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[Live-Report] Levitation/Psychfest 2015

[Live-Report] Levitation/Psychfest 2015

19 mai 2015 | PAR Eric Debris

Le weekend des 7, 8 et 9 mai avait lieu à Austin,  la huitième édition de Psychfest, rebaptisé Levitation. La pluie qui se faisait désirer depuis quelques années dans cette partie du Texas, a fait sa réapparition cette année avec une certaine constance : être présente les jours de festivals ou d’événements en plein air… C’est avec quelques heures de retards que les portes du Carson Creek Ranch, où se déroule le festival depuis trois ans, ouvriront suite à une averse torrentielle. Pluie, plus chaleur, il pleut mais il fait plus de 25°, sur la terre d’un ranch, égal une persistante odeur de bouse de vache qui vous agresse les narines dès l’entrée.

Les conditions météorologiques ont obligé les organisateurs à repenser l’implantation des scènes et à supprimer quelques installations comme la tente de presse et à laisser de coté une partie de la décoration. Ceci ajouté à l’association avec un des plus gros promoteurs de concert local, a fait disparaître une grande partie de la magie de ce festival, qui, s’il continu sur cette voie est en passe de devenir un festival de plus sans caractère.

Comme l’an dernier, il avait deux soirées de lancement en ville, mais alors qu’elles étaient jusqu’alors parties intégrantes du festival, il fallait cette année acquérir un billet pour l’une ou l’autre des soirées… et comme les relations presse du festival ont oublié de signaler qu’il s’agissait d’événements séparés auxquels l’accréditation presse du festival ne donnait pas accès il n’y aura pas de chronique de ces concerts… Pour faire court, l’accueil, les informations,  l’accompagnement de la presse et des photographes (surtout des photographes) ont été en dessous de tout, pendant toute la durée du festival.

Après cette introduction, vous l’aurez compris, la magie, le coté cool et laid back de l’événement ont disparu. La programmation centrée sur les têtes d’affiches du samedi, Primal Scream et Jesus and Mary Chain, et du dimanche, 13th Floor Elevators proposait beaucoup moins de surprises et découvertes que les années précédentes, pas de groupes français et en général beaucoup moins de groupes étrangers.

Plutôt que de les critiquer nommément, on peut évoquer les travers de nombre de groupes, péchant en général par manque d’originalité ou pas une trop grande révérence à leurs influences, tel ce groupe qui annonce d’entrée la couleur en reprenant un morceau des Sparks, période Halfnelson, et qui joueront les titres que les Sparks ou le Pink Floyd, période Barret, n’ont pas osé composer. Là ou Earthless, qui jouait l’année dernière, fait preuve de génie en ne jouant que des instrumentaux faisant fis de la structure traditionnelle d’une chanson, d’autres s’y essaient en supprimant  seulement le chant de titres qui sont du coup franchement ennuyeux. Il serait d’ailleurs urgent d’offrir à nombre de ces groupes d’autres disques que les premiers albums de Black Sabbath et Pink Floyd… Les groupes psychédéliques jouaient des tempos beaucoup plus rapides et surtout écrivaient des vraies chansons.

Quelques groupes sortaient du lot comme les improvisations de Chui San, le psychédélisme aérien de Dallas Acid, accompagné du passage à propos des quelques avions de ligne à la verticale de la scène, le psychédélisme teinté de punk des mexicains de Los Mundos, ZZZ’S, ou les malades mentaux de A PLace To Bury A Stranger, que certains ont pu voir en France au mois d’avril.

A Place To Bury A Stranger : la « Levitation tente » plongée dans le noir ainsi que la scène, d’où surgissent à tour de rôles le bassiste et le guitariste de ce power trio, sous le feu de quelques flash de lumière, de lasers et stroboscope et un volume sonore hallucinant. Pour résumer l’affaire, Dion Lunadon dans un halot de lumière sur l’avant scène jette sa basse par dessus lui, l’instrument décrit une parfaite courbe dans les airs avant de s’écraser devant l’ampli. Dion s’empare de la basse et continu de jouer ou plutôt de martyriser l’instrument.

Si Jesus and Mary Chain joua dans son intégralité l’album Psychocandy, Primal Scream opta pour un set extrait de Dirty Hits, leur best off. Efficace et jouissif, un show pour les fans, le groupe a de la gueule, Bobby était à fond et survolté comme à son habitude, tel l’enfant caché de Mick Jagger et du lapin Duracell…

Jesus and Mary Chain démarrèrent leur show par une sorte de mini best off avant de s’attaquer à Psychocandy. Un petit extrait de documentaire sur la ville des frères Reid et Just Like Honey ouvrira la recréation de l’opus pour guitares saturées et réverbération.

Quelques optimistes, peut-être même les organisateurs, espéraient que faire jouer les deux groupes sur la même scène, le même soir provoquerait un événement, comme une participation de Bobby, l’ancien batteur de JAMC, au set de ces derniers, mais il n’en fut rien. Il se contentera de suivre le concert depuis la console de retour. En fait, les retrouvailles n’ont eu lieu qu’après le show des Jesus and Mary Chain, Jim Reid allant saluer Bobby en sortant de scène. Plus tard William Reid et Bobby échangeront leurs numéros de téléphone dans les loges.

On pourra regretter que la sono n’est pas été tout à fait à la hauteur pour les deux groupes, qui on l’habitude de jouer très fort, voire trop fort. D’ailleurs évoquant avec Bobby Gillespie mon titre favori Accelerator, dont le mix quelque soit le volume auquel on l’écoute donne toujours l’impression d’être trop fort, ce que à quoi avait répondu avec un grand sourire et les yeux exorbités « Yes Too Loud, always Too Loud!  » et de préciser que l’enregistrement avait été réalisé en une seule prise  » One take! « 

Le lendemain avait lieu le concert vedette de ce festival, la réunion du 13th Floor Elevators, dont le dernier concert avait eu lieu 47 ans presque jour pour jour en avril 1968. Les inventeurs du Rock Psychédéliques, les enfants terribles d’Austin sont de retour pour un concert unique dans le festival qui porte désormais le nom d’une de leurs chansons, et qui n’aurait peut être jamais existé sans ses pionniers.

Entrent en scène : ROger KYnard Erickson, suivit de Tommy Hall, l’homme à la cruche électrique, Ronnie Letherman, basse, John Ike Walton, batterie, les membres originaux puis Fred Mitchum et Eli Southard qui remplacent le défunt guitariste Stacy Sutherland. Ils seront rejoints plus tard sur quelques titres par Jegar, le fils de Roky Erickson, aux chœurs et harmonica. Servis par un light show digne de l’Avalon ballroom, les guitares psychédéliques et saturées accompagneront la voix, certes un peu fatigué mais toujours aussi reconnaissable de RoKy Erickson. Ce ne sont plus des jeunes gens et le show est un peu statique, mais le public était en extase. Onze chansons extraites des deux premiers et vrais albums du groupe, un set de 50 minutes qui se termina par You Gonna Miss Me. Vous nous avez manquez, merci d’être revenu.

Un festival en demi teinte et mouillé, qui ce termine par un concert historique, espérons que les organisateurs entendront les critiques et la prochaine édition aille jusqu’au 14ème étage.

Visuels (c) DR

 

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Eric Debris

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