Danse

« Story Water » : à Avignon, Emanuel Gat et l’Ensemble Modern affirment une liberté contemporaine

« Story Water » : à Avignon, Emanuel Gat et l’Ensemble Modern affirment une liberté contemporaine

20 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sur le plateau de la Cour d’honneur du Palais des papes, blanc comme une feuille encore vierge, le chorégraphe israélien a proposé une structure souple qui éblouit par son audace.

L’horizontalité semble être la clé de voûte de Story Water, dont le titre tire son nom d’un poème soufi qui dit en son cœur :

« L’eau, les histoires, le corps,
Toutes les choses que nous accomplissons sont les intermédiaires
Qui dissimulent et relèvent ce qui est caché »

La musique est à égalité avec les danseurs et à l’intérieur, il n’y a aucune hiérarchie. Créé en 1980, l’Ensemble Modern est une formation gérée directement par les musiciens et organisée selon le principe de la démocratie directe. Sur scène, à Cour, l’orchestre se place, tout de blanc vêtu : Saar Berger (cor français), Jaan Bossier (clarinette), Paul Cannon (contrebasse, soliste Fury II), Eva Debonne (harpe), David Haller (percussion), Christian Hommel (hautbois), Stefan Hussong (accordéon), Megumi Kasakawa (alto), Michael M. Kasper (violoncelle), Giorgos Panagiotidis (violon), Rainer Römer (percussions), Johannes Schwarz (basson) et Ueli Wiget (piano). Puis arrivent les danseurs, dont un par une échelle qui pourrait être celle d’une piscine, reliée à l’une des fenêtres basses. Le chef d’orchestre Franck Ollu passe au milieu d’eux pour rejoindre les siens.

Il joue de l’humour de la beauté

Tout est à vue ici, le décompte du temps comme les préparatifs des danseurs qui nous offrent un prologue complètement dément pour commencer. Ils vont créer leur « Chorégraphie », ce qui donne le nom de la première partie de la pièce qui en compte cinq. Nous irons de la chorégraphie à la danse en passant par la question centrale de la relation entre le son et le geste mais également la place d’une parole politique dans un spectacle sans mot. L’orchestre joue la musique de Pierre Boulez, de Rebecca Saunders mais également d’Emanuel Gat qui signe aussi la très belle lumière, très blanche et non linéaire de la pièce.

Thomas Bradley, Péter Juhász, Zoé Lecorgne, Michael Löhr, Emma Mouton, Eddie Oroyan, Karolina Szymura, Milena Twiehaus, Sara Wilhelmsson et Tingan Ying sont divisés en groupe de cinq. Chacun d’un côté du grand plateau. Ils sont en quête et l’on découvre des gestes ludiques, techniques et tellement libres de toute convention. Chacun repartira avec son mouvement et pour nous ce fut cette posture en tailleur qui vibre grâce à une imposition des mains. Ah, les mains, si bibliques chez celui qui a quitté Israël en 2007 pour s’installer à la Maison de la danse d’Istres. On les verra hassidiques dans la dernière partie de la pièce et orientales au début.

L’artiste associé au Théâtre national de Chaillot pioche ici dans un universel chorégraphique référencé. Les vrilles de Keersmaeker, la danse libre de Charmatz… Il ne copie pas, il s’inscrit dans son époque et signe là un geste à la contemporanéité folle. Tout dissone, tout se rassemble, il joue de l’humour comme de la beauté (monumentale alliance des corps, souvent au sol et du violoncelle pour Fury II de Rebecca Saunders).

Il y a de la générosité dans le propos qui est plus jazz que classique

La lumière n’éclaire pas les danseurs qui eux-mêmes n’illustrent pas la danse. Gat diffracte et balance ses douleurs sur ce monde qui contrairement à ses interprètes ne sait pas tourner rond correctement.

Il y a de la générosité dans le propos qui est plus jazz que classique. Les danseurs se regardent tout le temps pour savoir quand lancer leur mouvement. Cela veut dire que la pièce est différente chaque soir, qu’elle ne dure pas exactement le même temps. Du point de vue de l’audace, là, Olivier Py tape très fort dans sa belle programmation 2018.

On rit de gestes tirés de l’univers de la natation ou de jeux d’enfants. Nous sommes saisis par des lignes parfaites et des dos qui incarnent les vibrations des cordes. Plus la pièce avance, plus elle est cohérente dans une allégorie d’une vie en communauté qui fonctionnerait.

 

Visuel :Story Water – Emanuel Gat et Ensemble Modern – © Julia Gat

Visuel à la Une et en galerie : Story Water Cour d’Honneur © Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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