Classique
[Live Report] Yulianna Avdeeva enchante à nouveau la Roque d’Anthéron

[Live Report] Yulianna Avdeeva enchante à nouveau la Roque d’Anthéron

20 août 2017 | PAR Elodie Martinez

Yulianna Avdeeva est un nom que les amoureux de piano présents à la 37ème édition du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron n’oublieront pas, de même que ceux présents l’an passé lors de son récital Chopin. Cette année, c’est un récital Mozart que la jeune pianiste proposait au public. Un Mozart sublimé par le talent de l’artiste qui en 2010, rappelons-le, fut la première femme à remporter le premier prix du prestigieux Concours Chopin de Varsovie depuis Martha Argerich en 1965.

La soirée débute avec le Sinfonia Varsovia qui interprète l’Ouverture de La Flûte enchantée. Dès lors, on sent des vents peut-être un petit peu trop fort, mais la fougue globale de l’orchestre sert sans gêne trop importante celle du compositeur. Le manque de nuance que l’on sent parfois se fera toutefois sentir de façon plus importante lors du Concerto pour piano et orchestre n°27 en si bémol majeur qui suit.

Quel dommage que l’orchestre ne parvienne pas ici à se hisser à la hauteur de l’interprète qui est probablement l’une des meilleurs pianistes mondiaux actuels ! Cette dernière fascine toujours autant, que cela soit par l’ouïe ou bien par la vue. Si elle parvient à conquérir le public par la dextérité et l’intelligence de son jeu, ou encore la manière époustouflante dont elle parvient à respecter l’esprit de chaque partition pour s’adapter à celle-ci, ses gestes fascinent tout autant la vue et participent à envoûtement. Les doigts semblent rebondir littéralement sur les touches pour ce Mozart, puis courir, avant de s’adoucir, les bras qui se lèvent sont emplis d’une grâce qui enlève tout impression de sur-jeu ou bien de manque de naturel. Nulle souffrance dans l’enchaînement des notes, dont la rapidité n’empiète à aucun moment sur la lisibilité ou bien l’émotion. Si la concentration est intense, Yulianna Avdeeva n’en semble pas pour autant fermée, mais au contraire tournée à la fois vers son piano, vers la musique, vers l’orchestre et son chef, mais aussi vers le public pour qui elle joue. Elle n’est pas de ses artistes qui veulent avant tout s’approprier une œuvre pour y laisser leur trace propre, advienne que pourra du respect du compositeur et de son travail. Pourtant, son talent et sa virtuosité – immenses – suffisent à marquer les esprits. Si son nom était encore inconnu pour une partie du public, nul doute qu’il est à présent gravé dans les esprits, tel que cela fut le cas lorsque nous l’avions entendue pour la première fois au TCE aux côtés de Julia Fisher. Nous disions alors de son jeu qu’il était « d’une intelligence et d’une efficacité redoutables […] ajoutant ainsi une grande sensibilité et un relief supplémentaires aux œuvres de la soirée ». Des mots toujours vrais presque trois ans plus tard ! Quel dommage vraiment de ne pas l’entendre davantage en France…

Comme dit précédemment, dommage également que l’orchestre soit ici bien trop fougueux pour répondre à la pianiste avec la même subtilité d’interprétation : si l’artiste soliste amène des nuances, l’ensemble (sous la baguette de Lio Kuokman) paraît quant à lui en manquer presque « cruellement » en comparaison, faisant un petit peu penser à un éléphant dans un magasin de porcelaine. Le public, absolument conquis par la pianiste, lui fait un triomphe lors des saluts et réclame des bis, ce qu’il obtient : la Sonate n°6, deuxième mouvement, Rondo en polonaise de Mozart, ainsi qu’un extrait de l’Ouverture française en si mineur de Bach, une des oeuvres que Yulianna Avdeeva mettra à l’honneur au Festival de Lucerne le 19 novembre prochain. Deux bis tout simplement magistraux qui ravissent le public déjà conquis.

La seconde partie est composée pour sa part de la Symphonie n°40 en sol mineur de Mozart dans laquelle l’orchestre paraît être un peu plus posé, maîtrisant enfin ses sonorités, plus équilibré qu’avant la pause. L’Ouverture de La Flûte enchantée est reprise en bis, confirmant un travail plus mesuré, avant que le chef Lio Kuokman ne conclue la soirée par un « see you tomorrow », rappelant qu’il serait également présent le lendemain pour la grande soirée anniversaire du Trio Wanderer.

©Christophe Gremiot

« Cette chose étrange en moi » d’Orhan Pamuk : Istanbul, mon amour
« Mort à Sarajevo » : Portrait de la Bosnie dans les couloirs d’un Palace par Danis Tanovic
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *