Musique
L’OVNI Battles

L’OVNI Battles

31 octobre 2019 | PAR Pierre Poughon

Le Trabendo était hier sous les couleurs de l’expérimentation. Accueillant deux duos ayant pour credo la musique du futur, soirée était pour le moins géniale.

Quand on parle de Battles, on évoque surtout l’expérimentation. Sur une rythmique parfaite orchestrée par John Stanier, ancien batteur de Helmet, maître en la matière, les autres membres peuvent assouvir leurs envies les plus folles. Principalement instrumental, jonglant sans arrêt dans tous les sens, ne se restreignant pas à un son en particulier, le rock expérimental de Battles impressionne par sa qualité. Alors composé de quatre membres, le premier LP, sorti en 2006 est un concentré de leurs premiers EP, EP C et B EP. Rapidement réduit à 3, le trio sort trois LP imparables, avec, en particulier, La Di Da Di, le meilleur, datant de 3 dans déjà. Finalement le bassiste finit par déserter les rangs, laissant seul Stanier en duo avec son guitariste qui a dû réinventer le groupe pour survivre. En effet Ian Williams, le guitariste/clavier, pousse ses instruments dans leurs retranchements pour créer l’incroyable son classant Battles comme un groupe singulier, unique, et rare. Avec la sortie de Juice B Crypts, 5e opus, mi octobre, c’est le retour des New-Yorkais sur le devant de la scène. Avec toujours ce style si particulier, agrémenté de quelques collabs bien senties, le trio réussit à impressionner dans la création de sons différents, et pourtant homogènes dans ce LP fourni et maîtrisé.

Pour lancer cette soirée si particulière, après un DJ set, on retrouves les deux français de QDRPD. Et ce qui s’ensuit est une puissante performance du duo. En pleine maîtrise de leur sons, pas une seule fausse note, pas un seul faux pas. Pourtant, la technicité de leur musique n’a d’égale que son effarante efficacité. Passant en une seconde d’un son presque lunaire à du punk pour le moins particulier, il faut s’attendre à tout en écoutant ces deux-là. Des changements de rythmes à une cadence effrénée, une créativité dans l’évolution de leurs compositions et une énergie constamment contrôlée, rien n’échappe à la première partie du soir. Le batteur, monstre rythmique, use de samples à la pelle, ainsi que le guitariste/clavier/percussionniste loopant sans complexe ses riffs, sont deux musiciens complets créatifs. Une découverte inespérée, qui n’a rien à jalouser de ce qui va suivre.

Les deux membres restant de Battles s’engagent ensuite sur scène. On reconnaît tout de suite Ian Williams à son air nonchalant, voire un poil désinvolte, mâchant frénétiquement un chewing-gum tout en se déhanchant sur les sons qu’il produit. À la cool quoi, tout comme Stanier, avec sa manière de jouer caractéristique et sa crash perchée si haut pour l’empêcher de l’utiliser à outrance. Le show est maîtrisé, sans accroc, rien à redire. De manière voulue, ou forcée du fait des changements d’effectifs, certains de leurs classiques sont remaniés, modifiés, mais n’empêchent en aucun cas de faire mouche. A coup de synthés, de guitares, de loops, d’éclairs de génies tout simplement, ces deux là prouvent à quel point ce sont des pointures. Stanier, en particulier, monstre incontestable de la batterie, malgré son jeu simple, assoit son statut de professionnel. Le concert est concis, rapide mais efficace. Entrecoupés d’interludes, tous les sons sont incroyables, impressionnent en sachant qu’ils ne sont que deux sur scène. La maîtrise est telle que chacun se sent de l’audace de quelques variations bien amenées. C’est une occasion rare de voir de si bons musiciens sur scène, et c’est une tuerie à ne pas louper.

Crédits photo : Cover de Battles – Juice B Crypts

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Pierre Poughon

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