale, 2016) qui fait état de versements streaming modestes pour les années 2014/2015 (les 68 000 écoutes de Marc Ribot payées 187 dollars). Mais peut-être que ça, c’était avant et l’on veut bien croire que le monde a changé. Reste encore à convaincre les artistes qui ne sont pas sûr que Youtube soit véritablement un ennemi. Comme le souligne, Stéphane le Tavernier, Président de Sony Music Entertainment France, il semblerait qu’une sorte de schizophrénie les pousse encore à considérer favorablement la fenêtre que représente Youtube sur le public. Et peut-être aussi une certaine ivresse qui leur permet d’oublier la dimension financière d’un projet artistique ? « On a encore pas mal de pédagogie à faire », conclut le patron de Sony France.

Lobbying. On se retrouve ainsi dans un contexte stratégique typique de l’ère digitale où les acteurs les plus progressifs (les maisons de disques) sont au fond les plus conservateurs tandis les rebelles (Youtube mais, aussi, Facebook) ne sont disruptifs qu’au sens où ils ne font que profiter d’une rente de situation, et même de position. En l’état de la réglementation, en effet, le système de rétorsion pour diffusion non autorisée se fait au coup par coup, ce qui est totalement inefficace dans un univers où des applications technologiques peuvent remplacer des fichiers musicaux supprimés presqu’instantanément … Du coup, les représentants de l’industrie musicale n’ont guère d’autre choix que d’attaquer sur le terrain du lobbying, entamant une lutte visant à obliger Youtube et ses semblables à cesser ce qu’il faut bien appeler en droit une concurrence déloyale et se soumettre aux mêmes obligations que les autres acteurs. Reste à frapper à la bonne porte … On imagine bien que ce n’est pas celle de l’Amérique de Donald Trump. Reste donc Bruxelles et son idée de taxer les Gafa qui pourrait bien devenir la meilleure alliée de l’industrie… Que vive donc la liberté de la culture comme l’on proclamé les intervenants sous un tonnerre d’applaudissements.

Les intervenants : Cary Sherman : CEO/chairman Recording Industry Association of América, Stéphane le Tavernier, Président de Sony Music Entertainment France, Hans Holger Albrecht CEO Deezer. Modérateur : Christophe Alix, chef du service Futur « Libération »

Crédit photo : Panda Dub, compte Instagram du Mama

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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