Pop / Rock

Rodolphe Burger au 104, rock guttural et mots doux

Rodolphe Burger au 104, rock guttural et mots doux

27 avril 2017 | PAR Hassina Mechaï

Le concert était complet. Il le fut très vite d’ailleurs. Dès l’annonce de la date. Car Rodolphe Burger était attendu, la sortie de son dernier album, l’excellent « Good », ajoutant à la curiosité et à la ferveur.


La ferveur…le mot n’est pas trop chargé tant Rodolphe Burger a un public fidèle et enthousiaste.  Il était là effectivement, ce public qui se pressait au 104. Salle intimiste, à l’acoustique vibrante, bel écrin pour accueillir les chansons du rockeur vosgien.

Le concert fut à la mesure de l’attente : intense, rock, en riffs de guitare nerveuse pour Rodolphe Burger, en contrebasse au son abyssal et clavier tempéré pour l’excellente Sarah Murcia et le complice Christophe Calpini à la batterie nerveuse.

Ce dernier avait assuré la direction de son et de production de GOOD : un mélange entre les éléments artificiels, synthétiques, naturels. Lui et Rodolphe Burger ont en outre, en commun Bashung. Le premier lui avait brodé Samuel Hall pour l’album Fantaisie militaire. Le second lui avait tissé six chansons sur l’album L’imprudence. Ensemble, ils ont entrelacé, enchevêtré aussi leur goût commun pour le son et les mots.

Ce bel album fut donc décliné, revu parfois en arrangements plus nerveux et rugueux. Poème en or, Cummings, Happy hours, Le premier et le dernier, Painkiller…Tous ces éclats de mots et musique prirent une dimension heureuse sur la scène du 104, devant un public visiblement acquis et conquis. Vint aussi ce beau moment où retentit la voix de Dean Martin fredonnant « my poney, my rifle and me », dans le superbe film de Howard Hawks, Rio Bravo. La voix du crooner s’éteignit alors doucement, tandis que Rodolphe Burger reprenait le refrain…My rifle, my poney and me….

Bienheureuse soirée, bienveillante aussi, où Rodolphe Burger, tranquillement installé sur un haut tabouret, visiblement heureux d’être là, de chanter, de dire, de jouer en gestes nerveux et envolés. Le philosophe qui s’est voulu rockeur a joué sa musique de façon très incarnée, corporelle. Le corps penché sur la guitare, les bras balançant les riffs en grands gestes vifs, la musique ressentie plutôt que pensée. Je joue donc je suis, je fais donc je suis. Rien de la pesanteur intellectuelle, mais la légèreté du faire. La concentration du vouloir faire bien, du vouloir faire beau.

L’échange, l’interaction avec le public fut aussi constante, entre plaisanteries, sourires, présence indéniable de Rodolphe Burger très proche sur scène.

Après deux rappels, où le trio revint pour des plages de chansons toujours plus généreuses, Rodolphe Burger finit sur une chanson « je voterais pour… ». Les mots fusent, articulés de façon posée tandis que les mains courent sur la guitare calme : « je voterais pour un président qui serait une femme noire, qui aura connu le chômage, qui aura vécu l’exil, qui aura attendu à l’hôpital, qui aura connu le chômage, qui aura fait des erreurs et en aura tiré les leçons »…

Un acte de citoyenneté, sans appui, sans lourdeur, des mots dits plutôt qu’assenés. En cela ils furent forts et eurent un écho certain dans la salle attentive. L’ancien élève de Deleuze eut l’élégance de cette simplicité citoyenne, de celle qui fait lever la tête, en réflexion.

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Hassina Mechaï

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