Musique

Intervioù : The Young Gods

08 décembre 2010 | PAR La Rédaction

A l’occasion du passage à la Maroquinerie des Young Gods mardi 7 décembre, notre journaliste a rencontré Franz Treichler et Bernard Trontin. Rencontre avec les musiciens de ce groupe suisse, groupe majeur de la scène electro-rock/post-industrielle européenne hélas ! encore trop peu connu du grand public… mais bien connu des musicos (ainsi, par exemple, de Serge Teyssot-Gay, présent au concert).

Y a-t-il dans votre intention ou dans votre façon d’appréhender le concert, quelque chose de l’expérience physique ou spirituelle? On a le sentiment lorsqu’on vous voit en concert, que l’impact physique nourrit l’esprit en quelque sorte…

Franz Treichler : Je pense que le groupe est live. On essaye d’avoir le même feeling que sur l’album, mais je pense que The Young Gods c’est vraiment une expérience live. Pour moi, il n’y a pas dans The Young Gods un message intellectuel ou spirituel. C’est un truc que tu vis donc ça me fait plaisir ce que tu racontes ça, parce que nous n’avons pas de trucs à vendre de ce coté-là. Ca tient plus de l’expérience, on essaye de sortir du rationnel, d’aller vers l’inconnu et de voir ce que ça peut procurer chez les gens. C’est un peu la drogue sans la drogue, ou du moins sans les effets secondaires. C’est ce qu’il y a de génial dans la musique.

Bernard Trontin : Moi aussi ça me fait plaisir d’entendre ça, ça me parle. Mais en même temps il n’y a aucune théâtralisation, ni de mise en scène. Il n’y a pas de rituel, de choses réglées. On arrive sur scène sans savoir l’effet qu’on va produire ni même comment.

Parlons un peu d’Everybody Knows (dernier album du groupe, sorti en novembre et chroniqué ici) : qu’est ce que vous en pensez, un mois après sa sortie ? Vous avez eu des difficultés à vous dire qu’il était fini ?

F. T. : Il y a eu de périodes difficiles, vu qu’il y avait beaucoup de matériel. On a essayé d’agencer tout ça. Des fois tu sais où tu veux aller, mais tu pas comment. Cet album, j’ai l’impression que c’est un peu un puzzle, assez space mais avec un bon résultat. Une fois qu’il est mixé, tout ce que tu peux faire c’est le jouer un maximum pour que les gens l’entendent live. Pour le moment, on joue beaucoup l’album et on veut vraiment jouer ces nouveaux morceaux pour avancer. Ca donne une dynamique plus forte au répertoire. Il y a des moments plus intimistes (mais pas comme sur la tournée acoustique quand même) et à la fois des instants électriques. On tâtonne encore un petit peu mais ça se passe très bien.

B. T. : Pour moi ce n’est pas fini, j’apprends encore à le jouer. Je suis en train de l’apprivoiser. Effectivement, en quelque sorte, l’album est terminé mais la musique est encore en évolution. Donc je suis en plein dedans.

On a l’impression de se trouver devant un album bilan, qui prend les diverses expériences de The Young Gods pour en faire quelque chose de nouveau.

F. T. : Je pense que c’est pour ça que les albums changent. En 85/86, on a eu un coup de foudre avec le sampler. On l’a utilisé peut-être sur trois albums et ensuite tu te demandes si ça va pas devenir cliché et donc tu pars dans le rock, puis le space rock et ensuite dans la musique électronique. Et après on se dit qu’on veut faire du rock frontal – ce sont nos origines, avec Super Ready (album paru en 2007). Donc chaque album a une couleur particulière. Et c’est vrai qu’il y a un peu de tout dans le dernier.« Bilan » j’aime bien, en tout cas je préfère à « Testament » (rires) parce que les dernières expériences se retrouvent normalement dans ce dernier album.

C’est assez incroyable ce mélange, qui surprend tout le long de l’album, notamment sur « Miles Away », qui débute par une guitare acoustique pour finalement partir dans une épopée électronique de dix minutes…

F. T. : On est assez content d’aller jusque là. Tu parles de « Miles Away ». Au début c’était un truc vraiment electro/techno qui tourne, sans arrêt. Et puis Vincent (Hänni) a placé un riff acoustique. Et ensuite tu essayes la voix, tu modules, tu expérimentes. C’était vraiment un gros labo. Une espèce de méga-puzzle, et je pense que « Miles Away » est un bon exemple.

B. T. : Au départ, on voulait vraiment incorporer l’expérience acoustique dans le contexte électronique habituel du groupe et voir comment cela aller prendre, où ça allait nous amener. On a ouvert un peu plus le cadre. Il y a vraiment, sur certains disques, une couleur assez définie. Ce n’est pas du tout le cas pour ce dernier album : on s’est permis plus de choses. Mais c’est pas pour autant un bilan, du moins pas volontairement.

L’artwork d’Everybody Knows, c’est une image de New York à l’envers… C’est surprenant ! Qu’est ce que ça signifie réellement ?

B. T. : C’est sûr que cette pochette ne laisse pas les gens indifférents. Tout le monde essaye de comprendre les relations entre l’image et le disque, sa signification. Pour moi ça veut dire différentes choses. J’aime bien le prendre comme une relativité des choses. A l’envers, à l’endroit, tout est relatif. Ca dépend où tu te places. Une sorte de mise en abyme. Ce que l’on sait dépend de l’endroit où on est placé. Tu t’approches ou tu t’éloignes et rien n’est plus pareil.

Un morceau préféré dans l’album ?

F. T. : Au chant, il y a vraiment un truc qui se passe sur « Blooming ». Sans tomber dans le pathos, il y a vraiment quelque chose d’émotionnel. Une espèce de constat empathique. J’aime beaucoup.

B. T. : Je prends vraiment tout l’album.

Un groupe suisse à nous conseiller ?

F. T. : En tant que fan de hardcore : Knut (cf. MySpace du groupe).

B. T. : Leech (cf. MySpace du groupe, quant à lui évoluant dans un registre post-rock avec des passages metal).

Propos recueillis par François-Xavier Delaby

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