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[Live Report] Yulianna Avdeeva et l’Orchestre du Tatarstan subliment la Russie à La Roque d’Anthéron

[Live Report] Yulianna Avdeeva et l’Orchestre du Tatarstan subliment la Russie à La Roque d’Anthéron

29 juillet 2018 | PAR Elodie Martinez

Jeudi soir, la pianiste Yulianna Avdeeva (que nous avons déjà eu le plaisir d’entendre en 2016 et 2017) revenait au festival de La Roque d’Anthéron, accompagnée cette fois-ci par l’Orchestre National Symphonique du Tatarstan sous la direction d’Alexander Sladkovsky. Disons-le tout de suite : nous allons manquer de superlatifs pour dire tout le bien que nous pensons de cette formidable soirée qui mettait à l’honneur un programme entièrement russe.

La première partie était composée du Concerto pour piano et orchestre n°3 en ré mineur, opus 30. Dès les premières notes, les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier la relation qui naît sur scène entre l’ensemble de l’orchestre, le piano et le chef sont « osmose » et « harmonie ». Point de lutte ici entre les instruments, tout est savamment et naturellement à sa place, chaque son prenant vie pour magnifier le suivant et/ou le précédent. Yulianna Avdeeva, semble lire une partition invisible et l’on sent son engagement total à chaque pression des touches du piano, à l’écoute non seulement de l’oeuvre qu’elle interprète mais aussi de ce qui l’entoure, ses doigts magiques parcourant l’instrument pour créer le caractère unique de l’instant. Nous avons déjà saluer sa technique parfaite alliée à un sens de l’interprétation et ne pouvons que nous répéter ici. L’immense talent de l’artiste lui permet de s’approprier l’oeuvre sans jamais la dénaturer, alliant force et délicatesse, passant par une palette d’émotions qui atteint le public et l’enveloppe naturellement. C’est d’ailleurs une véritable explosion d’applaudissement qui l’attend à la dernière note de ce concerto, dont le dernier mouvement est intense et demande une grande dextérité. On entend même dans le public une femme dire à sa voisine : « Elle vient de perdre du poids là » tant l’implication de la pianiste était immense et nous entraînait avec elle, nous suspendant à son rythme effréné. Son bis, la Nocturne n°20 de Chopin, lui permet quant à lui, d’exprimer une douceur extrême et de revenir à un compositeur qu’elle connaît depuis bien longtemps et avec lequel elle s’est maintes fois illustrée, notamment en remportant le prestigieux Concours Chopin de Varsovie en 2010. Bien qu’étant très connue, nous avons pourtant l’impression de véritablement découvrir cette Nocturne sous les doigts de Yulianna Avdeeva. Nous quittons donc cette artiste magnifique après un voyage dans un champ de nuages et de douceur qui, à nouveau, crée une magie délicate ne nous faisant regretter qu’une seule chose : qu’elle ait une fin.

Toutefois, si nous venions attirée par le nom de la pianiste, il faut bien admettre que l’Orchestre National Symphonique du Tatarstan (république de la fédération de Russie située sur le bassin de la Volga) et sont chef Alexander Sladkovsky furent une révélation et une véritable claque. Dès son arrivée, la prestance de l’ensemble enchante : belles robes noires pour les femmes, portant toute la même, de même que les hommes habillés d’un pantalon noir, d’une belle chemise blanche d’une ceinture de smoking. Ainsi, l’uniformité visuelle annonce déjà, sans que nous le sachions, la parfaite uniformité musicale qui suivra. Quant au chef, il faut souligner son travail extrêmement précis, son écoute assidu et… sa mémoire, puisqu’il dirige toute la soirée sans aucune partition, ses yeux se concentrant uniquement sur les musiciens. Si les partitions ont naturellement tendance à mettre en avant les cordes (et plus particulièrement les violons), lui accentue les cuivres et rétablie ainsi un sublime équilibre malgré la présence de plus de vingt violons sur scène. Ainsi, après une première partie durant laquelle le chef n’hésite pas à lâcher la puissance de son orchestre (peut-être légèrement trop à un moment du second mouvement, seul critique nuancée que l’on puisse faire de toute la soirée), nous ne pouvions que présager une très belle seconde partie, ce qui fut confirmé dès les premières notes de cette Symphonie n°5 en mi mineur opus 64 de Tchaïkovsky. Nous sommes alors transportés comme au gré de vagues successives naissant de l’orchestre, chaque ensemble s’unissant et se distinguant dans une puissance redoutable savamment maîtrisée. Généreux, l’orchestre offrira trois bis : la Trepak (Danse russe) extrait de Casse-Noisette de Tchaïkovsky, la Danse espagnole du Lac des Cygnes (durant laquelle les musiciens n’hésiteront pas à frapper du pied) et Stan Tamerlano, également d’un certain Tchaïkovsky mais Alexander, faisant participer les musiciens vocalement. Ce dernier bis sera d’ailleurs repris sous les battements des mains du public, parfois dansant, et dirigé par Alexander Sladkovsky.

Une soirée tout bonnement exceptionnelle qui restera dans les mémoires de ceux qui ont eu la chance de la vivre!

©Christophe GREMIOT

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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