Cinema

Damsels in Distress : Whit Stillman déplace le genre de la comédie de campus vers le terrain de la poésie

Damsels in Distress : Whit Stillman déplace le genre de la comédie de campus vers le terrain de la poésie

21 octobre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Discret et peu prolifique, Whit Stillman, le réalisateur de « Barcelona » (1994) et des « Derniers jours du disco »(1998) est néanmoins cultissime. Depuis mercredi dernier, il est de retour sur nos écrans, sans tambour ni trompettes, mais avec une hordes de fans qui le suivent. Comédie de campus dévoyée en exercice de lepidoptérophile, « Damsels in Distress » épingle un groupe d’étudiantes au grand cœur à la langue vire-volante et aux psychologies échappant à toute simplification.

Le jour de la rentrée des classes sur un campus de la côte est, une nouvelle venue, Lily (Analeigh Tipton qu’on a retrouvé dans Crazy, Stupid, Love) est prise en charge par un trio de jeunes-filles raffinées et qui ont presque l’air snob. menées par la blonde et délicate Violet (Greta Gerving récupérée par Woody Allen pour « To Rome with Love ») les trois grâces sont obsédées par le savon car elles détestent les odeurs corporelles, tiennent le centre de secours anti-suicide où elles offrent un lit à Lily, détestent le pédantisme du rédac’chef du journal du Campus »The Daily Complainer » et préfèrent sortir avec des garçons moins intelligents qu’elles pour les faire éclore. Si le désormais quatuor s’accommode assez vite du sex-appeal et du caractère direct de Lily qui reproche à Violet sa condescendance,ces jeunes-filles en fleur et à l’âme qu’elle portent à bout de bras pour l’élever au maximum ne sont pas imperméables aux chagrins d’amour.

Damsels in Distress pourrait s’approcher d’un Sofia Coppola revisité par Wes Anderson. Sauf que le subtil Whit Stillman est bien plus fin que cela. Quand le main quad devient un lieu d’intrigues aussi ténues qu’un, roman anglais du 19ème siècle, quand les pimbêches chefs de bandes exhalent plus qu’elles n’exposent des faiblesses rédhibitoires. Quand ce sont les corps ronds et non les dents qui sont d’une brillance immaculée, le réalisateur parvient à dévoyer tous les codes du film de campus sans jamais marquer son territoire. Comme une délicate robe de soie sans couture, le film n’oublie jamais de briller, notamment par ses dialogues interminables et sans véritables ordre des choses et qui pourtant finissent d’empêcher les personnages de ressembler à un quelconque archétype. Un absurde à peine référencé (Un projection de match-Point de Woody Allen, un lien surprenant entre les Cathares et la Sodomie) qui créé un univers à part entière. Si l’on rentre dedans, l’on croise une des fictions les plus originales qu’il nous ait été donné de voir depuis longtemps. Un bijou portée par des comédiennes délicieuses et insaisissable, toutes entrain de faire de belles carrières….

Damsels in Distress, de Whit Stillman, avec Greta Gerving, Analeigh Tipton,, Carrie MacLemore, Megalyn Echikunwoke, Yan Metcalf, USA, 2011, 99 min. Sortie le 3 octobre 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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