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Scarlatti 555 : Grande diversité dans les œuvres et les interprétations

Scarlatti 555 : Grande diversité dans les œuvres et les interprétations

20 juillet 2018 | PAR Victoria Okada

Le grand projet « Scarlatti 555 » se poursuit jusqu’au 23 juillet dans différents lieux de la région Occitanie. Le lendemain de l’ouverture au Château d’Assas, nous avons assisté à quatre concerts à Montpellier, à la Salle Pasteur au Corum le 15 juillet, et à deux des quatre autres à Perpignan, le 16.

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Quatre récitals à Montpellier
Nous avons déjà rapporté que l’une des grandes particularités de ce projet est une infinie variation de styles et de jeux due à trente clavecinistes qui y participent. Ecouter plusieurs récitals successifs rend cette divergence plus qu’évidente.
A la salle Pasteur, le 15 juillet, les auditeurs n’étaient pas nombreux. Dehors, les supporteurs des bleus étaient surexcités, même au début de l’après-midi, à l’heure où débute l’autre marathon de ce jour. Le claveciniste danois Lars-Ulrik Mortensen, sur l’instrument d’Emile Jobin de 1986 d’après Cresci (fin XVIIIe siècle), montre son interprétation tonique et droite. Plutôt que d’insister sur des subtilités, il privilégie le dynamisme qui fonctionne à merveille dans de nombreux « Allegro » qu’il choisit de jouer.
L’Italienne Giulia Nuti prend le relais sur un Augusto Bonza de 1991 (contrairement à ce qui est mentionné sur le programme). Son jeu est aérien et nuancé, avec beaucoup de délicatesse, et ce caractère ressort pleinement dans des pièces à un tempo modéré. Ainsi, sous ses doigts, K 77 en ré mineur « Moderato e cantabile, Minuetto » et K 318 en fa dièse Majeur « Andante » (Scarlatti utilisait parfois des tonalités étonnantes pour l’époque) sont gracieux, avec quelques empreints de mélancolie.
Sur le même clavecin d’après Henri Hemsch, le coordinateur musical du projet et le propriétaire de l’instrument Frédérick Haas joue quatorze sonates. Dans une interview, il a précisé qu’il avait décidé de faire figurer dans ses deux programmes toutes les sonates qui n’ont pas été attribuées à vingt-neuf autres clavecinistes. Mais combien y en avait-il dans ce récital ? Toujours est-il qu’elles sont toutes redoutables et on admire le défi que le claveciniste a lancé, même si pour certaines sonates on a préféré un rendu un peu plus clair…
À 21 heures, toujours à la Salle Pasteur, Arnaud De Pasquale conclut le long après-midi avec dix-huit sonates. C’est un connaisseur du compositeur, avec une touche d’originalité : continuiste de l’ensemble Pygmalion depuis sa création, il a par ailleurs conçu un spectacle avec des instruments électroniques, Scarlatti Goes Electro. Sur son bel instrument expressif Andreas Kilström (2011), il joue avec beaucoup de couleurs en se servant efficacement de différentes registrations, donnant de grands reliefs aux pièces choisies, dont quatre œuvres en si bémol Majeur et deux en mi-bémol Majeur. Dans son interprétation, une grande liberté se conjugue avec une sensibilité moderne, et ce dans une admirable assurance.

kenneth-weiss-cpierre-antoine-devicDeux récitals au Palais de Justice à Perpignan
Le 16 juillet, dans le centre-ville de Perpignan, le Palais de Justice accueille pour la première fois de son histoire des concerts de musique. Deux récitals ont été donnés à la Salle des assises, avant de se déplacer au Théâtre municipal pour deux autres récitals.

Le New-Yorkais Kenneth Weiss s’attache avant tout à la vigueur dans son interprétation à travers les dix-sept sonates rapides. Virtuose, il ne cherche cependant pas à démontrer ses capacités techniques mais les utilise pour mettre en évidence la virtuosité de l’écriture. Le récital se déroule sans une pause et la contrainte de l’enregistrement et du tournage prive le spectateur d’applaudir entre les pièces, à quoi s’ajoute la chaleur des projecteurs. Autant dire que les conditions ne sont pas toutes en détente, mais le maître assume merveilleusement. Ce sont là des Scarlatti vivaces et vaillants.
Jean-Marc Aymes, cofondateur de Concerto Soave (qui est propriétaire du clavecin Jean Bascou sur lequel il joue), est spécialisé dans la musique italienne du début du Seicento ; les sonates de Scarlatti entrent parfaitement dans cette période. Il a un jeu bien contrasté par rapport à son prédécesseur, en mettant en avant tons et couleurs, en posant les doigts de temps à autre sur le clavier supérieur. C’est notamment avec la sonate K 534, un « Cantabile » exquis, qu’il impose ces teintes délicates, et il la reprend à juste titre en bis.

L’aventure de Scarlatti 555 se poursuit jusqu’au 23 juillet avec notamment deux concerts de clôture au Château d’Assas avec François Guerrier à 18 heures et Frédrick Haas à 20 heures ; deux concerts sont retransmis en directe sur France Musique.

Photos : Portrait de Domenico Scarlatti par Domingo Antonio Velasco ; Kenneth Weiss au Palais de Justice © Pierre Antoine Devic

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