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[Live Report] Les Accents, Marianne Crebassa et Ana Quintas redéfinissent le sublime à Gaveau

[Live Report] Les Accents, Marianne Crebassa et Ana Quintas redéfinissent le sublime à Gaveau

03 décembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Lundi 30 novembre, Les Grandes Voix et les Productions Philippe Maillard ont permis au public parisien d’entendre Les Accents, la soprano portugaise Ana Quintans ainsi que la mezzo-soprano française Marianne Crebassa. Une soirée inoubliable autour du baroque italien marqué par le talent et la jeunesse. Si le concert commence avec une vingtaine de minutes de retard, l’attente en vaut largement la peine. Sublimissime.

[rating=5]

Si Les Accents est effectivement un très jeune ensemble né seulement en 2014 par Thibaut Noally lors du Festival international d’Opéra Baroque de Beaune, il n’en est pas moins talentueux. Le chef et violoniste soliste Thibaut Noally est parvenu à créer avec cet ensemble de 10 musiciens une belle osmose au service de la musique.  Difficile toutefois de ne pas saluer la prestation et la technique de ce violoniste hors pair qui a pu nous montrer de quel archet il se chauffe dans le Concerto pour violon et cordes en mi mineur de Vivaldi. Si l’on voulait être de mauvaise foi, on noterait une ou deux notes dans les aigües un peu trop stridentes (dire qu’il y en avait plus serait de la pure calomnie). Si l’on souhaite rester sincère sans chercher absolument de « petite bête » et faire part de l’expérience vécue, on s’en tient à un seul mot : merveilleux. Le tempo effréné est un véritable défi relevé haut la main et haut l’archet ! Il est admirablement porté par l’ensemble des autres instruments (2 violons, 2 altos, 2 violoncelles, 1 contrebasse, 1 théorbe et 1 clavecin). Personne ne fait de faux pas, chacun reste concentré sur sa partition tout en écoutant son voisin. Un bel ensemble à suivre !

C’est toutefois par In furore iustissimae irae du même Vivaldi que débute la soirée. La soprano Ana Quintans (qui a déjà collaboré avec les plus grands et qui se joindra cette saison à Pygmalion sous la direction de Raphaël Pichon ou encore avec Les Musiciens du Louvre et Le Poème Harmonique) entre sur scène dans une belle robe noire du couturier portugais J.A. Tenente comme nous l’indique le programme. Le début, bien que très bon, laisse deviner que la voix a peut-être un peu refroidi durant le retard pris par la salle. Qu’à cela ne tienne, quelques notes plus tard la voix se libère encore davantage pour laisser entendre une parfaite maîtrise de l’art baroque, tant dans la puissance que dans la retenue ou même, particulièrement remarquable, dans les trilles parfaitement exécutées. Une fois passé le premier aria, on oublie même ce détail vraiment anodin.

Pour clore la première partie de soirée après le Concerto pour violon de Vivaldi, Marianne Crebassa entre à son tour en scène pour Il pianto di Maria de Ferrandini. La profondeur ambrée des premières notes n’emporte pas mais happe réellement. Comment ne pas être instantanément envoûté par cette voix unique de mezzo comme il en existe peu ? La cantate passe presque en un éclair, mais dans un temps suspendu paradoxalement par la grâce de cette voix sans égale.

La pièce maîtresse de cette soirée est bien sûr réservée pour la deuxième partie de soirée : il s’agit du superbe Stabat Mater de Pergolèse. Les premières notes su graves résonnent plus profondément encore après les attentats et font ressortir une tristesse, une gravité profonde et noble pour le « Stabat Mater dolorosa ». Que cela soit l’orchestre, la soprano ou bien la mezzo, tout sonne avec une justesse terrible. Au troisième mouvement, « O quam tristis et afflicta », l’osmose est telle que l’on en viendrait à douter de la provenance du chant, comme si la voix d’Ana Quintans sortait de la bouche de Marianne Crebassa et vice-versa. Si l’on voulait chercher encore plus de perfection, on dirait qu’un peu plus de mordant aurait été le bienvenu pour le « Et flagellis subditum » du cinquième mouvement, mais à ce niveau, cela devient anecdotique. Ce qui l’est moins cependant est le souhait de voir les mouvements davantage liés, les pauses entre chacun étant un peu longues et coupant la linéarité de l’œuvre, notamment lorsque l’orchestre se réaccorde entre les huitième et neuvième mouvements.

Difficile donc, voire même impossible, de quitter la salle sans être totalement conquis et émerveillé. Sans aucun doute, Les Accents, Marianne Crebassa et Ana Quintas ont redéfini le sublime ce soir. Si vous ne nous croyez (et même si vous nous croyez), rendez-vous le 8 mars sur France Musique pour la diffusion de ce concert à 20h00.

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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