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Myriam Barbaux-Cohen : Je souhaitais jouer des Granados peu espagnols, pas spécialement folkloriques

Myriam Barbaux-Cohen : Je souhaitais jouer des Granados peu espagnols, pas spécialement folkloriques

08 octobre 2020 | PAR Victoria Okada

La pianiste Myriam Barbaux-Cohen, basée en Allemagne, a publié un disque Granados il y a quelques mois. Ce choix audacieux pour un premier enregistrement est doublé d’une interprétation poétique (voir notre chronique). Curieux de connaître son intention, nous l’avons rencontrée à la rentrée.


Votre disque rassemblant des œuvres de Enrique Granados est sorti au début de l’année en France. Enregistrer son premier disque avec Granados est assez rare. Pourquoi avoir choisi ce compositeur ? Quel est le lien qui vous unit à lui ?

Les enregistrements qui lui sont consacrés et sont disponibles sur le marché présentent des œuvres plutôt connues, comme les Danses espagnoles, les Goyescas… Les pièces que j’ai choisies sont très peu enregistrées. Je les ai choisies par amour ! J’ai toujours aimé Granados, et je cherchais pour ce premier album un compositeur un peu connu, mais pas trop ; et qui pouvait avoir une palette d’expression large, avec des styles assez différents. Je souhaitais aussi jouer des Granados peu espagnols, pas spécialement folkloriques ; et je voulais faire découvrir, pourquoi pas, son côté romantique, impressionniste, parfois proche de style debussyste, comme dans Libro de Horas par exemple, ou schumannien (Valses poétiques) pour certains passages.

Comment avez-vous constitué le programme ?

Lors de mon diplôme de concert, j’avais joué les Valses poétiques, puis un peu plus tard des extraits du Libro de Horas. Ce fut, à l’époque, une révélation pour moi. Les Valses poétiques m’ont pianistiquement transformée. C’était donc évident que ces deux œuvres figurent dans mon album. Pour la suite, j’ai exploré plusieurs pièces durant un été ; puis j’ai suivi mon intuition, au coup de cœur, tout en étant attentive à ce que le programme soit assez homogène, plutôt poétique et avec des tempi et caractères différents.

Que Granados représente-t-il pour vous ?

Peut-être parce que je l’ai beaucoup travaillé, il m’apparaît plus romantique, presque impressionniste, qu’espagnol ! Bien sûr, il est profondément espagnol, mais pas seulement, et c’était un plaisir et un honneur de défendre cette musique chaleureuse et profonde. Quand on se penche un peu sur sa courte biographie, on ne peut qu’être touché et intéressé par ce grand musicien qui jouait dans les bars pour gagner sa vie, a immigré en France pour étudier (en même temps que Debussy) et a eu une carrière internationale interrompue par sa mort tragique. Lors du retour d’un voyage aux États-Unis, il a été emporté dans la mer avec son épouse entre Londres et Barcelone, voulant sauver celle-ci après que leur navire eut été torpillé par un sous-marin allemand.

Vous avez mené un parcours en dehors de la France et vous vivez actuellement à Francfort. Pourquoi ce choix ? 

Je vis en Allemagne depuis 2011. Fin 2010, j’ai rencontré celui qui, un peu plus tard, est devenu mon mari. Je l’ai rejoint, simplement. Mais mon parcours musical s’est fait avant, en France. Je ne viens pas d’une famille de musiciens et la musique classique n’était pas dans ma culture avant que je ne commence le piano. Je n’avais même jamais vu de vrai piano avant cette journée où j’ai touché le clavier pour la première fois, à l’âge de 10 ans. Ce jour-là, nous sommes allés à une fête de famille que nous ne fréquentions jamais. En plein repas qui durait 4 heures, je me suis absentée, comme beaucoup d’enfants. Et j’ai découvert, dans une pièce plus loin, un piano ! Deux cousines inconnues en jouaient La Lettre à Élise et autres tubes que je découvrais ; j’ai été fascinée et j’ai passé l’après-midi à essayer de jouer comme les cousines. En rentrant, j’ai demandé à mes parents à faire du piano. Ils m’ont dit non… Puis, quelque temps après, j’ai eu une première leçon de piano. En sortant du cours, je me suis dit que je voulais que le piano soit mon métier. Mes parents ont alors trouvé un piano dans une brocante. Ça s’appelait « Giga Troc » (rires) ! C’était un très vieil instrument avec le cadre en bois, qui avait déjà 86 ans à l’époque. Un an après, ils ont investi dans un piano plus moderne, car je jouais déjà beaucoup.

Comment avez-vous passé le confinement puis le déconfinement ?

Le confinement en Allemagne était moins strict ; nous pouvions sortir sans restriction, mais le port du masque et la distanciation étaient très surveillés. Évidemment, tout était fermé. J’ai continué à suivre mes élèves via internet, j’ai travaillé le piano, j’ai passé du temps avec mon mari, nous nous sommes promenés dans notre très jolie région où la nature au printemps était merveilleuse. Mais il y a eu des moments complexes, de stress, les concerts annulés, aucune perspective pour la suite… Les projets suite à la sortie du CD étaient d’ailleurs annulés.  

Quels sont vos projets immédiats ?

J’adorerais faire un second album. Et j’espère que le premier va m’ouvrir des possibilités, des projets, malgré la période de la COVID. Le CD Granados a reçu de nombreuses critiques et une nomination à l’Opus Klassik (l’équivalent allemand des Victoires de la musique classique). J’en suis très honorée et positive pour la suite !

Photos © M. et A. Barbaux-Cohen

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