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Participatif et gigantesque, un Concert Monstre hors des sentiers battus.

Participatif et gigantesque, un Concert Monstre hors des sentiers battus.

27 juin 2019 | PAR La Rédaction

Après un week-end animé par les concerts des orchestres Démos, la Philharmonie de Paris et François-Xavier Roth présentent un « concert Monstre » consacré à des œuvres du compositeur Hector Berlioz aux effectifs monumentaux.

 

Par Myriam Saab-Seurin

Ce 24 Juin, le Concert Monstre dirigé par François-Xavier Roth a rassemblé sur scène cinq cents musiciens, instrumentistes et choristes, dont des spectateurs ayant participé à des ateliers d’avant concert, autour d’œuvres d’Hector Berlioz connues ou moins connues. Un événement atypique qui fait écho aux journées précédentes à la Philharmonie de Paris, dédiées aux concerts des orchestres Démos.

On peut voir une ligne directrice commune à ces deux programmations : la transmission. Dans ce concert Monstre, elle est à échelles multiples.

On connaît l’orchestre Les Siècles pour jouer chaque répertoire sur des instruments historiques restaurés, mais son activité pédagogique est importante et multi facettes : concerts éducatifs, participation à l’orchestre Démos des Hauts-de-France, et encadrement du Jeune Orchestre Hector Berlioz. Les jeunes musiciens de cet orchestre, issus des formations supérieures européennes, se forment auprès des musiciens des Siècles au jeu sur instruments d’époque romantique. Ils partagent donc naturellement la scène avec eux lors de ce « concert monstre » consacré à Berlioz.

Notons aussi que, parmi les formations de chanteurs participant au concert, pour beaucoup issus de formations universitaires, l’une, le COSU (Chœur et Orchestre Sorbonne Université) a également pour usage de proposer des concerts participatifs. Dernière dimension de la transmission, bien sûr, ce public venu en avant-concert afin de pouvoir, le moment venu, participer aux chœurs.

Artistes de renoms, grands professionnels en devenir, étudiants, amateurs éclairés, mélomanes ou novices : toute la « palette » de ce que peut être un musicien est représentée sur scène.

Peut-être le compositeur aurait-il apprécié ces choix ? Grand utopiste, Hector Berlioz est un adepte du saint-simonisme, courant idéologique qui repose sur la foi dans le progrès et sur la construction d’une société fraternelle. Les textes choisis pour le Chant des Chemins de Fer, cantate à la gloire des progrès du transport, et du Temple Universel, qui invite prophétiquement les peuples européens à s’unir, en sont témoins.

Ces deux œuvres, musicalement plus anecdotiques que les autres pièces du concert, n’en montrent pas une intention moins grandiose. Le Temple Universel avait été pensé pour être chanté, à Londres, par deux chœurs de 8000 hommes au total, dans deux langues différentes, le français et l’anglais. Le concert n’eût pas lieu, les paroles en anglais disparurent, mais un texte bilingue fut reconstitué lors du dernier Festival Berlioz, à partir d’archives… et utilisé ce soir lors du « concert monstre ».

Malgré un dernier couplet d’une grande beauté d’écriture polyphonique, le choix, dans ce programme, du Chant des Chemins de Fer, qui paraît plus faible et inégal que les autres œuvres, peut questionner.

L’Impériale, cantate qui ouvre le concert, écrite en hommage à Napoléon III se révèle étonnamment attractive en dépit de la naïveté des paroles du Capitaine Lafont, destinées à séduire le monarque. La juxtaposition de séquences contrastées permet à Berlioz de déployer sur quelques minutes seulement un large échantillonnage de son talent dramatique.

Le moment clé du concert est l’Hymne des Marseillais de Rouget de Lisle, somptueusement orchestré par Berlioz, et durant lequel le public préparé, et placé sur les côtés de la scène, est amené à participer aux chœurs durant le refrain, et le fait avec un enthousiasme incroyable. L’effet est réussi ! Le reste du public hésite, décide pour partie de se lever.

La Symphonie Funèbre et Triomphale, œuvre colossale qui compose toute la deuxième partie du programme, est une œuvre de commande destinée à être jouée pour la célébration des dix ans de la Révolution de 1830. L’œuvre, ne comportant à ce moment-là qu’un seul mouvement, la Marche Funèbre, devait être jouée le long du trajet de la cérémonie dans les rues de Paris, est était destinée à un orchestre d’harmonie. La création pour la cérémonie, en plein air, et en marche, fut un échec. En revanche, l’œuvre fut un succès en concert ; Richard Wagner fut tout à fait séduit par l’œuvre, à laquelle fut ajoutée deux mouvements, l’Apothéose finale comprenant les pupitres de cordes et le choeur.

L’effectif instrumental est en effet monumental ; il est ici parfaitement respecté ! Performance unique, les musiciens des Siècles et du Jeune Orchestre Hector Berlioz jouent intégralement sur instruments restaurés, malgré le nombre nécessaire. On observe même un pavillon chinois, instrument militaire composé d’une perche surmontée de croissants et de cercles métalliques. Il a fallu escamoter les sièges du parterre afin d’y placer les cordes, qui ne tenaient pas sur le plateau principal. Au moment de l’Apothéose, le « concert monstre » prend toute sa dimension. Et c’est d’ailleurs ce que François-Xavier Roth choisit de bisser.

Si l’on ajoute que de longues citations de contemporains de Berlioz (Saint-Saëns, Victor Hugo…) contribuent à contextualiser les œuvres, on comprend à quel point la proposition des Siècles est complète. On en oublierait presque les qualités intrinsèques de cet ensemble, nominé cette année aux Gramophone Awards pour le titre d’orchestre de l’année. La démarche des Siècles est passionnante, et on en redemande.

 

Visuel : ©Myriam Saab-Seurin

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