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Live Report (24/05/2012) : Vinicio Capossela au casino de Paris

Live Report (24/05/2012) : Vinicio Capossela au casino de Paris

28 mai 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Vinicio Capossela a présenté au Casino de Paris son nouvel album sorti en France le 3 avril dernier, Marinai, Profeti e Balene. À la frontière entre le spectacle théâtral et le concert, l’auteur-compositeur italien a offert une exposition d’art vivant au public parisien.

Jongleur aux traits marins ou acteur qui chante de la littérature, Vinicio Capossela a captivé comme d’habitude l’auditoire avec une performance qui dépasse à la fois la musique et le théâtre. Au centre de la scène, un énorme ventre de baleine contient les sept musiciens et leurs instruments. L’aventure maritime aux évocations mythiques commence dans le théâtre parisien transformé à l’occasion  en bateau melvillien.
« Un voyage au bout de la mer », comme  semble  le  suggérer Capossela au début du concert : la proximité de la Place de Clichy, point de départ de l’aventure de Celine au début du siècle dernier, offre le motif d’une première incursion au coeur de l’histoire littéraire occidentale. Comme Celine en 1914, Vinicio Capossela commence dans le 9è arrondissement de Paris son voyage. Défini par l’artiste une « Marina Commedia » (« Comédie Marine »), cet album est construit autour d’un seul univers, celui de la mer, symbole poétique de tout voyage. À partir du premier voyage fondateur de la littérature grecque, en passant par la bible et le purgatoire dantesque, les paroles de Marinai, Profeti e Balene traversent histoire, mythe et légende.

Les langages artistiques qui ont traduit tout au long de l’histoire le symbole de la mer sont présents sur le plateau du Casino de Paris : la matérialisation de l’univers maritime est définitivement possible, comme Capossela suggère à plusieurs reprises, si notre imaginaire et notre fantaisie interviennent pour lui donner forme. L’artiste italien a invité pendant toute la durée du spectacle, les spectateurs à croire à cet univers de marins, baleines et sirènes.
Au moment de la chanson Le sirene, il évoque cette langue magique, le sirenese, qui donne vie à ces êtres mythiques à la frontière entre l’humanité et l’animalité. L’art de Vinicio Capossela semble effectivement se plaire à jouer sur la frontière du rêve. Ses paroles traduisent à la fois un univers imaginaire et le regret de quelque chose de perdu, elles expriment les espoirs mais aussi la douceur des souvenirs. Le Pleiadi est la chanson qui mieux résume l’idée de calme et d’attente, qui parcourt tout l’album. La mer est profondément liée à l’imaginaire de quelque chose qui bouge sans cesse, sans en avoir l’air : « Tutto si muove ma niente si muove davvero » (« Tout bouge mais rien  ne bouge vraiment! »).
Dans I marinai, en revanche, c’est la voix du capitaine Achab qui reprend vigueur. Hanté par la baleine blanche le capitaine plus célèbre de la littérature moderne se matérialise sur les notes du piano-bateau de Capossela.

Cyclopes, nymphes et léviathans, mais aussi sirènes aux traits burlesques se matérialisent sur la scène : l’ironie poétique de Vinicio Capossela délaye le poids de ces références littéraires à travers quelques incursions comiques. Si l’arrivée d’une sirène dansante aux énormes mains plumées est une occasion pour évoquer élégamment les scandales politiques italiens, plusieurs travestissements du chanteur, donnent quelques démonstrations de la maitrise théâtrale de l’artiste.

Vinicio Capossela est devenu définitivement célèbre en Italie avec Il ballo di san Vito, album sorti en 1996 contenant la tarentelle dont il prend le nom. Ce musicien aux multiples influences a traversé les genres musicaux les plus expérimentaux, du jazz au Latin Rock, du funk aux sonorités berceuses des Canzoni a manovella. Avec Marinai, Profeti e Balene il a présentè, jeudi dernier au Casino de Paris, une étape d’un voyage musical inspiré qui a l’air de continuer à émouvoir.

 

Visuel (c) : Eloisa Del Giudice

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Celeste Bronzetti

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