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Zaytoun d’Eran Riklis, naissance pathétique d’une amitié entre un enfant Palestinien et un soldat Israélien à Beyrouth

Zaytoun d’Eran Riklis, naissance pathétique d’une amitié entre un enfant Palestinien et un soldat Israélien à Beyrouth

10 février 2013 | PAR Yaël Hirsch

Le directeur ultra-talentueux de « La fiancée syrienne » (2006), des « Citronniers » (2008), du « Directeur des ressources humaines » (2010) et de « Playoff » (2011) plonge au cœur de la guerre de 1982, pour évoquer dans un Beyrouth dévasté la naissance d’une amitié étrange entre un petit garçon palestinien et un soldat israélien. Et pour la première fois, Riklis semble avoir oublié quelques nuances sur la palette de sa caméra normalement hyper-subtile. Le résultat est assez convenu et bourré de clichés. Dommage. Sortie le 23 février 2013.

En 1982, à Beyrouth, le petit Fahed a  dix ans et vit dans le camp de réfugiés palestiniens de Shatila. Son père est tué par une balle. L’enfant s’engage alors dans le combat des palestiniens. c’est ainsi qu’il se retrouve gardien d’un aviateur israélien, fait prisonnier par ses chefs. Les relations commencent donc dans la haine, mais ils s’habituent l’un à l’autre et lorsque David parvient à s’échapper, il s’inquiète du sort de l’enfant. C’est ainsi qu’il l’emmène avec lui dans un périple périlleux pour retrouver la terre que  l’un et l’autre appellent « leur » pays, et où Farhed veut replanter l’olivier (« Zaytoun » en arabe) que son père a conservé  en pot depuis qu’il l’a emporté dans sa fuite de Palestine, en 1948.

Renouvelant l’exercice gracieux d’évoquer les fantômes les plus pesants et les plus politiques du Moyen-Orient à travers une relation très humaine, et reprenant le coup de végétal métaphore, Eran Riklis ne parvient malheureusement pas à renouer avec l’extrême dignité qui enveloppait et Hiam Abbass et Rona Lipaz-Michael dans « Les citronniers ». Multipliant les clichés sous un Beyrouth détruit par la guerre, aux combattants pas entraînés et aux taxis vénaux, appuyant sans aucune modération sur toutes les touches de l’émotivité facile, Eran Riklis livre un film gênant au fur et a mesure que ce qui est tellement attendu implacablement, scène après scène. La façon même de filmer redouble l’effet d’annonce. L’image d’Epinal est vraiment assumée, sur un sujet trop grave pour qu’on puisse se passer d’un nuancier. Et pourtant, nous sommes sûrs que Riklis trouvera pour ce film fans, défenseurs et publics bouleversés.

Eran Riklis, « Zaytoun », avec Stephen Dorff, Abdallah El Akal, Alice Taglioni, Loai Nofi, Ali Suliman, Ashraf Barhom, Israël, 2012, 1h50. Sortie le 27 février 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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