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Affaire Duhamel: démission du directeur de Sciences Po

Affaire Duhamel: démission du directeur de Sciences Po

10 février 2021 | PAR Lise Ripoche

Un mois après les révélations des accusations d’inceste portées par Camille Kouchner à l’encontre de son beau-père Olivier Duhamel, le directeur de l’illustre institution de Sciences Po, Frédéric Mion, annonce sa démission. 

Alors que les témoignages portant le #Metooinceste se multiplient en France, que la parole se délie mais surtout que l’écoute semble enfin être au rendez-vous, l’affaire Duhamel se poursuit en conséquences comme une onde de choc. Quelques jours avant la parution officielle de l’ouvrage La Familia Grande, et quelques heures après la médiatisation des propos de son autrice Camille Kouchner, Olivier Duhamel avait lui-même quitté ses fonctions, notamment celles qu’ils assumaient au sein de l’IEP de Paris.

Politologue de renom, Olivier Duhamel avait enseigné pendant plus de vingt-cinq ans à l’institut d’études politiques de Paris avant de se consacrer, depuis 2010, à sa fonction de conseiller du directeur de Sciences Po. En 2016, il est élu Président de la Fondation nationale des sciences politiques, qui est l’organe de gouvernance ayant la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po. Aussi, ses rapports étroits avec l’institution ne manquèrent pas d’interroger sur la possible participation du corps décisionnaire de Sciences Po à cette politique du silence qui a permis de garder le secret pendant plus de trente ans. 

Dans une lettre adressée aux professeur.e.s, personnel administratif, et étudiant.e.s, Frédéric Mion présente sa démission. Celle-ci fait suite à l’enquête diligentée au sein de l’institution par les Ministères de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche. Dans cette lettre Frédéric Mion assure que cette enquête « confirme qu’aucun système de silence concerté ou de complaisance n’a existé au sein de notre établissement » et souligne « le comportement irréprochable de l’équipe de direction qui m’entoure ». Néanmoins, et malgré les conclusions positives de cette enquête à l’échelle de l’institution, Frédéric Mion annonce son départ. « Le rapport pointe toutefois de ma part des erreurs de jugement, dans le traitement des allégations dont j’avais eu communication en 2018, ainsi que des incohérences dans la manière dont je me suis exprimé sur le déroulement de cette affaire après qu’elle a éclaté. » ajoute-il dans cette même lettre. Concluant sur le « trouble » qu’ont pu instituer ces « erreurs de jugement » et ces « incohérences » d’expression publique, Frédéric Mion entend assume cette responsabilité. 

Poussé par cette enquête aux portes de l’institution, le désormais ex-directeur de Sciences Po n’admet donc la responsabilité que d’un « trouble », auquel participe encore sans doute les euphémismes sur lesquels s’appuie son discours. De même qu’il a été reproché au Président de la République de n’avoir jamais prononcé les termes de « viol » ou « d’inceste » propres à la reconnaissance des faits dans son discours de soutien aux victimes, de même Frédéric Mion voile-t-il derrière des paraphrases la nature véritable de ce dont il se dit responsable. 

crédit visuel: L Larralde

 

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