Rap / Hip-Hop

Vald se donne des réponses avec « Ce monde est cruel »

Vald se donne des réponses avec « Ce monde est cruel »

25 octobre 2019 | PAR La Rédaction

Ce 11 octobre, Vald a sorti son 3ème album, Ce monde est cruel (CMEC). Il succède à Agartha, sorti en janvier 2017 et XEU, sorti en janvier 2018. On peut donc remarquer que le V a été plus efficace que sur ses précédents projets, en ayant aussi sorti sa mixtape NQNT33 en septembre 2018, montrant qu’il prend de l’expérience et de l’expertise en nous proposant un album tout autant approfondi si ce n’est plus que ses deux derniers, en un temps beaucoup plus limité.

Par André Barillé

Le secret de cette efficacité, c’est que Vald a depuis longtemps une équipe soudée. Son éternel acolyte, Suikon Blaz AD, a son feat habituel sur le projet et a apparemment beaucoup aidé dans la direction artistique du projet (#ADlamixtape). Et même s’il n’a pas sorti CMEC sur Mezoued Records, il est très proche du créateur de ce label, Tunisiano, ancien membre du groupe Sniper, qui est un mentor de Vald depuis bien longtemps et aussi l’un de ses producteurs exécutifs. Et évidemment, l’éternel Seezy, beatmaker de Ninho, Sofiane ou encore Kery James (#Seezylamixtape), est encore une fois de la partie en produisant quasi-intégralement (à part Pourquoi) CMEC. Là où certaines critiques ont qualifié l’album de redondant à cause du manque de diversité des beatmakers(argument parfaitement recevable), on peut voir l’autre côté de la pièce. A savoir que ça fait maintenant deux albums entiers que Vald et Seezy collaborent, qu’ils se connaissent et se comprennent mieux que jamais et qu’il y a quand même pire que d’avoir un album avec que du Seezy, un des meilleurs producteurs de ces dernières années. Mais le point le plus important, c’est que l’omniprésence de Seezy donne une unité artistique et une identité au projet. Et à une époque où le rap est plus démocratisé que jamais, ce n’est pas facile d’avoir une vraie identité dans la paysage rap.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Vald a son propre univers, son propre style et une coupe de cheveux propre (lol). Pas le plus grand fan de rap de base, il a su tirer son épingle du jeu en le prenant à contre pied. Là où beaucoup de rappeurs essayent d’avoir les meilleures harmonies, les meilleurs mélodies, Vald se complaît dans des morceaux qui peuvent paraître assez inaudible de prime abord, alors que le V est juste à la recherche de nouvelles façons de nous enchanter les esgourdes. On pourrait citer Lezarman de son dernier album, sorte de mélange entre un ovni et un énorme doigt d’honneur pour le rap et ceux qui le prennent trop au sérieux. Et pourtant, c’est totalement culte. Il est en quelque sorte le personnage qui troll constamment le rap français. Vald a aussi une obsession pour les théories du complot, passant par les reptiliens et finissant par les chemtrails, en faisant un petit détour par Agartha. On peut d’ailleurs regretter qu’il n’a pas collaboré avec Freeze Corleone, qu’il encense constamment. On aurait pu être gratifié d’une petite gemme de conspirationniste, en mode Sacrifice de Masse du dernier projet de Freeze, le cultissime Projet Blue Beam. Dans une interview pour Télérama, Vald disait : « Mon modèle c’est Raymond Devos. J’aime tout chez lui : son air ahuri, sa gourmandise pour les mots, ses histoires à dormir, cette façon unique qu’il avait de faire dérailler ses histoires » (#RaymondDevoslamixtape ! Ça y est c’est parti trop loin) Voilà ce à quoi aspire Vald, et il le fait à merveille. Et non, ce n’est pas « un peu » le Eminem français, mais c’est plus facile de pas faire de recherches et de faire des raccourcis sur la couleur de peau pour faire le guignol. Vaut mieux pas faire attention à ces gens-là, après tout les polémiques, c’est un truc de terrien…
On peut aussi faire une parenthèse sur la promotion très maline de l’album. Vald proposait en précommande quatre versions différentes de l’album avec un son exclusif pour chaque version. 3K de chaque ce qui fait déjà 12000 albums vendus en précommande, plus tous les albums « classiques » commandés également. Il a aussi fait sa promo aux Japon et aux USA, achetant des billboards énormes pour lui donner encore plus de visibilité. Ce qui fait qu’après une semaine, CMEC est le deuxième meilleur départ en ventes derrière deux frères de PNL.

Passons maintenant à l’analyse propre de l’album. On peut voir une certaine tendance dans le rap, les trilogies d’albums, les exemples les plus récents étant Orelsan et Niska. Et Vald, pour une fois, ne déroge pas à la règle. Agartha, son album d’initiation, montrait un Vald jeune et fou, à la recherche du « shock value » (Shoot un ministre, Blanc ou Mégadose). Son album transitoire, XEU, était plus réfléchi et introspectif, où il s’interrogeait sur la qualité de sa vie et celles des autres, et on pouvait commencer à voir où ses questionnements allaient le mener (Gris, Chépakichui ou Seum). Et enfin, sa conclusion : Ce monde est cruel. On sent que Vald a pris en maturité et apporte des réponses aux questions qu’il se posait dans ses albums précédents. Réponses qui, pour la plupart, sont pessimistes. On peut par exemple noter la première phase du premier morceau, Poches pleines, un guilleret : « Je sais pourquoi tu es dépressif » montrant qu’il a enfin les réponses et qu’elles sont souvent démoralisantes. La thématique du monde cruel est omniprésente dans l’album, avec « Ce monde est cruel » utilisé dans 9 des 16 morceaux de l’album. La cover de l’album est un parfait exemple, faisant référence au film sur la guerre du Vietnam Apocalyps Now. Cet album est plus politisé que les précédents, dénonçant entres autres le capitalisme et la course perpétuelle pour l’argent : « J’les vois changer pour de l’oseille, devenant de sombres trucs » (Ce monde est cruel) ou encore les classes aisées : « Les loisirs de la haute sont particuliers » (Journal perso 2) ou encore les haters : « Dis-moi ce qu’ils vont faire, à part appeler les flics, aller sur YouTube et commenter négatif » (Keskivonfer).
Vald n’est pas réputé pour inviter beaucoup de MCs sur ses albums, ce qu’il change avec cet album et trois collaborations : Suikon Blaz AD, SCH et Maes. Alors que, de mon point de vue, le feat avec son meilleur ami est un peu décevant et moins bien que ses classiques Infanticide et Blanc où AD avait, encore de mon point de vue, bouffé Vald. Mais les 2 « gros » invités de cet album n’ont clairement pas déçu. Tout d’abord, Dernier Retrait, avec le plus gros mafieux du rap game. Le V a totalement embrassé le style du S, avec une instru ultra sombre et un thème de braquage de banque, un des sujets préférés de SCH. Les deux MCs se complètent parfaitement et Vald montre encore une fois sa polyvalence. Mais la palme du sale revient à ASB (Aulnay-Sevran Beaudottes). Pur banger dans la lignée d’un Eurotrap ou d’un Dragon, ce morceau ultra efficace est l’une des perles de cet album et on peut déjà s’attendre à la voir en point d’orgue d’énormes pogos et d’évanouissement multiples pour sa prochaine tournée. Egotrip de leurs vies de banlieusards et de dealers (en tout cas Maes), le morceau retrace littéralement le trajet en train d’Aulnay-sous-bois au quartier des Beaudottes à Sevran. Pour tous les amoureux des statistiques, le morceau dure exactement le temps de trajet entre les deux stations. Le couplet de Maes, mazette ! (Personne n’utilise cette expression…). Depuis son très bon album Pure, on l’avait surtout vu en collaboration (Koba la D, Booba, Dosseh) pour ramener un peu de mélodie avec des sons sucrés. Alors c’est très bien tout ça, mais là en deux jours on a eu le très sale Stupéfiant de Niro avec un Maes plus lourd que jamais et la tuerie qu’est ASB. Maes confirme sa versatilité et qu’il est clairement l’une des têtes d’affiche de cette nouvelle génération.
Enfin, mention spéciale à Pensionman qui est tout simplement incroyable. Vald est le super héros qui distribue les salaires aux femmes qui ne veulent pas travailler en les inséminant. Ce morceau est totalement dans la lignée absurde de certains des sons de Vald, mais c’est l’un de ses plus réussis. « Bitch, pas besoin de taffer, suffit d’me faire cracher, élever mes portraits crachés, la juge me fera cracher » est un bon résumé du morceau et restera comme l’une des phases cultes de V.A.L.D.

Pour conclure, Vald nous livre ici son album le plus introspectif et le plus politisé tout en gardant son originalité. L’album est ultra complet avec 16 titres, passant par des morceaux très autotunés et sans prise de tête (Royal Bacon, NQNTMQMQMB) d’autres beaucoup plus sérieux (Journal Perso 2, Rappel) et d’autres pour s’enjailler (Poches pleines, ASB). Dire que c’est le meilleur album de Vald est compliqué, étant donné que les trois albums se complètent et font parti d’un tout, l’omission de l’un ou mettre sur un pied d’estale un autre serait une insulte à sa discographie. On peut néanmoins dire que c’est l’album de Vald le plus complet et qu’il amplifie ses supers-pouvoirs avec l’âge.

 

Visuel : Pochette d’album

 

 

Avec Barbara Cassin, c’est Gorgias et Parménide qui entrent à l’Académie
Oleg, exil et emprise par Juris Kursietis
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *