Musique
Live Report : Diversidad au Trianon (17/05/11)

Live Report : Diversidad au Trianon (17/05/11)

19 mai 2011 | PAR La Rédaction

Au Trianon, ce n’est ni la place, ni la sécurité, ni l’acoustique, ni la décoration qui font défaut. Mais plutôt le public, qui était assez peu présent dans tous les sens du terme mercredi soir pour le concert de Diversidad. Un triomphe timide, que la première partie de la chanteuse soul Mariama (également membre du collectif) n’a pas su enflammer, malgré de nombreuses chansons originales et une ambiance hip-hop entraînante.

Sept heures moins le quart sur le boulevard Rochechouart, sous les yeux amusés des fêtards et des vieillards, une queue de jeunes bavards s’étend du Trianon presque jusqu’à la Cigale. Sur le terre-plein central, une exposition de graffiti hip-hop rappelle que comme dans chaque culture, la musique et la danse ont leur pendant pictural, non des moindres pour qui fait la différence entre le tag et le graff. Le Suédois Marcus Price et le Bosniaque Frenkie s’échauffent l’esprit et le corps avec une bière préalable devant la salle.

A l’intérieur de l’immense bâtiment, l’exposition se poursuit. Le bar est plein, l’ambiance est amicale et plus jeune que hip-hop, un fond musical satisfont ceux que la première partie ne ravit pas (au demeurant peu nombreux). Dans la salle qui semble comble, mais plus par illusion optique que par le nombre, Mariama, chanteuse soul allemande à la voix enivrante et aux textes très personnels, mais moins convaincante à la guitare, emmène son public dans son univers aux influences pléthoriques sans ignorer ses nouvelles compositions en vue de la sortie de son nouvel album. Les plus impatients se contentent d’acheter une pinte à 7 € et de discuter ou de faire un tour par le stand de t-shirts, DVD et CD de Diversidad, qui a ravi les fans par son accessibilité et la diversité (sic) des modèles présentés  Le concert commençant enfin vers 20h15, tout le groupe (à l’exception notable de Cut Killer, Abd Al Malik, Nach et Valete, excusés pour cette date) se réunit sur scène, soulevant un tiers de la salle (dont tous les spectateurs venus de l’étranger) par un simple sourire, mais la vedette leur est vite volée par les breakdancers et krumpers, dont les prestations ont progressivement explosé d’audace et de créativité au cours du concert.

En effet le spectacle est composite, merveilleusement agencé entre les clashs de chanteurs, sourire aux lèvres et paroles assassines mais toujours bon enfant, les prouesses des danseurs, les intermèdes humoristiques d’OrelSan (rappeur français controversé à l’humour caractéristique de sa génération), les jeux de lumière mettant en valeur les différentes personnalités des membres, et les chansons interprétées en Français, Anglais, Allemand, Italien, Croate et Bosniaque. Reflétant sous de nombreux aspects la diversité d’esprit, d’inspiration, de culture, de goûts et de manières d’inspirer la transe musicale et le rire à son public, Diversidad s’attaque aux cuisines européennes, aux relations hommes-femmes, à la dépression nerveuse et la drogue, à l’amour et à la vie. Ceci sans jamais tomber dans le discours moralisateur et prétentieux de certains raps pseudo-conscients. Malheureusement le public était timide, le collectif étant encore peu connu, mais ceux dont l’enthousiasme n’a pas fait défaut ont suffisamment contribué à l’ambiance pour ravir les artistes, qui ont accepté avec joie (et parfois ont cherché) le contact avec le public après le concert. De nombreux fans d’OrelSan, Marcus Price, Luchè, Mariama et Cookin’Soul ont eu l’occasion de rencontrer ceux qui mettent en musique leurs jours et leurs nuits, accueillis chaleureusement et sans aucune réserve.

En résumé, les spectateurs n’ayant pas peur de s’ouvrir à la diversité, de danser, de reprendre les rimes et les rythmes puissants et calibrés, et de s’intéresser à tous les ingrédients qui mijotent dans le chaudron de Diversidad ont, selon toute apparence, passé un excellent moment qui leur a donné envie de réitérer l’expérience lors de leur prochain passage à Paris (ou ailleurs, qui sait ; l’Europe est le terrain de jeu des artistes comme des fans). Les autres n’ont, de toute façon, pas pu rester insensibles au charisme des nombreux jeunes gens venus leur offrir un spectacle de qualité pour 18 € pendant plusieurs heures.

Il se dit que le collectif ne cesse de s’agrandir et de rallier de nombreux artistes. Ne manquez pas les prochaines chansons de Diversidad, dont l’objectif est sérieux mais dont les membres ne s’y prennent pas.

 

Olivier Handelsman

The Tree of life de Terrence Malick, un grand film habité
Imany, The Shape of a Broken Heart
La Rédaction

5 thoughts on “Live Report : Diversidad au Trianon (17/05/11)”

Commentaire(s)

  • Nico

    Article très interressant qui a atisé ma curiosité et m’a amené a écouter les musiques de ce sympathique collectif. C’est bien dommage que je n’ai pas eu vent de ce dernier auparavant car ca aurait été avec plaisir que je me serais rendu au Trianon pour voir leur performance sur scene.

    mai 20, 2011 at 3 h 19 min
  • Romain

    J’y étais et je je confirme, c’était énorme. Je conseille vivement Diversidad à tout les amateurs de hiphop qui en ont marre d’entendre tout le temps la meme soupe. Il s’agit là d’un projet innovant avec des artistes vraiment investis. En plus comme le dit notre reporter, la proximité entre les artistes et le public avant et après (et même pendant) le concert tisse un lien très particulier qu’on verra rarement dans ce genre d’évènement. Bref, des artistes très compétents, un crew très varié, une mise en scène très dynamique et malheuresement un public très mou. j’ai hate de voir de voir ce que va devenir ce projet. Je le recommande d’ailleurs vivement et pas uniquement aux fan de rap -> http://www.diversidad-experience.com/

    mai 20, 2011 at 3 h 43 min

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