Pop / Rock
[Live report] Noel Gallagher’s High Flying Birds au Zénith de Paris

[Live report] Noel Gallagher’s High Flying Birds au Zénith de Paris

13 mars 2015 | PAR Bastien Stisi

En 2009, quelques instants avant de devoir pénétrer sur l’estrade monumentale de Rock en Seine, Liam et Noel Gallagher en viennent aux mains. Instant prévisible à la vue des nombreuses rixes et altercations qui gangrènent la vie du groupe depuis des années. Une guitare se brise, et un groupe légendaire aussi : Liam Gallagher quitte le festival, refusant de collaborer une seconde de plus avec son frère cadet, annule le concert devant 30 000 Parisiens médusés, et met ainsi un terme à l’aventure Oasis, débutée 18 ans plus tôt, en 1991. Hier soir, assisté par les High Flying Birds, et après un retour à Rock en Seine en 2012, Noel était de nouveau à Paris, devant un Zénith surchauffé.

Lorsque Noel Gallagher pénètre sur scène, et que s’affiche sur les écrans du Zénith de Paris les mêmes lignes continues qui illustrent la pochette de son dernier album Chasing Yesterday, quelques voix s’égosillent et s’esquintent à l’intérieur de la fosse. C’est indéniablement à l’une des très grosses légendes du rock de ces vingt dernières années que l’on est confronté ici. Dans cet amas de mélomanes assumés, dont beaucoup seront capables de réciter au mot près les paroles prononcées par la belle désinvolture propre à l’aîné Gallagher, on y trouve de tout : quelques gamins bien éduqués, quelques ressortissants britanniques excités (qui ne sont donc pas des supporters de Chelsea, puisque ceux-ci font encore la gueule à l’heure qu’il est, mais sans doute plutôt ceux de Manchester City, comme Noel), et surtout, beaucoup de trentenaires un brin nostalgiques.

Car aller voir Noel Gallagher en concert, il faut bien l’avouer, c’est quand même davantage aller voir une moitié de la légende britpop, qui passionne autant pour la pérennité de ses tubes que par les frasques intergénérationnelles (avec Blur) et fraternelles (avec Liam) que pour la qualité que dégage les deux albums personnels de Noel.

Non pas que ceux-ci manquent d’intérêt. En filiation directe avec les derniers albums grandiloquents et élégants d’Oasis (l’émancipation dans la filiation…) le presque quinquagénaire mancunien (ouais, ça passe hein…) ose même sur ce dernier album des touchez jazzy provoquées par l’apparition d’un saxophone, notamment sur le très bon « The Right Stuff ». On dirait su McCartney, posé sur une touche des Smiths. Pas pour rien : Johnny Marr a justement collaboré sur « Ballad of the Mighty I», issu de Chasing Yesterday.

« There is a saxophone on this track. Nobody panic ». L’humour froid et cynique du Britannique demeure. Son énergie un peu moins : statique durant la totalité du concert, loin des postulats rock & roll qu’on lui attribuait dans les années 90-2000, le cadet Gallagher s’est assagis, et sa musique aussi. Plus grand-chose de subversif là-dedans. Le concert est bon, mais ennuiera quelque peu les moins fanatiques.

Son nom sera scandé dès que l’occasion le permettra. Le public ricanera lorsqu’une pique supplémentaire sera adressée au provocateur José Mourinho (l’entraîneur défait de Chelsea). Les succès tubesques qui ont construit la légende Oasis, aussi, seront chaleureusement acclamés. C’est vrai qu’il est toujours sympa d’entendre « Champagne Supernova » et « Dont’t Look Back In Anger » en live. Mais ces escapades dans ce passé au sein duquel Noel n’envisage pas de revenir confirmeront deux choses. La première c’est que, clairement, ce n’est pas pour rien que c’était Liam qui imposait sa voix sur la plupart des morceaux. Et la seconde, et ce n’est pas franchement une surprise, c’est que les tubes marqués « Oasis », célébrés avec émotions et frissons sur le bras, marchent un milliard de fois mieux que les titres marqués « Noel Gallagher’s High Flying Birds ». Noel was a legend.

Visuel : (c) BS

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

3 thoughts on “[Live report] Noel Gallagher’s High Flying Birds au Zénith de Paris”

Commentaire(s)

  • Pierre

    Un peu dur et approximatif ce billet, non?
    Le temps passe vite en effet, mais Noel n’est pas encore quinca. Malgré tout, il est bel et bien l’ainé de Liam…
    Bref, ce sont des détails.

    Assagi et moins subversif? Certes, à peine trois « fuck » lâchés en 1h30, et même un « you sound mancunian » pour flatter (ou se moquer avec son flegme tout britannique?) du public du soir, ça c’est nouveau.

    En revanche, dire qu’il prend de l’âge parce qu’il est statique sur scène? Il n’était déjà pas très expressif du temps d’Oasis qui a toujours été un groupe qu’on allait écouter plus que voir sur scène.
    Public froid ou qui plébiscite les anciennes chansons? L’album est sorti il y a dix jours, difficile de le connaitre par coeur. Cela dit, je suis d’accord sur le fait qu’on vient avant tout voir la moitié d’Oasis plutôt que le leader des High Flying Birds.
    Pour ce qui est de la voix de Noel, elle a toujours été plus juste que celle de Liam, c’est pour cela par exemple que c’est lui qui fait le refrain de Acquiese. Plus juste, mais moins « rock », c’est vrai.

    En quittant Oasis, Noel Gallagher avait le choix entre faire du Oasis sans son frère, ou essayer quelque chose de nouveau, de plus mature (n’a-t-il pas reconnu à demi mot avoir vieilli quand il annonce ironiquement avant de commencer Digsy’s diner, que celle-ci ravira les gens de son âge, c’est à dire ceux qui ont 27 and?)ou faire du Oasis sans son frère. Et quand on compare le succès de Noel avec la dissolution récente de Beady Eye, on se dit qu’il a eu le nez fin.

    La comparaison vaut ce qu’elle vaut, mais Noel me donne un peu l’impression de suivre le modèle de robert Plant. Quand celui-ci a commencé à jouer en solo, et voyant qu’il ne pourrait pas faire du Led Zep, il a bifurqué vers autre chose,moins rock, plus mature. Tant pis pour le subversif, et puis à presque cinquante ans il est temps de laisser la génération suivante prendre le relai pour le côté « sex drufs r&r ». Tant mieux pour le reste, je préfère aller voir un Noel qui propose quelque chose de nouveau plutôt qu’un de ces trop nombreux groupes qui n’ont rien sorti de nouveau ou de bon depuis des années, et qui n’enregistrent de nouveaux albums que pour repartir en tournée jouer leur vieux succès.

    mars 13, 2015 at 17 h 27 min
  • Bastien Stisi

    Merci Pierre, coquille corrigée sur cadet / ainé, merci de l’avoir réparé !

    Globalement d’accord avec vos remarques, et elles sont justes.

    mars 13, 2015 at 17 h 35 min

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