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Les orchestres DEMOS méritent un tapis rouge !

Les orchestres DEMOS méritent un tapis rouge !

26 juin 2019 | PAR La Rédaction

 

La Philharmonie de Paris a accueilli pour trois concerts, les samedi 22 et dimanche 23 Juin, les orchestres DEMOS d’Ile-de-France. Formés pour la plupart de jeunes musiciens de 7 à 12 ans ayant découvert la pratique de la musique dans ces structures, ils ont donné en concert des œuvres du grand répertoire et issues de musiques traditionnelles.

Par Myriam Saab-Seurin

« Eh ! Y’a pas de tapis rouge ? Moi, je voulais un tapis rouge ! »

 

Bienvenue aux concerts des orchestres DEMOS d’Ile-de-France. Ici, dans les couloirs qui jouxtent la salle de concert se pressent les apprentis musiciens, leurs parents et le reste du public, dans une atmosphère d’excitation palpable. C’est le jour du grand concert, et pas n’importe où, bien sûr, à la Philharmonie de Paris. Le premier concert de l’après-midi est donné dans la Salle des Concerts de la Cité de la Musique, et le deuxième, rien moins que dans la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie.

 

Qu’est-ce que le projet DEMOS ?

 

D.E.M.O.S. : cet acronyme désigne le Dispositif d’Education Musicale et Orchestrale à vocation Sociale initié et coordonné par la Cité de la Musique – Philharmonie de Paris. Ce projet permet d’accueillir dans des structures orchestrales pensées pour eux, des enfants de sept à douze ans habitant des lieux où les institutions culturelles sont considérées comme insuffisamment présentes.

 

Pédagogiquement, l’objectif n’est pas mince : il s’agit de mener des enfants n’ayant jamais pratiqué la musique, encore moins la musique classique, à tenir leur partie au sein d’un orchestre dans un programme issu souvent du grand répertoire.

 

On entre dans un orchestre DEMOS pour trois ans. La première année est exclusivement consacrée à un apprentissage par la transmission orale, et le premier mois se déroule même sans l’instrument, en s’appuyant sur les pratiques essentielles que constituent le chant et la danse (qui seront utilisées tout au long du parcours). On commence à aborder la lecture et le rapport à la partition dès la deuxième année. Après trois ans, les enfants peuvent intégrer un orchestre DEMOS avancé, les mêlant à de jeunes musiciens issus des conservatoires, ou poursuivre ailleurs la pratique d’un instrument de musique – ce qu’ils sont la moitié à faire !

 

Deux orchestres sur scène.

 

C’est d’ailleurs un orchestre DEMOS avancé, l’Orchestre des Jeunes DEMOS (O.J.D.) qui assure la première partie du premier concert du 23 Juin. Les jeunes musiciens ont sept ans de pratique instrumentale. On les distingue par leurs T-shirts blancs des musiciens professionnels vêtus de noir qui encadrent chaque pupitre et assurent des parties solistes.

 

La première pièce, dirigée par Julien Vanhoutte, est l’ouverture du Don Giovanni de Mozart. Le départ, très réussi, montre le degré de concentration des musiciens et leur connexion au chef. Et l’exécution prend au fil du mouvement un souffle et une sonorité qui tient en particulier à la force de conviction des musiciens professionnels, assurant des parties solistes qui portent le reste de l’orchestre comme autant de lignes directrices.

 

La Marche du Casse-Noisette de Tchaïkovsky vient ensuite… jouée sans chef ! Ce parti-pris pédagogique engage les musiciens dans un processus très intéressant d’écoute des autres. Interrogé ensuite devant le public, l’un des jeunes violonistes explique qu’on est ainsi obligé « d’être à l’écoute du cor qui est à l’autre bout, du hautbois… », comme dans de la musique de chambre à grande échelle.

 

Toujours sans chef, l’O.J.D. interprète ensuite The Bonnie Banks of Loch Lomond, chanson traditionnelle écossaise très souvent reprise, dans un arrangement de Dominique Billaud mettant très bien en valeur chaque pupitre.

 

Il faut préciser un principe important dans la conception du matériel musical utilisé pour les orchestres DEMOS : les partitions demandent un important travail d’arrangement pour adapter les œuvres jouées aux compétences des jeunes artistes. Chez les cordes, les « DEMOS 1 » se contenteront peut-être de cordes à vide et d’un doigt posé sur la corde, tandis que les « DEMOS 2 et 3 » iront plus loin dans leur pratique, et que les professionnels les encadrant joueront la partition d’origine afin que l’effet produit soient au plus proche de l’œuvre et que l’imprégnation musicale des enfants par le répertoire soient la meilleure.

 

Ainsi, lorsque le public découvre la célèbre et festive Danza de Rossini interprétée par l’orchestre DEMOS du Val d’Oise, il ne peut être que conquis : après avoir saisi leurs instruments et s’être mis en place sur une sorte d’ « un, deux, trois, soleil ! » musical guidé par le chef Joël Soichez, le « vrai » concert redémarre. Les enfants assurent les appuis, les musiciens enseignants « complètent », le ténor Matthieu Justine chante comme s’il avait eu derrière lui un grand orchestre. Et d’ailleurs, par l’émotion qu’il dégage, c’en est un.

 

On pourrait parler longtemps du travail accompli, des grandes compétences pédagogiques et humaines des professionnels portant ce projet, et du bonheur qu’il y a à voir sur un côté de la scène les parents participant à la danse ouvrant la prestation de l’orchestre du Val d’Oise.  

 

Aujourd’hui DEMOS a neuf ans, et se trouve en pleine expansion ; souhaitons-lui longue vie !

 

Visuel :© Romain Bassenne

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