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Le fond d’affiches cubaines du MAD, enfin dévoilé à l’exposition « Affiches cubaines : révolution et cinéma, 1959-2019 » !

Le fond d’affiches cubaines du MAD, enfin dévoilé à l’exposition « Affiches cubaines : révolution et cinéma, 1959-2019 » !

31 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

En 2019, la Révolution cubaine, marquée par la prise de pouvoir de Fidel Castro, fête ses 60 ans. Le Musée des Arts Décoratifs (MAD) conserve quatre cent affiches réalisées dans cette période. L’occasion pour le musée de parler d’une scène cubaine trop mal connue. Le corpus exposé est une mine d’or d’univers visuels et d’inspirations différentes. 

Pourquoi une exposition d’affiches cubaines au MAD aujourd’hui ?

Pourquoi cette exposition maintenant ? Lors de la visite presse, la commissaire Amélie Gastaut a expliqué qu’en 1979, une dame nommée Gisèle Michelin fait une donation de près de quatre cent affiches cubaines datées depuis environ 1959, année de l’accès au pouvoir de Fidel Castro. La donatrice, dont le musée sait peu de choses, a constitué sa collection par corpus monographiques et thématiques, et c’est grâce à l’héritage de cet ensemble que l’exposition a pu avoir lieu. Aucune information n’a malheureusement été trouvée sur la donatrice. Les affiches sont toutes en bon état alors comment les a-t-elle récupérées ? Par des collectionneurs ? Les a-t-elle décollées ? A-t-elle rencontré des artistes ? Dans quels lieux ont-elles été accrochées ? Beaucoup de réponses en suspend qui une fois résolues, apporteront une nouvelle manière de comprendre le sujet soulevé.

Au début de l’exposition, le parcours accueille le public par un grand couloir central et sombre, dévoilant de part et d’autre deux larges espaces présentant des affiches exposées sur des murs sans revêtements et mettant à jour tuyauteries et marques du temps. Comme si les murs étaient ceux de façades extérieures et que les affiches étaient collées dessus. La scénographie s’ouvre sur un éclairage tamisé et reposant, attirant d’emblée le regard sur les premières affiches. De chaque côté du grand couloir central sont organisés des espaces plus petits permettant d’observer les différentes esthétiques et surtout la diversité des expressions travaillées par un seul artiste.

Le rôle de l’affiche sous toutes ses formes ! 

Le grand intérêt de l’événement est qu’il met en lumière la diversité des productions cubaines sur la scène de l’affiche. Les affiches sont vraiment des œuvres d’art et non des simples outils à buts commerciaux. La période soulevée par l’exposition expose justement le grand âge de l’affiche à Cuba. En effet, la révolution cubaine est une période déterminante pour les graphistes, car entre 1959 et 1979, Fidel Castro interdit les affiches commerciales, qui étaient majoritairement produites par des agences étrangères, et surtout américaines. Les affiches deviennent uniquement politiques et culturelles, car pour Castro, elles permettent un accès à l’art facile, sans passer par les musées. Grâce à ce contexte, les graphistes vont avoir une liberté totale sur les créations, ce qui produira une scène artistique particulièrement diverse, et visuellement très riche ! L’exposition rend compte de toute la force que peut offrir le médium, et on regrette qu’à l’heure où les publicités inondent le quotidien, elles ne soient pas de la qualité graphique et visuelle de celles de Cuba. Non seulement cela ferait bien moins mal aux yeux, mais surtout cela offrirait des images intéressantes, tant sur le travail des couleurs, l’importance donné au dessin, ou l’agencement des compositions.

L’exposition est vraiment bien pensée car elle témoigne de cette variation des esthétiques, soit à travers la mise en avant d’un seul artiste, soit par des accrochages côte à côte de graphistes différents. C’est le cas pour Eduardo Muñoz Bachs, par exemple, qui est une grande tête de cette scène. Grâce à une salle lui étant complètement consacrée, le public découvre des affiches parfois noires et blanches, avec une importance donnée au trait, ou parfois remplies d’aplats de couleurs qui rythment des compositions vives et moins dures. Dans un autre temps, Félix Beltràn, travaillant avec des sortes de pictogrammes dans des compositions à la gamme chromatique réduite, est exposé à côté de Félix René Medecos, qui utilise des contours noirs ou des nuances plus foncées pour cerner des aplats de couleurs vives et pétantes, roses, vertes, violettes, ou rouges ! Leur touche est totalement différente, mais grâce à ces comparaisons, l’accrochage présente un milieu artistique très hétéroclite. La commissaire souligna d’ailleurs  que le seul point que les affiches cubaines ont en commun est le médium : la majorité des  objets exposés sont des sérigraphies, alors qu’aucune esthétique n’est dominante.

De plus,  il est intéressant de pouvoir comprendre les différents rôles de l’affiche depuis cette période. Félix Beltràn, qui a a étudié le design, réalise des affiches épurées de tous éléments décoratif, avec des symboles fonctionnels pour soutenir des gestes citoyens, tels que faire attention à économiser l’eau. La série de sérigraphies de Félix René Medecos, quant à elle, fut réalisée au retour d’un voyage au Vietnam. Ces tons colorés vibrent dans l’œil et amènent le spectateur à voir d’autres types de représentations de la guerre du Vietnam, les couleurs presque fluo contrastant avec la gravité du sujet. L’affiche apparaît également comme un moyen d’affirmation culturelle. En effet, Amélie Gastaut expliqua que les films internationaux arrivant à Cuba étaient accompagnées d’affiches. Le modèle classique de l’affiche de film veut que soit présenté le personnage principal ou une scène du long-métrage. Or, pour promouvoir une indépendance face aux codes esthétiques étrangers, les affiches cubaines étaient recréées par les artistes, qui pouvaient laisser cours à leur imagination. La commissaire ajouta que les affiches reçues pouvaient être réutilisées pour le papier et l’encre lors des périodes de crises. Le grand âge de l’affiche cubaine, 1959-1979, passe par l’âge d’or de l’affiche de cinéma. Que ce soit en noir et blanc ou avec des couleurs, le dessin est à l’honneur, et c’est un plaisir ! Les visiteurs découvrent de nouvelles manière d’illustrer des films cubains mais aussi internationaux comme les Trois Mousquetaires ou l’affiche de Frenzy, film réalisé par Hitchcock en 1972 ! 

Visuels : Alfredo Rostgaard, ICAIC decimo aniversario, 1969 © MAD Paris

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Chloé Coppalle

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