Musique
Sigur Rós, la promesse tenue d’un retour

Sigur Rós, la promesse tenue d’un retour

13 décembre 2011 | PAR Charlotte Dronier

A l’issue de leur tournée de 2008, alors à l’apogée de leur triomphe, Jón Þór Birgisson (Jónsi), Kjartan Sveinsson, Georg Hólm et Orri Páll Dýrason s’accordèrent une trêve afin de privilégier leur vie de famille et des projets artistiques personnels. Attendu depuis Með suð í eyrum við spilum endalaust, paru il y a presque quatre ans, le septième album du groupe islandais verra enfin le jour au Printemps prochain. ( écoutez l’album ici )

Voilà plus de dix années que Sigur Rós envoûte la scène alternative internationale, l’enivrant de sa poésie symphonique post-rock énigmatique en clairs-obscurs, douloureuse autant qu’éthérée. Une expérience musicale d’une rare intensité dont la beauté foudroyante est bien souvent assimilée aux paysages oniriques et écorchés de l’Islande. Le film Heima retrace ainsi la tournée-pèlerinage en 2007 dans leur terre natale. Les captations de concerts sont harmonieusement ponctuées d’interstices dont les publics, la culture et la nature islandaises en étaient les protagonistes.

Toutefois, cet Automne, Sigur Rós signe son retour avec un premier pas aux antipodes. Inni est en effet un objet filmique introverti relatant durant soixante-quinze minutes les deux derniers concerts présentés il y a quatre ans à l’Alexandra Palace de Londres. Il s’agissait pour le réalisateur Vincent Morisset de capturer la performance brute, tenter de comprendre émotionnellement, de dépeindre l’essence-même des sensations ressenties par le groupe et ses spectateurs lors de cette expérience. Oui, Inni signifie littéralement « à l’intérieur ». Les caméras se font alors omniscientes, plus proches que jamais des musiciens, parfois dans des angles improbables, saisissant ainsi chaque geste, chaque pulsion, chaque effort dans la délivrance d’un rock si puissant.

A l’origine tourné en hd digital, Inni fut ensuite converti en 16mm puis projeté en étant filmé de nouveau, parfois à travers un verre et entrecoupé de mains devant l’écran ou bien de hasards de manipulation d’objets bienheureux guidés par la musique. Avec l’aide de Karl Lemieux, le collaborateur visuel de Godspeed you! Black Emperor, la texture se fait alors granuleuse et l’esthétique expérimentale, arrachée, puisant sa magie dans les contours imparfaits d’un presque monochrome en noir et blanc. Le montage fut quant à lui assuré par Nick Fenton, ayant déjà oeuvré pour Heima. Il entreprit alors d’entrecouper la continuité du concert par des archives audiovisuelles de Sigur Rós, bien avant sa notoriété.

Le film s’accompagne également d’un double CD de quinze titres, un événement en lui-même puisqu’il s’agit de leur premier album live. Cependant, si le groupe s’approche encore davantage de la perfection avec Inni, les membres n’abandonnent pas pour autant leur devise: « faire toujours mieux ». Voulant s’éloigner des chemins orchestraux de Með suð í eyrum við spilum endalaust, ils ont ainsi déclaré dans le Wall Street Journal le 9 Novembre dernier que le prochain disque sera « flottant et minimal » pour Jón Þór Birgisson, « introverti » selon Georg Hólm, « ambiant, tel un lent décollage vers quelque chose d’indéfini » précise Orri Páll Dýrason.

Dans cette attente, Jónsi fait un second pas solitaire, après celui esquissé en 2010 avec le brillant Go. Il a en effet réalisé la bande originale du film We bought a zoo de Cameron Crowe dont la sortie en France est prévue en Avril. La musique se compose ainsi de trois morceaux issus de la création personnelle du chanteur, « Boy Lilikoi », « Sinking Friendships » et « Go do » mais également « Hoppípolla », titre issu de l’album Takk (2005) de Sigur Rós. « Ævin Endar » et « Snærisendar » sont les deux inédits de Jónsi tandis que les autres thèmes sont composés conjointement avec Cameron Crowe. La sortie officielle de cet album se fait aujourd’hui-même.

Trois œuvres, trois retours qui en promettent un quatrième éclatant…

 

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Charlotte Dronier
Diplomée d'un Master en Culture et Médias, ses activités professionnelles à Paris ont pour coeur la rédaction, la médiation et la communication. Ses mémoires ayant questionné la critique d'art au sein de la presse actuelle puis le mouvement chorégraphique à l'écran, Charlotte débute une thèse à Montréal à partir de janvier 2016. Elle porte sur l'aura de la présence d'un corps qui danse à l'ère du numérique, avec tous les enjeux intermédiatiques et la promesse d'ubiquité impliqués. Collaboratrice d'artistes en freelance et membre de l'équipe du festival Air d'Islande de 2009 à 2012, elle intègre Toutelaculture.com en 2011. Privilégiant la forme des articles de fond, Charlotte souhaite suggérer des clefs de compréhension aux lecteurs afin qu'ils puissent découvrir ses thèmes et artistes de prédilection au delà de leurs actualités culturelles.

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