Musique
Nicolas Jaar dans la tourmente

Nicolas Jaar dans la tourmente

05 octobre 2011 | PAR Liane Masson

Nicolas Jaar, jeune artiste électro au style minimal et posé, est dans la tourmente. Space is only noise, son premier album, vient d’être brusquement retiré des bacs au motif que l’auteur américain n’a pas déclaré un emprunt au titre I Got A Woman de Ray Charles. Portrait. Et retour sur l’album en question.

Nicolas Jaar est un petit prodige. Et malgré son jeune âge, il a une vie déjà bien remplie, tant sur le plan artistique que personnel. A à peine plus de 20 ans, il vient de sortir son premier album : Space is only noise et de créer son propre label (Clown and Sunset). Né à New-York, fils du photographe et réalisateur chilien Alfredo Jaar, son enfance est partagée entre le Chili et les Etats-Unis, où il réside aujourd’hui. Il fait son apprentissage musical au piano, avant d’entrer à l’université pour étudier la littérature comparée, mais aux mots il semble préférer les sons. Enfant, ses parents lui font découvrir le fado, les albums de Beck et de Portishead. Son goût pour la musique électronique naît un peu plus tard, lorsqu’il tombe sur un disque de Ricardo Villalobos, artiste au croisement de la microhouse et du jazz. Il tombe en admiration devant la sensualité lancinante qui s’en dégage. Quelques années après cette découverte marquante, il se met lui même à composer. Sa musique, apaisante, hypnotique, au rythme lent mais néanmoins marqué, emprunte autant au hip-hop, voire au trip-hop, qu’au jazz ou à l’univers d’Erik Satie.

Space is only noise est un bel album qui s’écoute d’un bout à l’autre, presque comme un seul morceau continu à la temporalité dilatée. L’ensemble produit une sensation d’apesanteur, de calme et de profondeur. Une dimension aquatique s’y retrouve également. Dans plusieurs de ses titres, on entend le doux bruit de la mer qui flue et reflue calmement. Les voix sont aussi un matériau qu’il aime intégrer : parlées ou chantées, en français ou en anglais. Les textes, lorsqu’il y en a, rappellent la poésie surréaliste (on entend même un poème de Tristan Tzara).  Dans « Problem with the sun », des voix masculines et graves vous bercent avec la plus grande douceur mélodique sur fond de basses régulières qui finiront par s’emballer. Dans « Balance her in between your eyes », ce sont des voix aiguës, fragiles, et aériennes, qui viennent se poser sur un tapis sonore constitué du bruit des vagues. Nicolas Jaar est un artiste qui aime l’expérimentation, il se plaît à mêler les ambiances et les tons.

Dans sa composition très soignée, sa musique aux accents mélancoliques envoûtants et pénétrants n’a pas fini de nous toucher. L’écoute de l’album à peine achevée, on a déjà envie de se le repasser pour y découvrir les couches sonores les plus profondes, celles qui ne se dévoilent pas du premier coup. Dans sa musique, douce, mais dense, il faut vraiment y plonger. Espérons donc que Nicolas Jaar se sortira rapidement de cette petite querelle juridique et continuera à composer et à produire des albums de la même qualité.

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Liane Masson

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