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Rencontre entre beytelmann et Stick&Bow : « Cette musique c’est un échange entre les cultures »

Rencontre entre beytelmann et Stick&Bow : « Cette musique c’est un échange entre les cultures »

02 mai 2022 | PAR Jacques Emmanuel Mercier

Stick&Bow, Gustavo Beytelmann, et Piazolla en toile de fond. Le duo canadien s’associe à l’un des derniers grands maîtres du tango pour rendre hommage à Astor Piazzolla. Un album: Piazzolla, Beytelmann : Veni, Vola, Veni regroupe le nouveau trio. Nous les avons rencontrés autour d’un petit café. 

 

Est-ce que vous faites partie de ces artistes qui sentent monter le stress dans les dernières heures avant un premier concert ?

Gustavo Beytelmann : Nous avons suffisamment travaillé au mois de novembre, nous avons fait un travail au vu du disque, enfin du cd, vous savez je suis vieux jeu. Nous n’avons pas été pressés par le temps ni par un producteur durant l’élaboration du projet donc depuis quelques jours on a surtout pris du temps pour retrouver nos marques. Notre musique fonctionne comme si c’était de la musique classique. C’est le fond commun entre Juan Sebastian Delgado,  Krystina Marcoux et moi-même, cette musique.

Stick & Bow: Nous avons fait deux résidences à Montréal au Centre des musiciens du monde. Puis toujours l’enregistrement du disque là bas.

 

L’album s’appelle Piazzolla, Beytelmann: Veni, Vola, Veni; Est-ce qu’il est construit comme un hommage avant tout?

S&B: c’est un peu spécial ; Maestro Beytelmann avait joué avec Piazolla, ici en France. La suite du titre vient d’une pièce connue de Piazzolla : Balada para un Loco. Dans ce disque on voyage avec la musique de Piazzolla réinventée par monsieur Beytelmann. Le sous-titre pourrait être traduit par « viens voler, viens voler ». C’est aussi la rencontre avec les deux compositeurs (NDLR Piazzolla et Beytelmann) il y a eu une rencontre entre ces deux hommes, puis entre nous et Beytelmann. C’est une expérience pour nous ultra riche, avec constamment une rencontre, un apprentissage, une transmission. Une revisite grâce à quelqu’un qui s’est fait avec Piazzolla.
GB : Pour moi, la plupart des pièces que l’on a enregistrées sont des pièces que l’on à écrites avec une différence de 20 ans, à Paris. Tout ça ce sont des visions du tango particulières. Que ce soit celle de Piazzolla ou les miennes. En toile de fond, Paris a été un moteur pour penser la musique.

Vu que vous avez joué avec Piazzolla, est ce que le rejouer est compliqué ? Est ce que se l’approprier est compliqué ?

GB : J’ai eu le temps de prendre mes distances (rires) je n’ai pas eu peur de m’y attaquer. Les pièces sont mélangées pour permettre à des gens comme moi, trop proches du répertoire, de mieux s’approprier le répertoire et surtout de se détacher.

Sur votre album précédent, Résonance, on voit des compositions personnelles mais aussi des réinterprétations de musiques personnelles. Comment avez-vous réfléchi sa création ?

S&B : Pour faire court, cela faisait cinq ans que l’on jouait ensemble de temps à autre. On cherchait et on regardait ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas, et ce disque reflète ce qui marche ou pas avec nos instruments. On voulait trouver quelque chose. C’est pour cela que ce disque est si « mélangé » afin de trouver notre style. Le répertoire violoncelle, marimba est petit, il nous fallait explorer ce que l’on pouvait en faire. Les réponses que l’on avait de nos concerts étaient positives, on devait continuer à explorer donc. Les pièces existent déjà, on les revisite. Nous ne sommes pas des compositeurs, juste des arrangeurs. Les pièces qui existent on les revisite à partir de ce duo d’instruments.

« Le tango, ce sont des histoires avant tout »

 Comment s’est passé votre rencontre ?

