Musique
Exquise Sonia Wieder-Atherton sous la lune

Exquise Sonia Wieder-Atherton sous la lune

14 juin 2012 | PAR Bérénice Clerc

Madame Lune nous avait donné rendez-vous dans le salon de l’église Saint Eustache pour un concert intime de Sonia Wieder-Atherton.
Exquise et exaltante, elle fait corps avec son violoncelle et invente un espace musical avec excellence.

13 juin, le quartier des Halles sous des trombes d’eau, l’église Saint Eustache est un abri de choix. Une petite porte derrière l’église s’ouvre, un étage au dessus se cache un magnifique salon comme il en existe peu. Parquet, fenêtres lumineuses, cheminée et murs à
l’ancienne, rideaux blanc, quelques chaises en bois attendent sagement les chanceux spectateurs. En forme d’arène ils vont entourer la violoncelliste de très près, le pupitre est accessible d’un mouvement de pied pour le premier rang.

La petite salle est vite pleine, la joie de voir une telle artiste de si près peut se lire dans les yeux des spectateurs. Sonia Wieder-Atherton entre dans la salle avec simplicité, s’installe, puis comme elle le ferait pour des amis explique qu’elle va jouer un morceau de Bach, un de Scelsi avec une sourdine puis à nouveau  du Bach. Jouer pour une grande salle sombre est accessible à beaucoup de musiciens, mais une telle intimité avec les spectateurs est rare, la concentration doit être extrême.

Une respiration puis Sonia Wieder-Atherton se jette dans la musique comme un enfant se lance à l’eau sans hésiter et éclabousse tout autour de lui. La musique pénètre les spectateurs par flots, elle sort par tous les pores de la peau, vibre, se colore, résonne, jaillit à merveille. L’engagement de l’artiste est total, tout son corps est rythme, musique, son souffle comme une seconde partition légère, sensuel, animal…

Elle crée une bulle musicale et caresse les spectateurs de ses contours avec une intelligence rare, une ferveur et une profondeur miraculeuse.
Tenter d’analyser les sensations, les choix, les techniques de la violoncelliste seraient à l’évidence réducteur. Les spectateurs sont en lévitation sur la musique de Bach, hypnotisés par les mouvements de sa main gauche, emportés par le rythme de la droite. Sa pique glisse deux fois, elle se remet aussitôt en selle et repart en moins d’une seconde.
Le premier morceau de Bach se termine, les applaudissements et les bravos fusent dans une intimité rarissime à ce niveau de musique. Sonia Wieder-Atherton présente et installe sa sourdine. Les premières notes de Scelsi résonnent avec puissance, le son vrille, tremble, se distord dans une énergie surhumaine corps et violoncelle ne forment qu’un avec violence et poésie. Les spectateurs sont en extase, portés par la musique, « énergisés » par la corde de Do.
Bach revient et irradie la salle de ses notes enveloppantes. Les cordes dansent, la musique étincelle, les respirations grondes, les notes virevoltent avec délice, les spectateurs sont en quasi transe.
Un moment suspendu, volé au temps, les spectateurs applaudissent avec joie encore et encore, l’une d’elle dit « elle ne peut pas partir comme ça… »

Elle revient, salue, irradie la salle de son sourire enfantin puis repart. Un goût d’excellence et de trop peu est plus enivrant qu’une accumulation de musique mal digérée. L’envie de revoir la musicienne est commune à tous ceux qui on eu la chance de l’entendre une fois dans leur vie. Une telle performance, un tel don, donne envie d’aimer encore et toujours la musique de sortir des sentiers battus et de découvrir ces preuves de l’existence de la beauté sur terre.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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