Musique

Freddie MERCURY : Le crépuscule d’un dieu

Freddie MERCURY : Le crépuscule d’un dieu

21 octobre 2012 | PAR Arnaud Berreby

Il y a bientôt 21 ans, disparaissait à l’âge de 45 ans Freddie MERCURY, né Farokh BULSARA, chanteur du groupe Britannique QUEEN. Un départ soudain, seulement 48 heures après la publication d’un communiqué officiel, annonçant qu’il souffrait du sida .

Avant cette annonce, il y avait bien entendu des raisons de penser que quelque chose clochait au sein de la famille royale : Le refus de repartir en tournée dès 1987, Freddie déclarant « qu’il avait passé l’âge de se trémousser en collants sur scène », Brian MAY, le talentueux guitariste du groupe expliquant que « le chanteur allait bien, mais payait le mode de vie un peu trop rock’ n roll de ces dernières années » .

Et puis il y avait la rumeur colportée par la presse tabloïde britannique, presse qui est à l’information ce que le chien est au caniveau.
Freddie, qui, au temps de sa splendeur, tenait un stade de 60 000 personnes au creux de sa main était considéré comme un des plus grands chanteurs du monde Rock : Ecoutez-le interpréter sur scène à Montréal en 1981 « Somebody to love », un registre vocal ahurissant mais parfaitement maîtrisé.

 

Dans cette chanson, il est donc question d’amour : Au fond, comme beaucoup d’artistes, il se sentait mal aimé lui qui est finalement mort d’avoir tant et si mal aimé dans les back rooms de New York ou de Munich, lui, le petit immigré de l’île de Zanzibar, à l’époque rattachée à l’empire Britannique au temps lointain des colonies, débarquant un jour d’hiver à Londres vers ses 12ans .

Il est donc question d’amour : ses chansons traitant du sujet évolueront au fil du temps, le romantisme suranné des débuts (love of my live 1975 – a night at the opera ; you take mybreath away 1976 – a day at the races) laissera la place peu à peu à des titres plus portés sur la chose (get down make love, 1977- news of the world ; don’t stop me now 1978-jazz) correspondant sûrement à l’immense notoriété qui sera la sienne et son cortège classique de débauche.

Mercury se décrivant, dans le dernier titre suscité, comme « une machine sexuelle toujours prête à dégainer ».
« Don’t stop me now » est un appel à la jouissance sans limite ; Brian MAY définira ce morceau comme « l’œuvre d’un génie : vous observerez l’effet qu’elle produit dans les mariages ou les soirées entre filles »
On démarre en mode piano-voix cristalline avant l’arrivée de la fanfare qui accélère le tempo et balance des chœurs qui vous enveloppent de leurs harmonies vocales chaleureuses. Vous n’aurez plus jamais froid allongé en maillot de bain sur la banquise.

Même votre belle-mère, vous savez l’autre là , la grosse dinde qui daigne vous recevoir pour les longs déjeuners mortifères du dimanche en vous servant la même pintade insipide et les mêmes sentences à l’unilatérale à vous donner envie de militer pour l’euthanasie active- bref-même elle, trouvera que c’est « un air gai et entraînant »

C’était donc un très grand chanteur. Tellement grand que la cantatrice MONSERRAT CABALLE acceptera avec enthousiasme d’enregistrer un album entier à ses côtés ( Barcelona 1988 ) dans un genre nouveau pour l’époque à mi chemin entre l’opéra et le Rock.
Freddie se sait déjà malade et ressent les premiers symptômes de faiblesse avec des épisodes fréquents de pneumonie. Il est bien évidemment conscient qu’il n’existe pas de traitement pour guérir du sida. Il commence à écrire des chansons qui trancheront avec le style hédoniste qui le caractérisait tant. Sur la chanson « how can I go on »(Barcelona), il déclare : « comment pourrais-je continuer jour après jour en ce monde empli de tristesse ?
Où sont passés tous ces merveilleux rêves que nous partagions ?
Ils sont bien évidemment perdus à jamais.
Comment pourrais-je continuer ? »
L’année suivante paraît l’album de QUEEN « The Miracle »-galette qui contient le sublimissime « I want it all » mais c’est un autre titre qui attire l’attention « Rain must fall » : rythmefunky , basse en avant , solo de guitare concis mais lumineux, la musique y est dansante et légère mais le fond pose questions, lisez plutôt :

« Ta vie est tellement excitante, ton quotidien ensoleillé,
« tu as l’air tellement détendu et mystérieux,
« pourtant maintenant tu sembles affronter des soucis
« mais tu dois savoir que dans chaque vie, une petite pluie fine doit tomber ».

Enfin, en février 1991, paraît l’album « Innuendo » (allusion )chant du cygne de Mercury.
Le 14 octobre, soit trois semaines avant son décès, paraît le single « Show must go on » :

« En moi mon cœur est brisé,
« mon maquillage peut couler ,
« mais mon sourire, lui ne s’efface pas,
« le spectacle doit continuer, le spectacle doit continuer »

En fait, après la parution d’Innuendo, Mercury, sentant ses forces décliner, s’installa à Montreux, en Suisse, ville qui abritait un studio d’enregistrement acquis pas le groupe au début des années 80. Là, (très) entouré par ses acolytes, il parvient à enregistrer à raison de deux heures par jour maximum, les dernières parties vocales de son existence qui sortiront sous la forme d’un album posthume en 1995 (made in heaven)

Se rendre au studio. S’asseoir. Trouver une position antalgique . Régler la hauteur du micro. Chercher un second souffle pour tout donner une dernière fois, enfin se mettre à nu et chanter « Mother love » :

« je ne veux pas coucher avec toi,
« ni de passion, ni d’orage,
« juste de la bienveillance et de la confiance
« et de l’amour maternel
« je marche seul sur cette dernière ligne droite, j’aspire à la paix avant de mourir,
« mon cœur est lourd et mon espoir s’est envolé mais je ne veux pas de pitié
« juste un endroit sûr où me cacher
« je t’en supplie maman, laisse –moi revenir en toi » .

et Freddie devint Mercury, le messager des dieux de la mythologie .

Rest in peace Freddie.

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Une réflexion sur « Freddie MERCURY : Le crépuscule d’un dieu »

Commentaire(s)

  • payet

    Super,tres bien écrit,l épisode de la belle mere est parfait

    octobre 24, 2012 at 14 h 15 min

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