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French 79 : « L’Olympia, c’est une consécration »

French 79 : « L’Olympia, c’est une consécration »

23 février 2020 | PAR Pierre Poughon

Après avoir rempli La Cigale le 6 février dernier (notre report ici), French 79 (Simon Henner de son vrai nom) a répondu à nos questions sur son parcours, ses influences, sa vie de compositeur..

Premièrement, j’ai cru comprendre que la musique est dans votre vie depuis tout petit, vous pouvez m’en dire un peu plus ?

French 79 : J’ai grandi avec un piano à la maison. Mais surtout, mes parents et mes sœurs écoutaient beaucoup de musiques différentes. Je pense que c’est ça qui m’a marqué. Dès mon plus jeune âge j’ai donc beaucoup écouté de musique. Après le piano, j’ai appris aussi à jouer des percussions, de la batterie… etc, mais j’insiste, j’ai surtout appris à écouter de la musique, je pense que ça a forgé mon identité, ça m’a ouvert différents horizons, ça a développé mon gout, ça m’a poussé à être curieux… rap, grunge, techno, classique… j’aime vraiment beaucoup de choses, je pense que ça enrichit ma musique, même si dans sa forme elle est avant tout synthétique.

Qu’est ce qui vous a poussé en solo vers la musique électronique malgré votre background et vos autres groupes déjà dans cette mouvance ?

French 79 : C’est venu tout seul et sans trop réfléchir… quand j’ai eu des démos, des chutes de studio, des boucles que j’aimais mais qui ne correspondaient à aucun de mes groupes (Nasser ou Husbands), je me suis dit qu’il fallait que je les fasse écouter quand même avant de les jeter définitivement à la poubelle. J’ai donc sollicité mon entourage qui m’a convaincu de poursuivre en solo. La musique électronique est sûrement la seule des musique qui me permette d’être le seul maître à bords en studio et sur scène, c’était l’occasion d’essayer.

Comment faîtes-vous pour composer ? Avez-vous un processus particulier, ou exploitez-vous les idées au fur et à mesure qu’elles viennent ?

French 79 : Depuis quelques années,  j’ai un processus créatif que j’aime beaucoup. J’adore me retrouver devant une page blanche dans mon studio à Marseille, sur mon bateau ou ailleurs. J’aime beaucoup écrire les premières notes d’une mélodie, chercher une suite d’accord, puis créer des harmonies, superposer d’autres accords… etc. Comme j’aime ça, je le fais vraiment tout le temps, presque tous les jours. Donc quand je me suis décidé à produire ce second LP, j’ai déjà commencé par trier toutes mes boucles. C’était un gros travail de réécoute, de redécouverte quasiment d’archéologie… avant de faire un premier choix et commencer à produire celles qui me plaisaient le plus en structurant, éditant, arrangeant… et parfois en chantant ou en invitant à chanter Sarah Rebecca. 

Hormis la musique, êtes-vous influencé par d’autres formes d’art ? Imaginez-vous un lien entre ce que vous créez et d’autres formes d’expression ?

French 79 : Je suis fasciné par les « images ». Je regarde beaucoup de films et de documentaires sur des pays, des civilisations, des peuples, des croyances… Ça m’aide beaucoup, j’ai souvent des mélodies qui me viennent à ces moments là. D’un autre côté, j’ai besoin de m’évader moi même, de partir en montagne, de naviguer une semaine en mer… j’ai une vraie passion pour le grand air. Cette alternance entre les moments d’évasion et le studio est vitale pour moi. Je pars quelques jours, je prends ma dose d’adrénaline, et ensuite je m’enferme au studio pendant une semaine, c’est comme ça que je fonctionne, c’est un équilibre qui me correspond.

C’est quoi, pour vous, la French Touch ?