S&B : En tant que violoncelliste classique, j’étais inspiré par la musique de Piazzolla mais aussi par l’histoire du tango.  Le tango, ce sont des histoires avant tout. J’ai voulu comprendre comment ça s’était passé dans l’après Piazzolla, période qui dure depuis 30 ans. J’étais en Argentine. ( NDLR : Juan Sebastian Delgado est argentin) C’était un album avec un quatuor à cordes. En écoutant ça, c’était un langage qui m’a parlé. Un mélange entre du tango contemporain et une musique plus ancestrale. On s’est rencontrés ici à Paris. J’ai du partir faire ma thèse de doctorat à l’université McGill, c’est drôle parce que, ma thèse portait en partie sur Gustavo Beytelmann. Ce que l’on a fait après la collaboration artistique m’a permis de découvrir beaucoup plus de lui. On est restés en contact, on a échangé sur le tango et la musique.

« Cette musique c’est un échange »

Vu la différence générationnelle entre vous et le respect que vous portez à Gustavo Beytelmann, pensez vous qu’il existe une différence d’approche forte au sujet de la musique entre vous ?

GB : Ce sont eux qui ont imaginé une collaboration entre nous, moi je n’ai pas eu l’ombre d’un doute. Ce qui me touchait, c’était la possibilité pour un homme comme moi de faire un pont entre les générations, entre les anciens musiciens avec qui j’ai joué. Il y a des choses qui, en tant que musiciens sont communes mais d’autres qui ne le sont pas. C’était une approche nouvelle, un privilège que de pouvoir travailler avec des jeunes aussi talentueux. Je pense que cet album et cette musique c’est un échange avant tout entre les cultures et les générations. 

S&B : Moi, Krystina Marcoux, j’ai surtout une impression de différence non pas entre les générations mais entre les lieux. En tant que Canadienne, Québécoise, l’approche du jeu est différente. Il a une approche de quelqu’un qui a connu Piazzolla, j’ai une approche très différente, plus éloignée. C’était une découverte, Beytelmann a un vécu que l’on ne peut pas avoir, nous. Gustavo est un excellent pianiste de Jazz par exemple, on parle de beaucoup de choses avec lui. Sa façon d’écrire est très intéressante, moderne je dirais.
Le tango c’est très compliqué. Il y a beaucoup de codes, de techniques, d’histoires.

On a l’impression dans votre album, que pour le tango tel que vous le défendez c’est la rencontre qui y est au cœur.

GB : Quand on a créé cet album, le titre provisoire c’était « dialogue ». C’est vraiment un échange pour nous.

Est-ce que que la jeunesse argentine écoute du tango ?

S&B : La plupart des musiques que l’on écoutent là bas, à la radio, ce sont des standards que l’on retrouve un peu partout. Le monde est tout petit. Le tango est de plus en plus perdant dans cette histoire. Le tango est écouté tout de même.

GB : Il y a eu une mutation vis à vis du tango en Argentine. D’une passion culturelle à un produit culturel. Ce n’est pas très différent du jazz en soit. C’est plus, aujourd’hui, un produit culturel qu’une passion. Il y a toujours des musiciens jeunes qui en jouent, mais ça n’a pas la portée qu’avait le tango quand moi j’avais 5 ans. (NDLR Gustavo Beytelmann est né en 1945) à mon époque partout où tu allais le tango était là.

S&B : Si tu demandes à des jeunes s’ils écoutent du tango, ça doit être plus compliqué à trouver, comme le Jazz en Amérique. Mais ça fait 50 ans que l’on annonce la mort du tango est pourtant il est là. Piazzolla est lui même plus un musicien de la fin du tango. Peut-être que des jeunes écoutent du tango électronique ?

GB : Je me souviens moi, avoir joué avec lui à la maison de la culture de Grenoble, dans une salle de 1200 places, pour finalement jouer devant 50 personnes. On jouait plus pour les techniciens en ce temps là. (NDLR : le concert du soir était plus que rempli).

 

crédit photographie : affiche du spectacle 

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