Musique

Saori Jo, 1er album : « Home, 2.17 AM » : elle a tout d’une grande !

Saori Jo, 1er album : « Home, 2.17 AM » : elle a tout d’une grande !

10 février 2013 | PAR Arnaud Berreby

Quand un journaliste français demanda à John Lennon, en 1968, ce qu’il pensait du Rock français, ce dernier répondit sur le ton cynique et liverpuldien qui lui était coutumier : « Oh, vous savez le Rock français c’est un peu comme le vin anglais ! »

Mais depuis, tant d’eau a coulé sous les ponts de la Tamise et de la Seine et, si nous ignorons tout sur l’évolution de la qualité du vin anglais, force est de constater que les faits ont démenti la sentence définitive de notre binoclard britannique préféré : le Rock hexagonal existe bien et prospère avec allégresse, qu’il soit chanté en français (Téléphone, Trust, Noir Désir, Eiffel, Luke, Revolver, etc) ,en anglais (Phoenix, Tahiti 80), ou en n’importe quoi (Indochine).

Bienvenue donc à la strasbourgeoise Saori Jo, qui sort ces jours-ci son premier album intitulé 2.17 AM(Cosmopolite Record) car la dernière note de cet opus, enregistré à la maison, a été gravée à cette heure matinale précoce.
Précoce, elle l’est sûrement, tant ses compositions sont si bien charpentées et abouties pour un premier essai. La production est, par ailleurs, irréprochable, la voix n’est pas trop mixée en avant, laissant un espace indispensable aux instruments qui ne sont donc pas relégués au rang de faire valoir de l’artiste.

Elle chante un anglais sans accent, d’une voix proche d’une Tori Amos, le petit nez de truie en moins, naviguant entre pop tradi (le très entrainant single Some Chocolate), rock emporté c’est pesé (Divine Madness, Dolls Revolution) et petite gâterie sucrée aux trois parfums : une guitare acoustique pertinente, un piano discret alangui et une flûte omniprésente de l’immense Ian Anderson de Jethro Tull (le splendide Fairy World).
L’alsacienne, c’est évident, a été nourrie au lait frais des alpages séventies, maitrisant parfaitement ses classiques, sachant pianoter sur la gamme des valeurs sûres de cette époque musicale si riche.

Elle réussit avec mention une fusion salvatrice sans tomber dans la confusion ni le catalogue obligé de nos souvenirs compilés, son jeune âge plaidant pour une démarche nullement cynique, sans calcul ni effet facile, la larme mélancolique coulant d’un Rimmel fake et bon marché.

Elle nous entraîne vers une galaxie lointaine où l’accord nostalgique est omniprésent, emprunté à la sensuelle palette mineure, servi par une voix puissante mais soumise à sa maîtresse, ne perdant pas son souffle dans les aigus.
Sa sensualité mélodique est imparable se permettant même des excursions vers un folk léger et magnétique sur le titre Hide and Die.
Mention spéciale également pour son approche artistique qui n’autorise aucun compromis à une époque où la pourtant grande Diana Krall se sent obligée de poser en porte-jarretelles sur la pochette de son dernier album, comme si sa belle voix grave jazzy n’était pas assez affriolante, ces messieurs du marketing nous prendraient-ils pour des têtes de gondole ?

Enfin, Saori Jo applique parfaitement le principe churchillien, exquise promesse de « sang, sueur et larmes », car elle sait faire passer de l’émotion, chose rare de nos jours, réveillant en nous des sensations affectives que l’on pensait enfouies au lointain, à distance du costume étriqué de nos mornes quotidiens, ces plats pays où l’ennui se palpe trop souvent, assoupies dans lit profond comme un caveau, aux draps frais mais froissés de nos réminiscences datées.

Ecoutez donc cette artiste hors norme, une tournée suivra prochainement et TLC vous tiendra informée de son actualité.

Zaytoun d’Eran Riklis, naissance pathétique d’une amitié entre un enfant Palestinien et un soldat Israélien à Beyrouth
Safari dans le lavabo de Guillaume Guéraud & Hélène Georges

One thought on “Saori Jo, 1er album : « Home, 2.17 AM » : elle a tout d’une grande !”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *