Musique
[Live-report] : Jesca Hoop en concert au Silencio (18/07/2012)

[Live-report] : Jesca Hoop en concert au Silencio (18/07/2012)

19 juillet 2012 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’après le maxi « Snowglobe » (voir notre article), la jolie chanteuse américaine vient de sortir, le 25 juin dernier, son nouvel album, « The House That Jack Built », elle était hier soir émerveillée de jouer sur la scène lynchienne du Silencio. Découverte d’une voix qui ne peut que se faire entendre…

Élevée par des parents mormonds, Jesca a commencé à chanter à un très jeune âge. Soutenue par Tom Waits puis Peter Gabriel, elle fait son petit bonhomme de chemin sur la scène pop-folk indépendante. Et il faut dire qu’elle a un sérieux atout : sa voix, au timbre envoûtant, à la tessiture impressionnante et aux ondes à la fois très fragiles et terriblement puissantes.

Sur la scène du Silencio, elle est apparue entourée d’une autre très féérique voix féminine, d’un guitariste et d’un monsieur magique, aux claviers et à aux sons électros qui baignent ses nouvelles composition, leur donnant parfois un faux air de new wave. Aux antipodes de son nom de pin-up, cachée derrière sa tignasse de cheveux bruns, elle est arrivée dans un costume plutôt masculin, avec un pantalon un peu baggy devant, une chemise ajustée et une cravate. Élégante, souriante, guitare braquée sur le public, heureuse d’être à Paris, Jesca a montré une immense bonne humeur, même si elle a coupé certains blablas au vu de la trop courte durée du concert. Elle a présenté ses musicien comme ses amis, dit très souvent merci et a même interprété une traduction d’une de ses chansons en français, « Festin de cœur » (Feast of the heart », en VO).

Mais derrière cette humeur bon enfant, et cette impression de joyeuse connivence entre les musiciens de Jesca l’on sent, tapie dans chaque texte, une immense mélancolie, totalement bouleversante. Avec son nouvel album « The House that Jack built », elle est fait un petit écart vers le rock, et donne à entendre derrière sa voix les rythmes marqués d’une beatbox et des synthés. Mais le caractère entraînant de certaines chansons ne doit pas masquer que le maître mot pour définir l’art de Jesca Hoop est la ballade désespérée. Ainsi, si la chanson « Whispering light » semble habitée par des lutins joyeux ou par les 7 nains de Blanches Neige se rendant de bon matin au travail, elle n’en est pas moins une chanson de soutien à sa maman, lorsque celle-ci a refusé de suivre une chimiothérapie. De même, côté père « DNR » narre certains éclats suicidaires dont elle a été témoin enfant et s’intitule « DNR » (« Do not ressuscitate ») du nom d’un papier officiel que les américains refusant la défibrillation s’ils sont trouvés le cœur arrêté. Et ce n’est pas un hasard si la dernière chanson interprétée par la chanteuse, seule à la guitare, à la fin de sa belle heure de performance est « Deeper despair » où références bibliques d’enfance et certitude mélancolique qu’on ne peut faire confiance à personne sont poétiquement mêlées.

Malgré certains petits problèmes de guitare désaccordée, l’on peut dire que cette échappée belle de Jesca Hoop a Paris a été un immense succès. Le public exigeant mais attentif du Silencio a été complétement happé par l’univers à la fois folk et dark de la chanteuse. Et l’a soutenue avec toute la chaleur que son grand talent méritait. Une très jolie soirée de voyage dans le journal intime d’une grande artiste.

Je suis venue, la motion de Yalda Younes et Gaspard Delanoë est adoptée à l’unanimité
La douce de François Schuiten
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture