Danse
Le syndrome Ian : le joli spectacle de Christian Rizzo

Le syndrome Ian : le joli spectacle de Christian Rizzo

28 avril 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Même les plus grands peuvent échouer. Le directeur du CCN de Montpellier, le génie de la beauté et de la radicalité qu’est Christian Rizzo offre avec Le syndrome Ian une pièce sans aucune prise de risque

[rating=3]

Le syndrome Ian vient clore un triptyque dont les deux premières parties étaient des chefs-d’oeuvres. D’après une histoire vraie dont l’objet était les danses folkloriques et Ad Noctum sur les danses à deux. Deux spectacles à la beauté engagée, aux lumières léchées et à l’univers sonore percutant. Avec Le syndrome Ian l’idée est de parler des danses de clubs.  Ian est Ian Curtis, le chanteur de  Joy Division aux pas sous acide.

Le problème est que le dance floor interpelle pas mal de bons chorégraphes, ce qui rend la comparaison inévitable. François Chaignaud et Cecilia Bengolea avec Altered natives Say Yes to Another Excess – Twerk transmettaient l’urgence de la danse quand Thomas Lebrun et ses Rois de la piste questionnait la position de star bancale des clubs gays de province.

Ici tout commence bien avec un groupe collé qui va se transformer en îlots de clubbeurs. Le pas est basique, un déhanché accompagnant un pas glissé. Doucement sur fond de la techno signée par Cercueil,vieillotte, les gestes prennent de l’ampleur. On retrouve les alignements que Rizzo sait ciseler comme un couturier, lui qui vient du monde de la mode et du rock.

Mais cela ne suffit pas, Le syndrome Ian est d’un ennui mortel car il cherche le joli. Il ne dérange pas, n’interroge pas la fureur de la danse.

Evidemment qu’il y a des moments magnifiques comme ce pas de deux ralenti où deux danseuses semblent enfin être coupées du monde. Mais cela ne suffit pas. Ces très bons danseurs ne suffisent pas. Kerem Gelebek est évidemment admirable dans une flexibilité de corps qui sort du lot mais cela ne fait pas un spectacle de Rizzo.

Lui qui sait faire des oeuvres d’art aux formes plastiques cède ici à des rondeurs qui ne ressemblent pas à cet acharné de la ligne. On les retrouve un peu ici, quelques alignements de groupe nous font penser que tout peut exploser, mais non.

Il ne faut pas jeter Rizzo sur le dance floor du Syndrome Ian. On attendra le spectacle suivant en gardant en mémoire la disparation des corps dans Soit le puits était profondsoit ils tombaient très lentement, car ils eurent le temps de regarder tout autour (2005). La lenteur incroyable de L’oubli toucher du bois et sa compréhension de l’adolescence dans Sakinan göze çöp batar.

Mais ici, rien à faire, on reste sur le banc de cette boite à garder les sacs. On regarde les sauts, les reculs, les rondeurs du bassins, les torsions mais non, rien à faire, ce travail sur la spatialisation d’une danse qui par essence est relativement fixe n’atteint pas son but de réflexion.

Christian Rizzo raconte voulait dire une rupture, celle du passage de la disco à la new wave, qu’il a perçu lors de sa première sortie en club à Londres en 1979.  Sur le papier cela aurait dû fonctionner car la traduction des pas populaires en écriture chorégraphique est passionnant. La direction des danseurs est dans ce sens impeccable, les différences entre  les danses charnelles et celles désincarnées est bien là, mais le récit, trop linéaire et trop figuratif, noie le sujet dans des fumées et des lumières peu élégantes.

Visuel : ©Marc Coudrais

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