Musique

Le Noise : écouter Neil Young vieillir, c’est merveilleux !

16 octobre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Aimer Neil Young, c’est l’aimer pour toujours. Il a accompagné nos vies, calmement, avec bienveillance. Son nouvel album ? Intitulé Le Noise, juste comme ça, une petite blague avec Daniel Lanois (le producteur : c’est lui qui avait produit le beau Time Out of Mind de Bob Dylan), il est, comme toujours, sobre, puissant et beau.

Bien sûr, Neil Young est vieux, maintenant. Il a été malade. Evidemment, le Neil Young des débuts, avec des albums comme Everybody Knows This Is Nowhere (1969) ou Harvest (1972) restera dans toutes les mémoires. Neil Young était le musicien le plus fabuleux, le plus génial et le plus cool de sa génération. Il avait tout : le génie musical, la voix si singulière, l’art de former des groupes extra (le Crazy Horse, après être passé par Buffalo Springfield et Crosby, Stills, Nash & Young). Mais, surtout, il n’avait pas l’arrogance et la vanité des stars du rock de l’époque. Pas de frime, pas de pose, juste un type infiniment singulier (attitude qui, outre certains aspects musicaux de sa carrière, le rapproche d’ailleurs de la scène grunge qui se revendiquera de lui), dont les histoires parlaient à tous sans distinction.

Aujourd’hui, justement, ce qui est beau chez Neil Young, c’est son âge. Les chansons de Le Noise sont un peu moins belles que celles des débuts ? Peut-être, d’un strict point de vue musical. Mais il y a autre chose, chez cet artiste à présent sexagénaire. Une densité, une humanité absolument bouleversantes. La tristesse à la fois pesante et calme que sa voix dégage produit toujours un effet merveilleux. Une nonchalance douce, légère, qui s’envole en un petit motif pour retomber, immanquablement, en une note lourde de fatigue souriante. Le« Loner » a vieilli, il est désormais le Old man de sa vieille chanson !

Qu’il continue à nous parler, à chanter pour nous tient du miracle. Il faut absolument acheter l’album Le Noise, pour cette chanson-cadeau, incroyable et magique : « The Hitchhiker ». Le Canadien l’a commencée il y a 30 ans, pour l’achever aujourd’hui. Il y raconte, avec des mots très simples et très forts, sa descente dans la consommation des drogues, sa vie chaotique, sans effets de pathos. Neil Young est simple, il dit les choses naturellement, comme à un ami : « The doctor gave me Valium but I still couldn’t close my eyes. Then come paranoia and it ran away with me. (…) a little cocaine went a long long way to ease that different load, but my head did explode, I thought I was an Aztec or a runner in Peru. I could build such beautiful buildings to house the chosen few, like an Inca from Peru. ». A la fin du morceau, Neil Young nous offre cette belle confidence : « I don’t know how I’m standing here, living in my life. I’m thankful for my children, and my faithful wife. ».

Merci vieux Neil Young et très longue vie !


Le Noise
, Neil Young, éd. Reprise, 2010

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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