French 79 : Pour moi, ça correspond à une époque où la France à réussi à révolutionner la musique. Une époque ou les disquaires new-yorkais ou japonais découvraient un autre aspect de la musique Française… On est directement passé de Piaf, Gainsbourg ou Aznavour à Mr Oizo, Daft Punk, AIR… c’était magique. En plus d’être une époque, c’est aussi une certaine idées de la composition, de la manière de faire sonner, de créer des mélodies, de se présenter…etc. Globalement, il y a eu quelque chose de « classe » et d’assez artisanal que le monde nous envie. Même si c’est instrumental, ou chanté en anglais, ou basé sur un sample de la Motown, il y a quelque chose de typiquement français.  

Quels sont les artistes (pas forcément musiciens), ou sportifs dont vous vous sentez le proches, qui vous complètent, vous inspire ?

French 79 : J’admire les sportifs, les explorateurs… l’astronaute Thomas Pesquet je suis fan. J’adorerais faire le tour du monde à la voile (mon album Joshua est d’ailleurs un hommage au bateau du navigateur Bernard Moitessier). J’admire aussi beaucoup les politiques qui sont capables de dormir 2 heures par nuit pendant 5 ans… Ce ne sont pas forcément des gens qui m’inspirent pour ma musique mais j’admire la prouesse, c’est très impressionnant. Ça m’aide à me dépasser moi même, à aller puiser dans certaines ressources qui alimentent mon art.

Joshua, votre nouvel opus, est sorti en novembre. Ressentez-vous des changements depuis votre précédent et premier album, Olympic ?

French 79 : Je pense que ce qui change, c’est l’histoire que raconte cet album si on l’écoute d’une traite. Je ne sais que ce n’est plus trop le propos aujourd’hui d’écouter un album du début à la fin, mais que dans certaines circonstances, c’est encore possible (surtout quand on a la flemme de changer ou de chercher un nouveau truc à écouter). Je sais que c’est un peu la fin de cette époque, mais du coup j’ai essayé d’en profiter encore un petit peu et donc de travailler sur un format qui s’écoute entièrement, 50 minutes… le tracklisting, le nom des chansons, les différents moods, les paroles… racontent une histoire, celle de d’un voyage à la recherche de l’hédonisme, conjugué à l’introspection. Je puise dans la modernité de mon enfance (les B.O, les films, les jeux videos… qui m’ont marqué) pour inventer un monde futuriste et je pense que c’est ça qui fait la force de Joshua. Ce n’est pas juste une collection de tracks. 

D’ailleurs, pouvez-vous nous parler de la période post-Olympic ? Comment avez-vous vécu le fait de voir votre nom un peu partout rapidement ? Ce que ça a changé pour vous ?

French 79 : Je n’ai pas vraiment vécu un raz de marée, un peu comme pour mon ami Kid Francescoli dont j’ai produit les derniers albums, c’est venu progressivement. En même temps, je n’ai jamais arrêté des tourner non plus puisque à la fin de la tournée de l’album OLYMPIC, j’ai directement commencé à enchaîner les dates avec mon groupe NASSER. Mais ce qui se passe en ce moment: les chiffres du streaming qui s’emballent, les soirées de lancement complètes à Berlin ou Londres, le fait de remplir des salles beaucoup plus grosses, avoir fait complet très vite à la Cigale et l’Olympia qui se remplit déjà bien… là je commence à halluciner, ça fait vraiment plaisir, et le meilleur est à venir. 

Parlons-en, vous venez de remplir La Cigale, et vous avez annoncé un Olympia en janvier de l’année prochaine, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

French 79 : Pour moi la vie d’un musicien se vit par étapes et l’Olympia c’est vraiment une consécration. Je vis ça comme un alpiniste qui franchit un cap ou un navigateur qui traverse un océan… j’ai travaillé dur pour ça, et je savoure. Il y a un côté épopée que j’adore. Je trouve que mon titre Hold On retranscris bien ce sentiment de persévérance, de lutte, en passant par des moments de doutes, puis d’explosion, de liberté, d’euphorie, de victoire… 

Dernière question, quel est votre album préféré de l’année dernière ?

French 79 : J’ai beaucoup écouté  « i,i » de BON IVER et évidemment Lovers de Kid Francescoli même s’il vient tout juste de sortir.

 

Crédits Photo : French 79

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